Non à une primaire
par Imhotep
samedi 29 août 2009
Martine Aubry, en période studieuse et pleine de remous du Parti Socialiste, se dit prête à une primaire ouverte. Cette idée qui date de quelques années lointaines, un temps soutenue par VGE (Serait-ce donc une idée de droite ?) a fait long feu car les antagonismes et les stratégies personnelles avaient éteint l’incendie potentiel. Cette idée, au prime abord, paraît judicieuse et serait la solution miracle pour rassembler une opposition émiettée afin - puisque c’est l’objectif avoué - de battre notre Universel, bien que la Martine ait rappelé qu’être anti-sarkozyste - primaire (comme les couleurs) cela va de soi - ce serait loin d’être suffisant.
L’objectif principal de cette primaire serait de faire ressortir un candidat unique pour l’élection présidentielle qui aurait derrière lui, regroupé et soudé, des adversaires d’hier uni dans un même combat. Au-delà que rien ne prouve que cela soit la méthode la plus efficace - et j’y reviendrai - il y a un argument de fond, de philosophie même qui pousse à s’opposer avec vigueur mais sans virulence à une primaire dans le camp - mais seulement à gauche - de ceux qui sont opposés à la politique menée par le Kondukator.
Les primaires sont organisées aux Etats Unis d’Amérique pour une simple et bonne raison c’est qu’il n’y a qu’un tour et qu’à peu de chose près ces primaires (car il y en a dans les principaux camps) servent de premier tour à l’exception qu’il peut rester plus de deux candidats mais le combat électoral se résume entre les Républicains et les démocrates, le taureau et l’âne. S’il y avait une primaire - et donc dans un seul camp par dessus le marché - on aboutirait à une déviance de l’élection au suffrage universel direct à deux tours pour ne faire de ces élections qu’un combat politique duel entre deux camps principaux. Du multipartisme théorique bipolarisé actuel on tomberait dans le bipartisme presqu’absolu.
Alors que le Mouvement Démocrate a pour créneau de dire qu’il faut dépasser les clivages participer à une primaire au sien d’une gauche élargie cela aurait pour conséquence qu’au lieu de faire aller le fléau de la balance du multipartisme bipolarisé vers un vrai multipartisme le précipiterait vers le bi-partisme. Ce serait nier de façon définitive - et tragique - le fondement même de ce parti.
Une primaire à laquelle participerait le Mouvement Démocrate pour désigner un futur candidat unique serait sa mort, en tout cas la mort de ce en quoi il croit. Et cela ne s’arrête pas là. Nous sommes à trois ans des élections et il est extraordinairement tôt de se préoccuper de ce genre de désignation. Cette primaire entraînerait une campagne qui prendrait du temps, des énergies, et qui serait - on peut l’imaginer - assez âpre. Elle le sera dans on fondement entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, et ensuite dans les velléité d’être l’heureux(se) élu(e). Or il y a autre chose à faire en ce moment que de se battre pour être un(e) autre Unique qui luttera contre le présent Unique. ET qui sait ce qui peut advenir d’ici 3 ans ?
Cette supposée future primaire pose un certain nombre d’autres problèmes. Au-delà de l’organisation - le comment - le résultat ne peut qu’être non légitime. Ce résultat va dépendre du vote d’une partie des Français qui décideront de voter avec une forte mobilisation des militants. Ce dernier point va entraîner un déséquilibre pour le candidat qui proviendra d’un parti avec un grand nombre de militant et si la Vème République veut que la présidentielle soit la rencontre d’un homme et d’un peuple, ce ne sera plus alors que la rencontre d’un candidat avec une majorité de militants. C’est donc dévoyer cette philosophie de fond. Il y a un autre problème qui est celui financier et celui des lobbies. Il y aura une campagne, qui la financera ? Et si - comme le prouve les élections aux Etats-Unis - un candidat a plus de fonds que les autres, il y a de fortes chances que sa capacité à mobiliser et à faire voter sera plus forte et pourra le faire gagner sans pour autant que ce soit le meilleur, si tant est que dans cette circonstance il y ait un meilleur et si cette méthode de désignation permette de définir le meilleur futur président de la France. A cela s’ajoute d’autres suspicions légitimes quand on se rappelle les doutes de l’efficacité et de la sincérité des primaires du PS pour 2007 et des élections internes qui ont fait quelques bruits. Ce que je veux dire par là si on a des électeurs militants payant une cotisation plein pot, d’autre à 20 euros, d’autres gratuits et enfin si entrent en jeu - avec un parti riche comme l’UMP qui a réussi quand même à envoyer à tous les restaurateurs une feuille d’adhésion à la suite de la baisse de la TVA - des électeurs téléguidés par un autre parti (suivez mon regard) qui vont troubler le jeu en faisant pencher la balance vers là où ils y trouvent un intérêt, c’est à dire vers le meilleur candidat selon leurs propres critères on ne peut que refuser une primaire. Bien évidemment il s’agit du refus d’une primaire large et ouverte allant du MoDem jusqu’à - mais au fait jusqu’à où ? Le PC ? Le NPA ? Le NPG ? mais non d’une primaire au sein du PS ou même de la gauche élargie, c’est leur problème.
Par ailleurs vis-à-vis du Mouvement Démocrate cela pose un autre problème. S’il s’engage dans cette bataille cela ruine sa conception d’être transcourant et de vouloir rassembler des républicains de gauche et de droite. Cela ruine sa possibilité de rassembler tant des socialistes que des gaullistes (non de gauche) mais de droite. Du reste y participer c’est déposer les deux pieds du MoDem dans le camp de la gauche ce qui fait dire par anticipation à Peillon que ce mouvement est de (déjà) gauche. En fait cette déclaration de Peillon n’est pas innocente. En déclarant le Mouvement Démocrate de gauche il annihile sa différence, il l’englobe dans une mouvance dont le leadership est le PS et il prépare les militants de ce parti à une alliance avec nous.
Mais me direz-vous, cette opposition éclatée c’est la ruine de tout espoir de vaincre le bon Petit Père des peuples. En fait la primaire en France c’est le premier tour des élections présidentielles et c’est là que l’ensemble des Français décident qui sera le meilleur représentant d’un courant qui affrontera le meilleur représentant d’un autre courant. Mais on ne dit pas à l’avance qu’il n’y a que deux courants. Et s’il y a un débat lors de cette élection majeure c’est tant mieux. Et - ma foi cela me paraît plus juste et plus sain - il est quand même mieux que ce soit la France qui décide dans son entier plutôt qu’une portion mouvante indéterminée dans laquelle voteront aussi bien des adversaires de ce camp élargie que des soutiens. De plus cette primaire restrictive qui rejetteront de fait des courants comme ceux de Villepin ou Dupont Aignan referme l’éventail du potentiel de voix au second tour. S’il faut trouver une solution pour qu’il n’y ait pas de blessures définitives entre le premier et le second tour il s’agit d’avoir un code de bonne conduite et de s’y tenir. De plus je vois un autre énorme avantage à ce qu’il ’y ait pas de primaire. Nous aurons des programmes qui se différencieront mais qui auront des points communs. Et ce sont les Français qui diront alors vers où en majorité il faut aller et c’est ce courant principal qui dictera la direction générale, direction qui sera amendée par le courant qui viendra s’y greffer. Et ce ne sera pas alors cette masse électorale partielle qui imposera un courant seul présent au premier tour des présidentielles.
Cette idée de primaire qui est légitime au sein du PS - cela le regarde - n’est pas adaptée. Cette idée se développe et s’amplifie ne serait-ce parce que Sarnez a dit qu’il y avait plus de choses (dans le contexte particulier de sa phrase qui disait que la politique actuelle n’était pas la bonne) qui nous rapprochaient que de choses qui nous opposaient. Cela ne veut en aucun cas dire que c’est la même chose. Du reste VGE avait écrit un livre qui s’appelle 2 Français sur 3. Et bien moi, j’espère bien qu’en France il y a plus de choses qui rapprochent les Français entre eux que ce qui les opposent. tr c’est cela en fait le grand projet du MoDem, faire en sorte qu’il y ait plus en commun pour l’ensemble de ceux qui vivent dans l’Hexagone, que d’opposition. Et cela n’est pas restrictif à un camp. Et cela deviendrait immédiatement caduc dès la participation à une primaire élargie mise en place par le PS.