Nicolas Sarkozy frise l’excès de vitesse
par Henry Moreigne
vendredi 1er juin 2007
Notre nouveau président a choisi d’imprimer à notre vieux pays un tempo d’enfer. Pas un jour sans qu’il évoque la mise en œuvre imminente de l’une des mesures phares de son programme-catalogue présidentiel. Les Français sont prévenus. Si les élections législatives lui offrent un nouveau sacre, Sarko va passer la cinquième. Séduisante au départ, cette hyperactivité revendiquée pourrait devenir inquiétante pour des Français peut-être pas si disposés à être bousculés tous azimuts.
Plus qu’un changement de président, la France vit une véritable révolution culturelle. Adieu l’image traditionnelle d’un chef de l’Etat posé et réfléchi, garant des valeurs et des institutions républicaines, dernier recours contre les éventuels errements d’un gouvernement. Nicolas Sarkozy se présente lui-même comme un président qui gouverne. Au-delà, il apparaît comme un apprenti sorcier fermement décidé à faire de la France son champ d’expérimentation.
Pour autant, sans préjuger du choix des Français lors des législatives, il convient de reconnaître que nos compatriotes sont très clairement prévenus de la société que veut nous dessiner le nouveau locataire de l’Elysée. Le 29 mai dernier, face aux 5 000 militants venus l’entendre au Havre pour un “meeting républicain”, il a défini l’enjeu de l’élection : soit “un changement profond et réel porté par un élan populaire”, soit “une cohabitation avec son cortège de conflits larvés et de paralysie”. Enfonçant le clou, il a prévenu : “Je ne laisserai personne faire obstacle aux réformes. Ce que j’ai dit, je le ferai. Je le ferai dans la concertation, dans la négociation. Je le ferai calmement, en essayant de convaincre plutôt que de passer en force. Mais, croyez-moi, je le ferai.”
Oui mais voilà, calme et concertation sont-ils vraiment compatibles avec l’urgence revendiquée ? N’y a-t-il pas nécessairement, par essence, dans une trop grande rapidité, une réelle brutalité ? Tout aussi grave, ne manque-t-il pas le temps de la réflexion et celui de l’acceptation ? Chaque jour est porteur d’une nouvelle annonce extraite du “best of” de son programme ( bouclier fiscal à 50 %, suppression de la carte scolaire, service minimum, peines planchers, suppression de l’excuse de minorité, traité simplifié, interdiction des parachutes dorés, autonomie des universités, défiscalisation des heures supplémentaires). D’ores et déjà, les futurs députés ont rendez-vous cet été à la Chambre pour entériner un maximum de textes avant la rentrée automnale.
Le président de la République n’a de cesse de rappeler, à toutes les occasions, sa volonté de mener toutes les réformes en même temps, sans recourir “à cet expédient absurde du rationnement budgétaire”. La dette nationale, faramineuse, n’obérerait plus les marges de manœuvre. N. Sarkozy s’est engagé à remettre les finances publiques en ordre d’ici la fin du quinquennat.
La majorité présidentielle a beau jeu d’écarter d’un revers de la main les mises en garde en rétorquant que les mesures annoncées ont été prédigérées par leur inscription en toutes lettres dans le programme présidentiel. L’inquiétude demeure. Celle de la culpabilisation. Celle de voir une France à feu et à sang dans laquelle seraient opposés les travailleurs et les profiteurs, les bons Français qui n’ont eu pour seule peine que d’y naître, et les étrangers... Schématiquement, le pari un peu fou d’une thérapeutique à base d’électrochocs. Celui de croire qu’une équipe peut gagner en s’appuyant plus sur ses individualités que sur son collectif.
Conscient de ce risque, Nicolas Sarkozy a sciemment choisi un Premier ministre censé incarner la tempérance, le calme et le dialogue social. En théorie du moins car, dans la pratique, le rôle de ce dernier apparaît comme pâlot si ce n’est ectoplasmique.
Pire, à la différence complémentaire et salutaire, François Fillon a fait le choix de la posture, outre du porte-flingue en multipliant les attaques contre la gauche, du moins du perroquet en affichant la même volonté d’aller vite et en se présentant comme le porteur de la parole présidentielle : “Qu’on se le dise, la valeur travail est de retour”, a-t-il lancé en meeting à Lille le 31 mai. “C’en est fini d’être le pays qui travaille le moins en Europe, c’en est fini du gel des salaires à cause des 35 heures” , “Le rationnement du travail c’est terminé, notre objectif c’est bien le plein emploi”. Le tout agrémenté par une petite touche sur l’immigration que n’aurait pas renié J.-M. Le Pen : “Pour vivre en France, il faudra un travail, pour vivre en France, il faudra respecter notre culture... Pour vivre en France, il faudra accepter nos principes républicains...