Nous faisons nos milliardaires
par easy
lundi 26 juillet 2010
Ces temps-ci, en France, crise économique et morale obligent, affaire Bettancourt oblige, nous grondons contre les milliardaires. Ils sont une minorité alors c’est facile de s’entendre pour les écharper.
Mais d’où sortent-ils, d’où viennent leurs milliards ?
Entrons directement dans le vif du sujet.
Il se trouve que Liliane Bettancourt tient sa fortiune des bénéfices tirés de la vente de cosmétiques ainsi que de la cote élévée des actions de l’Oréal. Ceux qui évaluent sa fortune prennent en compte le nombre de part de l’Oréal qu’elle possède et multiplient ce chiffre par sa cote du jour. Sur ses comptes, elle ne totalise peut-être qu’un 1 milliard. Quasiment moins que ce que possèdent en liquidités les très gros gagnants du Loto (que personne ne connaît et qui bénéficient d’une paix royale)
Il m’est arrivé d’acheter des actions, pas de l’Oréal, mais mettons que je l’aie fait. Je ne pense pas avoir acheté de produits de l’Oréal (mais c’est à vérifier : de la mousse à raser, des shampoings, des dentifrices peut-être). Tandis que ma mère, ma femme, ma soeur, ma fille ont dû en acheter des centaines.
Comme elles n’ont jamais conduit de bagnoles de plus de 10 000 € (la plupart du temps des secondes mains), ces produits cosmétiques qu’elles ont achetés étaient du genre à être vendus en grandes surfaces, pas dans des instituts ou dans des endroits où l’on n’entre que si l’on a un yorkshire dans les bras, un Louis Vuitton dans l’autre.
Considérons ma famille entière, ajoutons-y ma petite entreprise (du genre de celles qui n’ont qu’une camionnette la plupart du temps conduite par le patron).
Nous avons acheté des pneus Michelin, fait des achats chez Auchan de monsieur Mulliez, faisant la fortune de ces personnes qui elles, ont très probablement acheté les produits les plus chers de l’Oréal. Nous avons aussi enrichi les Richardson, Yamaha, Bill Gates, Panasonic, Sony. Nous avons acheté du champagne vendu par le groupe LVMH, des chocolats de chez Nestlé, du thé de chez Lipton.
Nous avons pris le train décoré par Karl Lagerfeld ; goûté aux mignardises de Le Nôtre lors d’une remise de diplômes ; écrit avec des Caran d’Ache ; lu des Astérix ; dansé dans des discothèques qui passaient Rain & Tears (oui ça date) ; joué avec le Rubik’s cube.
Nous avons acheté des semi remorques de panneaux d’aggloméré de bois chez Isoroy appartenant alors à François Pinault, une balance de chez Testut appartenant alors à Bernard Tapie. Nous avons acheté du Ketchup, des surgelés Findus. Nous avons acheté des places de cinéma pour voir Leonardo di Caprio, Gérard Depardieu et Dany Boon. Nous avons acheté des disques de Herbert Von Karajan, de Léonard Cohen, Céline Dion et de Julio Iglésas. Nous avons acheté des Mac Do, des lessives de Procter & Gamble. Nous avons fait des pleins chez Elf, Total et BP.
Nous avons acheté des tickets chez Disney, des imprimantes HP, des téléphones Nokia, des meubles chez Ikéa, des Monopoly et des Lego. Peut-être une ou deux Barbie.
Nous avons fait ces millionnaires qui ont fait ces milliardaires dont madame Liliane Bettancourt
Pas vous qui grognez.
En votant des dizaines de fois, en oubliant de voter parfois, nous avons fait les cigardaires, les fouquestaire et les rolexaires qui nous gouvernent.
Pas vous qui grognez.
Mais que faisiez-vous donc pendant ce temps là ?
Où sont-ils passés ces gens que nous avons vus à nos côtés, dans les files sur le trottoir, dans les bousculades de Noël et chez le traiteur ?
Où sont-ils passés ces gens qui ont sorti des cohortes de poubelles de chez eux dans lesquelles j’ai remarqué les mêmes emballages que chez moi ? A qui sont destinés les millions de caddies rangés sur ces immenses parkings ? Pourquoi les coffres des voitures sont-ils si vastes ?
Où sont-ils ces gens qui boivent des Pastis, qui remplissent les stades pour voir des millionnaires pousser une balle, qui se bourrent de Nutella, qui s’amusent avec un quad, qui amarent leur Bénéteau dans les ports de plaisance, qui chassent en Verney Caron, qui courent en Nike, qui s’habillent en Lacoste, qui fument du cannabis, qui circulent en BMW, qui s’ennivrent de Johnny Walker et se gavent de Lexomil ?
Vo la ti li sés.
Quand vient le procès de Liliane, plus personne n’y a touché, plus personne n’est complice, tous parfaitement innocents, vivant d’air et d’eau fraîche.
Je serai donc seul, aux côtés de Liliane dans son box des accusés.
Bon.
On dit souvent "Je ne veux pas bosser pour engraisser un patron".
Est-ce au moment où l’on bosse pour quelqu’un qu’on l’enrichit ou est-ce au moment où l’on achète ce qu’il vend ?
Un entrepreneur chinois qui embauche 20 000 femmes et qui les paye des clopinettes pour fabriquer des chaussettes ne gagne encore rien. Il ne commence à gagner quelque chose qu’au moment où chez Lidl, monsieur et madame Bidochon passent à la caisse avec ses chaussettes. Chaussettes banales ou Nike, c’est pareil, c’est quand on achète qu’on enrichit quelqu’un (s’il a bien fait ses comptes, ce qui n’est pas donné à tout le monde).
Il faudrait donc bosser mais ne surtout pas consommer pour qu’il n’y ait plus de milliardaires.
Bin allez dire ça aux employés de chez Ferrari, de chez EMI, de chez Mercedes, d’Arcelor Mittal, de la Gaumont, de chez Bouygues, de chez Carrefour, de De Beers, de chez Quick, des Galeries Lafayette et de l’Oréal.
Alors ?
Foin d’inutile procès, la cause est entendue. Pendouillez-moi avec ces milliardaires qu’on en finisse.