Nico Papatakis, un éclair dans notre brouillard
par Michel Koutouzis
vendredi 24 décembre 2010
En écrivant une humeur sur le jazz, il y a quelques semaines, j’étais à des lieues de penser que Nico Papatakis, pourrait un jour mourir. Et pourtant, l’envie d’écrire sur lui, associer son nom à Shadows d’un autre cinéaste de la diaspora grecque, John Kassavetes, de parler dans ce papier de Ice, un documentaire fiction relatant la guerre secrète entre les Wetherman et le FBI, m’était venu comme ça, out of the blues, de manière instinctive. J’ai connu Nico en tant que cinéaste, pendant le tournage de « La photo », mais, faire du cinéma, c’est moins important que vivre : en fin du compte, tous les chemins mènent à la déception, disait-il, en souriant.
Papatakis, sous ses allures de dandy, de beau gosse s’il en est, considérait la vie comme une révolte permanente, et elle seule pouvait donner un sens à la sienne. Artiste banni, il l’était par définition, tout simplement par ce que il sentait et surtout parlait des choses bien avant les autres. La ségrégation, la torture (Gloria Mundi), les us et coutumes féroces du milieu paysan et la réaction sauvage et traditionaliste qui vivote au sein de chacun de nous (le pâtres du désordre), la révolte de classe (les Abysses, tirés de la pièce de Jean Genet « les bonnes »), ou La Photo : mieux vaut tuer quelqu’un que le décevoir, ruiner son espoir.
Cet homme si tendre et doux avait une pensée sauvage, une vision cruelle de la vie et il la racontait, quel que soit le coût. Sous ses airs nonchalants, il était constamment pris par une sorte de vertige du poids de l’Histoire et des ses horreurs, ses impasses, et c’est encore à lui que je pensais quand je regardais les peintures de Basquiat. Il y en a une, sorte de menu pyramidal relatant l’humanité depuis ses débuts et qui aurait pu s’intituler : « tout ça pour ça » ?
Hédoniste, Nico l’était aussi par conviction. Les sens, le plaisir, l’amour, la solidarité englobant le monde entier et plus particulièrement les peuples en lutte, n’étaient jamais dissociés. Et selon lui, si solitaire et « mondain » à la fois, si renfermé dans ses pensées et ouvert à tous les autres, sentir, aimer, résister de toutes les manières aux instincts de propriété (fusse-t-elle amoureuse), de classe, de possession, d’apparence, était le seul bouclier face à la sauvagerie du monde et de ses corporations, mais aussi à ses propres certitudes buttées. Il a vécu presque cent ans, mais c’était une étoile filante…