Nos trois cerveaux face à la pyramide de Maslow

par bdosne
mercredi 3 septembre 2008

En découvrant il y a peu de temps, à la lecture d’un livre sur le développement personnel, la pyramide des besoins d’Abraham Maslow, j’ai immédiatement pensé au cerveau triunique, une théorie neurologique proposant de considérer le cerveau humain comme étant composé de trois couches.
Modestement, mais avec détermination, je vous invite, chez lecteur, à être témoin de la mise en présence de nos deux challengers. Rapprochement ou confrontation ?

Un article qui vous parlera d’amour, de cerveau dans le ventre... et de notaires.

Des besoins à la pelle

Il existe une quantité importante de références [1] [2] - notamment dans certains articles Agoravox [3] - concernant la pyramide des besoins de Maslow, mais par commodité je me permettrais d’en rappeler les bases. Il existe plusieurs variantes, j’ai retenu une version présentant cinq niveaux de besoins :


Niveaux que l’on synthétise bien volontiers sous forme de schéma :

La modélisation sous forme de pyramide matérialise aussi la relation entre ces besoins : théoriquement un besoin ne peut être satisfait si l’un des besoins plus profonds ne l’a pas été.

Naturellement comme de nombreux modèles du domaine des sciences humaines, la pyramide peut faire montre de ses limites et ne peut être considérée comme un parangon absolu. Néanmoins et si vous le voulez bien cher lecteur, pour les besoins (justement) de cet article nous la considérerons a minima comme une grille de lecture commode des comportements humains.
Nous lui accorderons un aspect pratique, tant elle s’avère encore tout à fait utile dans différents domaines comme le marketing, le management et le développement personnel.


Mon notaire a trois cerveaux...


... comme vous et moi [4] - même si ça peut paraître étonnant - et ça c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est qu’ils ne sont pas tous d’accord !

La vision synthétique du cerveau en trois couches [5] - qui se seraient superposées au fil de l’évolution [6] - a été proposée par le neurobiologiste Paul McLean dans les années 70. Du plus "ancien" au plus "récent", nous trouvons :


Sur le modèle de la pyramide des besoins, osons une représentation sous la forme d’une "pyramide des cerveaux" ; car, en théorie, en matière de comportement c’est toujours le cerveau le plus "profond" qui est prioritaire :

Cette priorisation se vérifie dans des cas simples : ainsi si vous tendez une feuille de Sudoku à une personne en train de se noyer, elle aura fort à cœur de s’y agripper (instinct de survie du paleo-cortex) plutôt que de remplir fiévreusement les petites cases (calcul dans le néo-cortex, aspect ludique dans le cortex).

Nous verrons plus loin que l’être humain a cependant cette étonnante capacité de bousculer les priorités.


L’amour, c’est à quel étage ?

Continuons à être audacieux si vous le voulez bien, et rapprochons nos deux schémas :


Intéressante concordance, n’est-ce pas ?
Plus en détails :


L’une des critiques les plus pertinentes de la pyramide des besoins est la violation ponctuelle du principe de hiérarchie : il arrive que l’assouvissement d’un besoin "supérieur" se fasse au détriment d’un besoin plus "essentiel". Que nous disent nos cerveaux à ce propos ?

Ça monte ou ça descend ?

Dans les deux modèles, on lit le schéma de bas en haut, ce qui correspond pour les deux modèles aux observations les plus communes. Mais, effectivement, il arrive que la hiérarchie des besoins ne soit pas respectée.

Dans le cerveau, les informations sont normalement traitées d’abord par le cerveau le plus primitif, puis remontent vers les cerveaux supérieurs. Sauf que, chez l’être humain (vous et moi en fait, inutile de nous dédouaner), le néo-cortex dispose d’une possibilité particulière : l’anticipation. L’anticipation nous permet de simuler mentalement une situation, et de pouvoir ressentir dans une certaine mesure ce que nous ressentirions si cela se passait réellement. Pour cela, on peut dire que le néo-cortex "abuse" ses petits camarades des étages du dessous en leur envoyant de fausses informations sensorielles.

Cette capacité de "visualisation" est utilisée, par exemple, en méditation, en sophrologie, par les sportifs de haut niveau qui visualisent l’épreuve avant la tenue de celle-ci.

Le problème est que ce potentiel de tromperie a des effets pervers à chaque minute, le néo-cortex "égoïste" ayant la fâcheuse tendance à vouloir plier le monde à l’assouvissement de ses désirs, et à le percevoir comme hostile à lui-même dans le cas contraire.
Poussé à son paroxysme, ce travers permet la survenue d’actes "illogiques" extrêmes, comme le suicide (la souffrance affective dépassant alors l’instinct de survie).

Avec plus de mesure, cela peut expliquer aussi d’autres comportements comme l’engouement pour des sports extrêmes : le besoin d’accomplissement et la satisfaction ludique deviennent alors assez forts pour supporter le risque d’atteinte à l’intégrité physique.

Étonnante capacité de l’être humain à tricher avec l’influence des différentes couches du cerveau, et donc avec la hiérarchie de ses besoins !

Cependant je ne suis pas homme à faire porter le chapeau de l’ultime ânerie aux seuls êtres humains que nous sommes : en cherchant bien on pourrait probablement trouver dans le monde animal des comportements démontrant aussi un chamboulement de la hiérarchie des besoins (affrontements mortels entre mâles pour l’accouplement avec une femelle ? suicides collectifs ?)

Pour conclure...

... car, comme moi, vous avez probablement toujours un peu de lait sur le feu, il est intéressant de constater la concordance de ces deux modèles, modeste point de convergence entre les domaines psychologiques et physiologiques.

Bien sûr, ce ne sont que des grilles de lecture incomplètes des comportements humains si complexes, et qui soulèvent de nombreuses questions, par exemple, comment concilier en un modèle unifié ces trois cerveaux et les deux hémisphères ? Quid de notre "quatrième" cerveau, le système nerveux entérique (oui, oui, un vrai cerveau dans le ventre !) [7] ?

Encore de nombreuses recherches passionnantes en vue dans le domaine de la neuropsychologie [8]...



Références :

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow
[2] http://www.educspe.com/dossiers/actualites-diverses/la-pyramide-de-maslow.html
[3] http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=5093
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cerveau_triunique
[5] http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_05/d_05_cr/d_05_cr_her/d_05_cr_her.html
[6] http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_05/i_05_cr/i_05_cr_her/i_05_cr_her.html
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_nerveux_ent%C3%A9rique
[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Neuropsychologie

Lire l'article complet, et les commentaires