NICOLAS, NICOLAS ! Brāment les Boomers

par George L. ZETER
mardi 16 décembre 2025

Braves gents, passez la monnaie à « l’écrivain-prisonnier ». Assis derrière la table d’une librairie, l’ex-président signe à tour de bras des dédicaces, marmonne quelques onomatopées à ses lecteurs/admirateurs qui voudraient bien le voir revenir dans le circus politique. C’est jour de cohue-bohu, pour entrapercevoir le grand homme de retour de captivité. D’un air gourmé, les boomeuses, les boomers défilent, tendent l’exemplaire du livre en balbutiant des « Monsieur le président vous nous manquez » larmoyants, et comme « l’auteur » est placé un peu bas sur son siège, cela force les fidèles à se pencher en avant comme pour faire une révérence à Messire not bon roi. D’ailleurs, c’est le minimum requis pour qui approche et respire l’air de cet être d’exception… Une fois l’opuscule poinçonné, ces fans partent en reculant tout dégoulinant de « merci Monsieur le président », puis s’enfoncent dans la foule compacte, oignent de ces quelques secondes qui se transmettront dans les familles pour les cinq prochaines générations ; touchés par la grâce divine de ce saint Nicolas chafouin, qui se fait des ampoules aux doigts à force de signer…

Un « peuple » traumatisé. Leur héros, à Paris, à Marseille, Cannes et à Menton, oui, histoire de faire d’une pierre deux coups, le bonimenteur de foires à cornaquer son fiston, le Louis, dit-La Lumière, pour que les Mentonnais, Mentonnaises l’élisent à la mairie. L’est comme ça Nico, la main sur le cœur et l’autre sur le porte-monnaie… Quant à la troisième ? Allez savoir. Bref, revenons à nos moutons bêlants. A Paris, ça a été le chaos : devant la librairie Lamartine du 16e, osons mettre dans la bouche de l’amphigourique Nico, la phrase célèbre de John Lennon s’adressant à la Queen « Pour ceux qui sont dans les galeries, applaudissez ; pour les autres, faites simplement tinter vos bijoux  », et y en avait des rombières enluminées et des vieux blancs en loden et mocassins à gland tout requinqués de revoir « Nicolaaaaas ». Beaucoup de vieilles dames à perruque opinaient tout en confiant à la camera combien il était choquant qu’un président de la République fut enfermé en prison, de plus, cette justice des juges « rouges » avait condamné un innocent. Les vioques scrogneugneux eux, fronçaient leurs sourcils broussailleux en posant la question « mais dans quelle époque on vit ? », où d’ailleurs la réponse aurait du fuser : « Ben, dans la tienne papy, puisque c’est ta génération qui a commencé à fabriquer ce monde il y a 50 ans »… Mais bon, ça demanderait trop d’introspection. Il y avait ces pathétiques agglutinés derrière des barrières de sécurité qui éructaient à tout vent des extatiques « Nicolas, Nicolas ! », ils tendaient les bras au ciel, hosannah-Nicolas ! Et au milieu, un ti bonhomme, à tronche de Droopy fatigué qui faisait des signes de main, comme un qui dit au revoir de la fenêtre d’un train. Il se faisait palper, tripoter comme une rock star, dont les groupies avaient rangé leur dentier au fond du sac LVMH. Il y eut aussi un court interlude dû à deux militantes féministes qui ont scandé "Casse-toi pov'con", en souvenir de l'insulte proférée par l’Ex pendant le salon de l'agriculture de 2008.[i] Bref, ça ressemblait à un bateau ivre, d’une ivresse de picrate. De les voir tous lui glisser des mots d’amitié, des claques dans le dos, me faisait penser que ce sont les mêmes qui encourageaient Pétain lors de ses sorties publiques, en criant « Maréchal nous voilaaaa ! » C’est inscrit en eux, dans cette masse innombrable de suiveurs de Panurge ayant besoin d’un phare, incapables qu’ils sont de se prendre en main, d’avoir la moindre vision, des bestiaux de troupeau meuglant. Ce qui est pire pour notre pays, c’est que ce sont eux qui détiennent les capitaux et les réseaux pour placer leurs semblables allés à bonne école. Et ainsi, d’une progéniture à l’autre, cette rance bourgeoisie se perpétue et est le vrai frein pour notre nation. Après cela, on s’étonne que tout parte à vau-l’eau, avec de tels veaux !

Nico et la prison. Qui se souvient qu’en 2011 à Réaux, alors aux manettes,[ii] Sarkozy se félicitait de visiter une prison flambante neuve « cela fait 40 ans qu’un président ne s’était pas rendu dans une prison. 40 ans ! » À croire qu’il exécutait un repérage afin d’avoir un avant-goût de ce qu’est la vie carcérale… D’ailleurs dans ce registre, puisque presque condamné définitivement pour « association de malfaiteurs », sa menace de nettoyer la racaille au karcher devait être aussi une prémonition, qui sait ? On connaissait aussi son aversion pour les juges en général, voire son mépris. Se souvenir de sa fameuse tirade d’octobre 2007 sur le canapé de Vivement Dimanche, après avoir assisté en tant que président de la République à l’installation du président de la Cour de cassation : « J’ai voulu être là pour bien montrer la confiance à l’institution judiciaire et aux magistrats de France. » Avant d’envoyer son punch line : « Je regardais la salle, 98 % d’hommes qui se ressemblent tous, même moule, alignés comme des petits-pois »… Et ces « petits poids », ben, ils t’ont fait carotte mon Nico !

Un panthéon d’idolâtres du grand homme. D’abord, cette femme, qui est venue le soutenir en claquant vingt balles pour son bouquin, lui a offert une rose (elle le prend pour Mitterrand ou quoi ?) et lui a montré son tatouage avec Sarkozy sur son bras[iii] ; avouons que c’est dommage qu’elle n'ait pas opté pour la fesse droite… Un Jean-Edouard en a acheté 12[iv] « je vais me délecter et savourer cet ouvrage au coin du feu », et n’oublie pas les marshmallow ! Ils viennent aussi en famille comme pour une procession ou un carnaval[v] : « C'est complètement aberrant de l'avoir mis en prison, on ne met pas en prison un ancien président », souffle Nathalie, une aide-soignante qui a conduit depuis Châteaudun (Eure-et-Loir à 140 km) pour rejoindre son fils, Erwan, étudiant en région parisienne, à la librairie. « Je suis impatient de le lire », dit ce vingtenaire qui a déjà lu les mémoires de l'ancien président. « Quand il a été élu, j'avais 2 ans, mais j'aime le lire, pour le parcours inspirant qu'il raconte. C'était un homme d'Etat, le dernier grand chef d'Etat qu'on ait eu »… My God ! Pincez-moi !!! Un professeur de français, Quentin, la trentaine[vi] : « Je ne dis pas qu'il aurait le Nobel de littérature, mais c'est plaisant à lire, on a son phrasé, on a l'impression de l'entendre », et on s’étonne que le niveau baisse à l’éducation nationale… Une grand-mère se réjouit, car l’ouvrage, elle le glissera sous le sapin : « Je vais l'offrir à mes puces ».[vii] Les éditions Fayard, propriété de Bolloré ont opportunément sorti l’opuscule juste avant Noël… Donc, si vous détestez un membre de votre famille, allez-y ! Appelons cela « des cas » qui se sont répétés partout en France, où idolâtrie se confond avec ferveur, pour un homme qui, qu’on le veuille ou non a été condamné dans deux affaires majeures[viii] : pour l'affaire des écoutes (Affaire Bismuth) avec une peine définitive de prison ferme assortie d'un bracelet électronique, et dans l'affaire Bygmalion (financement de sa campagne 2012) avec une peine de prison ferme aménagée. Il a également été condamné dans l'affaire du financement libyen de sa campagne 2007 pour association de malfaiteurs, avec une peine de 5 ans de prison ferme et inéligibilité, exécution provisoire en cours d'appel, résultat définitif en mars 2026. Enfin, d’autres affaires sont en cours d’instruction. Ce délinquant et appelons le ainsi, car c’est ce qu’il est, se pavane, engrange des royalties pour un bouquin qu’il n’a pas écrit, se lamente sans aucune dignité, obtient le support du président, des membres du gouvernement et des médias et surtout a pu tester sa popularité auprès de ceux qui déjà l’avaient porté aux plus hautes fonctions. On lui doit entre autres calamités la trahison de Lisbonne et le retour dans l’OTAN. Et bien, ses supporters s’en contre-fichent, le plébiscitent et seraient même chaud pour qu’il se présente en 2027… Quant à « son livre » ? Un livre qui raconte son « enfer » de 20 jours. Imaginez ? Obligé de téléphoner debout, de se courber pour pouvoir se coiffer dans un miroir, de faire avec une douche qui coule trop près du mur, de devoir écrire son livre avec un stylo Bic, de se retrouver, en rentrant, avec un lit qui n'était pas fait, de dormir sur un matelas trop dur, de lécher l’enveloppe pour la cacheter, de cuisiner sur une plaque électrique, de manger des yaourts, le bruit… Comme il le dit si bien, « quelle indignité »… Selon ce personnage si peu digne.

Pour bien nous prendre pour des billes. Ceux encore non-lobotomies qui ont gardé tous leurs neurones intacts ont bien capté le message de Carla Bruni, qui dans sa résidence ultra fermée de la Villa Montmorency poussait la chansonnette avant son incarcération très temporaire « Let it be »[ix] - « Quand je me trouve dans des moments difficiles, Mère Marie vient à moi  »… Cette belle balade de Paul McCartney est un conseil pour accepter les choses telles qu'elles sont, pour ne pas trop s'inquiéter, alors de la part de la « chanteuse » à voix fluette, implorer Marie, pour un personnage qui fut et est si néfaste à son pays, c’est d’un culot poussé à son ultimo. Ce couple, cette famille, ce gang proche et éloigné et tous leurs aficionados se foutent de nous depuis si longtemps, nous méprise et vivent à nos crochets sans aucun scrupule. Le peuple des sans culotte est bien mort…

Ce billet s’adresse à ceux qui encore animé d’une conscience peuvent se référer au poème de Gil Scott-Heron, « La révolution ne sera pas télévisée » (The Revolution Will Not Be Televised)[x] - La révolution ne sera pas une rediffusion - La révolution sera en direct. Quant aux autres ? C’est déjà perdu pour vous alors criez bien fort vos « Nicolas, Nicolas », and « Let it bleed » comme ont chanté les Stones.

Georges ZETER/décembre 2025

Vidéo : SARKOZY PIÉGÉ PAR SES IMAGES EN PRISON, LES ARCHIVES QUI FONT MAL


[i] https://www.franceinfo.fr/politique/nicolas-sarkozy/je-lui-ai-dit-qu-il-fallait-qu-il-tienne-bon-une-foule-de-sympathisants-a-accueilli-nicolas-sarkozy-pour-la-dedicace-de-son-livre-a-paris_7670395.html

[ii] https://oip.org/publication/pour-que-cesse-la-honte-des-prisons-sans-peine-des-peines-sans-prison/

[iii] https://www.facebook.com/reel/2403046353486038

[iv] https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2025/12/14/il-repart-de-la-seance-de-dedicaces-de-nicolas-sarkozy-avec-12-exemplaires-du-journal-du-prisonnier

[v] https://www.franceinfo.fr/politique/nicolas-sarkozy/je-lui-ai-dit-qu-il-fallait-qu-il-tienne-bon-une-foule-de-sympathisants-a-accueilli-nicolas-sarkozy-pour-la-dedicace-de-son-livre-a-paris_7670395.html

[vi] Idem

[vii] Idem

[viii] https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Sarkozy

[ix] https://www.google.com/search?q=let+it+be+paroles&client=firefox-b-d&hs=IrJU&sca_esv=8efe466fbfa838b2&sxsrf=AE3TifM1mGAKMk8RvvzJP4SE6h21qUrj-g%3A1765862681227&ei=Ge1Aab7NDcXi7_UPzp2wmAU&oq=let+it+be+histoire+de+cette+chanson&gs_lp=Egxnd3Mtd2l6LXNlcnAiI2xldCBpdCBiZSBoaXN0b2lyZSBkZSBjZXR0ZSBjaGFuc29uKgIIATIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwAzIKEAAYRxjWBBiwA0j8FVAAWABwAXgAkAEAmAHOAaABzgGqAQMyLTG4AQHIAQCYAgGgAieYAwCIBgGQBgiSBwExoAfpBLIHALgHAMIHAzQtMcgHGoAIAQ&sclient=gws-wiz-serp

[x]https://www.reddit.com/r/Poetry/comments/1matdmi/poem_the_revolution_will_not_be_televised_gil/?tl=fr

 


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