Nice... pourquoi ça va continuer
par Emile Mourey
lundi 18 juillet 2016
Curieusement, après les tragiques événements de la promenade des Anglais, la première parole sensée que j'ai entendue est de madame Dounia Bouzar. Alors que les responsables politiques et commentateurs accrédités voulaient nous persuader que le meurtrier n'était qu'un terroriste barbare sans religion, les dernières investigations révèlent qu'il s'était bel et bien radicalisé peu de temps avant l'attentat. Et tout le monde de l'audiovisuel de s'étonner d'un passage aussi rapide, l'homme ne fréquentant pas la mosquée, ne faisant pas le ramadan, buvant et baisant à tire larigot ; un iman allant jusqu'à dire que l'attentat n'avait rien à voir avec la pratique de l'islam.
Expliquant anthropologiquement le processus rapide de ce type de radicalisation, Dounia Bouzar fustige à juste raison les uns et les autres tout en reconnaissant qu'il y a dans ce processus un quelque chose de l'ordre de la religion avec la notion du paradis - la promesse d'aller au paradis - mais elle précise que cette promesse de paradis ne vient qu'après le basculement, autrement dit, alors que le mal est déjà fait. Les tueurs se rendent compte de ce qu'ils font mais ils en arrivent à considérer que les gens qui ne pensent pas comme eux ne sont plus des êtres humains. Ils les renversent comme s'il s'agissait de simples pierres.
On ne peut être que d'accord sur le fait que nous avons affaire à des individus perturbés et déshumanisés, mais de là à se suicider en entraînant dans la mort le plus possible d'hommes, de femmes et d'enfants, cela ne peut, en réalité, s'expliquer que parce que le kamikaze a été mis en condition, convaincu de l'existence d'un monde impur qu'il faut détruire, sa rétribution étant l'effacement de ses propres turpitudes et le jardin des délices paradisaques promis en récompense par le Coran.
Mohamed Sifaoui est encore plus précis. On ne peut pas faire l'économie d'interroger une religion au nom de laquelle certains pensent plaire à Dieu en écrasant des enfants et même des adultes avec un camion. On ne sortira pas de ce drame tant qu'on ne sortira pas de la lecture littérale biaisée des textes coraniques.
Là aussi, on ne peut être que d'accord avec Mohamed Sifaoui. Le problème est que Daech ne considère pas que sa lecture littérale du Coran soit biaisée, ni l'Arabie saoudite d'ailleurs qui inspire nombre de mosquées.
Or, voila bien le choix qui se pose aux musulmans. Ou bien, il leur faut considérer que le Coran, comme la Sîrah, sont des textes d'un autre temps et qu'on ne peut y trouver un sens pour le nôtre qu'en les expurgeant, mais alors, c'est la parole d'Allah qu'il faut relativiser, réinventer, voire récuser ; ou bien il leur incombe d'éliminer tous les mécréants du monde pour établir le royaume de Dieu promis... un royaume de Dieu style Daech !!!!
Force est de constater que cette réinterprétation des textes n'est pas dans les préoccupations de nos responsables politiques. Par souci de non ingérence et de respect de la liberté de penser, le pouvoir laïc laisse se diffuser les errements religieux dans le silence coupable des médias et en l'absence de tout débat contradictoire. Pour la communauté musulmane, Mahomet - pourtant véritable commanditaire des attentats selon Daech - reste un personnage intouchable alors qu'il n'a jamais existé en tant qu'individu mais en tant conseil, comme nos articles publiés sur Agoravox l'ont montré. La lecture intelligente des textes musulmans est lâchement occultée par nos intellectuels tandis que les sourates mortifères sont toujours chantées dans les écoles coraniques.
Pour répondre à son besoin de connaissance spécifique sur l’islam, y compris en islamologie, un conseil scientifique de quatre membres a été récemment constitué au sein du ministère de l'intérieur... (La Croix du 10 mars 2016).
Quand on veut enterrer un problème, on crée une commission (G. Clemenceau).
Et pourtant l'histoire des débuts de l'islam, replacée dans son contexte, mérite d'être étudiée tout autant que d'autres histoires qui se sont inscrites dans la grande histoire de l'humanité.
Or, il est un fait facile à vérifier. On ne trouvera nulle part dans la vie de Mahomet la moindre action ou pensée hostile à l’égard de l’Occident. Quand, au début de son ministère, ses disciples durent s’enfuir de La Mecque, c’est en allant vers l’ouest qu’il trouvèrent refuge, en Abyssinie, royaume chrétien. Ses véritables ennemis extérieurs, c’est à l’Est qu’il les a trouvés, chez les princes d’Oman et de Bahrein, et surtout en Perse (l’Irak et l’Iran). La seule ambition de Mahomet - il faut le dire une bonne fois pour toutes - fut de réaliser l’unité politique d’une Arabie qui aurait vécu en bonne intelligence et voisinage, notamment avec l’Occident, mais avec son identité propre. Et c’est bien dans cette optique qu’il a donné à l’Arabie une religion et un prophète... une religion et un prophète à l’image de ce qui donnait un sens à la vie dans les grands pays civilisés de cette époque. De même que le monde chrétien avait son prophète, Jésus, de même l’Arabie se devait d’avoir le sien, Mahomet. Jamais Mahomet n’a prêché la guerre sainte contre l’Occident. Les infidèles, c’est dans les pays arabes qu’ils se trouvaient.
C’est donc bien en Arabie qu’il faut comprendre l’islam de Mahomet, chef de guerre. Les principales batailles qu’il livra le furent contre les habitants de La Mecque - d’après certains témoignages écrits, il semble que la situation qui y régnait alors était condamnable et qu’on y adorait de multiples idoles - mais aussi contre les Arabes et les Bédouins du désert. Il faut ajouter à ceux-là les juifs et les chrétiens d’Arabie qui n’ont pas voulu accepter de se placer sous son autorité en entrant dans une ummah dans laquelle se seraient rassemblés, dans un esprit de tolérance, chrétiens, musulmans et juifs de la région.
Bien que chef de guerre dans un siècle de violence, il y a une humanité en Mahomet. Ne pas faire souffrir l’innocent est une constante de son action. Après sa grande victoire de Beder sur les infidèles de La Mecque, Allah dit aux prisonniers par la voix de son prophète : « S’il y a de la droiture dans votre cœur, non seulement je vous rendrai la liberté mais je vous donnerai des richesses supérieures à celles que vous avez perdues... Je suis le Clément et le Miséricordieux (Sourate VIII, verset 71) ». Mais dans les rangs d’une armée musulmane avide de butin, on n’acceptait pas toujours bien la nouvelle religion. Depuis sa tente, le Prophète entendait les cris des prisonniers et il en souffrait terriblement. Il ne réussit qu’à faire desserrer les liens du malheureux Abbas.
Mahomet était un chef de guerre, et il faut le comprendre avant tout en tant que chef de guerre. Pour imposer son pouvoir sur l’Arabie, il lui a fallu forger une armée d’une résistance et d’une abnégation totales. L’intendance étant parfois déficiente, il a entraîné ses soldats à jeûner jusqu’à un mois. Lors de ce que j’appelle la fausse bataille de Tabouk, qui ne fut, en réalité, qu’une épuisante marche disciplinaire, il leur a fait sentir sa main de fer. Avant l’engagement, il les a stimulés en les faisant mettre à genoux et en leur faisant réciter la prière collective du danger. Il les a passés en revue en leur promettant le paradis et en les décorant - ante mortem - du titre glorieux de martyr. Mais, combattant lui-même, il a aussi payé de sa personne. En pleine bataille d’Ohod, le bruit courait : « Le Prophète est mort ! ». Puis une autre rumeur parcourut les rangs des musulmans : « Non ! Le Prophète n’est pas mort, il est vivant ! »
Chef de guerre et chef religieux, Mahomet a vécu dans une époque de violence. Beaucoup d’indices laissent à penser toutefois qu’il a voulu faire évoluer les mentalités. A-t-il réussi ? Dans une certaine mesure, oui, dans une autre mesure, non.
Emile Mourey, 17 juillet 2016