Ne cédons pas au chantage du fraudeur grec, assainissons aussi nos finances publiques

par Aurelien
lundi 15 février 2010

Le cas de la Grèce doit servir de piqure de rappel aux nombreux pays de la zone euro, dont la France, qui ont un besoin criant d’assainir leurs finances publiques. L’insolvabilité de l’Etat grec et dans une moindre mesure celle de l’Etat espagnol s’inscrivent dans la suite logique de la gestion calamiteuse des finances publiques qui a suivi la mise en place de l’euro.

Dans les décennies de l’après-guerre, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, et dans une moindre mesure la France, ont adopté une stratégie monétaire basée sur des dévaluations répétées de leur monnaie : la banque centrale créait de la monnaie en masse, ce qui générait une inflation élevée et donc dépréciait progressivement leur dette publique : les remboursements à verser aux créanciers sont moins coûteux, en valeur réelle, lorsque la monnaie a perdu 30 % de sa valeur. Leurs dépenses publiques, que les impôts ne couvraient pas en totalité, étaient financées par création monétaire et par la dette publique, épongée par cette « faillite » partielle et continuelle. Echaudés, les épargnants n’acceptaient de prêter qu’à des taux d’intérêt élevés qui compensaient cette perte régulière de valeur.

Plus respectueuse de ses citoyens, l’Allemagne s’est efforcée de créer une monnaie stable, le Deutsche Mark. Dans cette stratégie, les dépenses doivent être financées par l’impôt et la dette publique doit être remboursée en totalité ; en contrepartie les épargnants acceptent de vous prêter à des taux d’intérêt très faibles. Après la mise en place du Serpent monétaire européen, puis de l’écu, puis enfin de l’euro, les pays qui ont adhéré à la zone euro ont pu bénéficier des joies de l’« endettement facile », c’est-à-dire de taux d’intérêt très faibles de l’Allemagne, qui leur a permis d’augmenter leurs dépenses publiques de manière faramineuse. C’était oublier que dévaluer sa dette publique n’est plus possible : il faut tout rembourser !

Aujourd’hui, le remboursement de la dette publique grecque, dans sa totalité, semble de moins en moins probable : les épargnants craignent un défaut de paiement partiel sur la dette (« je te devais 100 mais je ne te rembourserai que 60 »…) et n’acceptent plus de prêter qu’à un taux d’intérêt prohibitif. Ceci devrait avoir la vertu de pousser l’Etat grec à prendre des mesures drastiques de redressement de ses comptes publics pour éviter la faillite. Mais pour le moment, les réformes du gouvernement grec, qui nous a longtemps habitués à un trucage massif de ses comptes, ne sont qu’au stade des annonces : le gouvernement compte surtout forcer la « solidarité » des autres pays européens.

Le gouvernement grec a décidé de prendre en otage les autres pays européens pour une rançon de plusieurs milliards d’euros : s’il fait défaut, les banques et les épargnants allemands et français, principaux créanciers, seront en difficulté (les bons du Trésor grecs sont majoritairement détenus par les investisseurs institutionnels, comme les banques et les fonds d’assurance-vie). La perte se mesurerait en centaines de milliards d’euros pour les établissements financiers européens. D’autre part, un défaut créerait un dangereux précédent : la dette publique des états européens n’est pas fiable ! Le cas de la Grèce n’est pas isolé : l’Espagne, le Portugal, l’Italie sont dans une situation proche : ils se livreront demain au même chantage. Il est moralement inacceptable, et de toute façon matériellement impossible, de céder à ces chantages.

Les fantasmes de « faillite de l’euro » ou de la sortie de l’euro de la Grèce ne se produiront pas à court terme. Indiquons donc très clairement que nous laisserons la Grèce faire défaut sur sa dette, ce qui la soumettra à l’obligation d’assainir immédiatement ses comptes publics, car plus personne ne voudra lui prêter. La procédure de faillite, avec intervention du FMI, est rodée.

Par l’ampleur de leur dette publique, les autres pays européens que sont l’Espagne, l’Italie, la France, doivent garder à l’esprit qu’ils sont dans une situation proche de celle de la Grèce. De plus, leur comportement irresponsable met en difficulté l’ensemble du système bancaire européen, avec des montants engagés bien plus élevés que les subprimes américaines. Des mesures d’urgences s’imposent : l’ensemble des pays d’Europe doit mettre fin à la gabegie généralisée, et ramener rapidement leurs budgets à l’équilibre. Au vu du montant des dépenses publiques, des mesures énergiques de réduction de la dépense publique doivent être annoncées dès maintenant. Le plus tôt la France arrêtera de nourrir d’effet boule de neige de sa dette publique, moins violent sera le choc du retour à la réalité.


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