Nous vénérons toutes les puissances établies

par Jacques-Robert SIMON
lundi 21 juillet 2025

Les puissants transforment les énergies vibrionnaires des petits en une force cohérente qui permet de construire les plus grands édifices. Leurs bienfaits sont souvent ignorés voire vilipendés bien qu'une large partie de la classe médiatique s'emploie à montrer leur grandeur. Ce manifeste s'adresse à tous, du moins à tous ceux qui n'ignorent pas que sans ordre il n'y a pas de volupté.

Il y a tout lieu de commencer nos adorations par les Riches. Les très riches sont bien entendus les plus respectables mais il ne faut pas ignorer le rôle essentiel de toute la gamme de fortunes, de rémunérations, de rentes, d'actionnaires jusqu'au petit propriétaire prêt à se faire tuer pour défendre ses quelques arpents de terre. Tous participent à l'ordre qu'il convient de faire régner dans toute société organisée. Et la hiérarchie découle naturellement de l'ordre nécessaire, sans elle, sans lui, aucune civilisation n'est possible. Contrairement aux dires de beaucoup, les Riches ne se ressemblent guère les uns aux autres. Qu'y a-t-il de commun entre un rustre, analphabète, butor prêt à tout pour se montrer en spectacle, adepte des voluptés tarifés et cet autre plein de finesse d'esprit, pratiquant avec talent le piano, montant à cheval, jouant au tennis plutôt qu'au golf ? Tout les sépare donc sauf leur aptitude à attirer ou engendrer des richesses. Pour ce faire il faut une qualité rare que n'ont pas les gens du commun : savoir se faire obéir. Les moyens importent peu : flatteries, charité démonstrative, coercition, chantage, Quelles que soient les actions entreprises, il faut maintenir sa respectabilité, auprès de ses pairs d'abord, des autres si possible. Les premiers pas, si l'on part de rien, peuvent être difficultueux. Il faut convaincre quelques-uns que l'on est le plus sagace dans un domaine donné, le plus apte à diriger. Il est alors mieux de posséder un savoir valorisable, technologique si possible, pour tenter l'aventure, mais ce n'est pas une absolue nécessité : l'éloquence ou la rouerie peuvent suffire assez souvent à convaincre les plus honnêtes. Lors de ce premier cycle vous prélevez une part modique du gain de chacun de vos "employés" afin de constituer un pécule personnel que vous nommez "investissement". Ce pécule fait de vous un futur riche. En effet, vous vous devez de l'investir dans vos affaires, ce différentiel de fortune avec les moins aptes au commandement vous dispense même de toute autre forme de talent pour prospérer, vous achetez en plus des forces vives, des talents, talents que vous pouvez ne jamais avoir démontré. L'art de gouverner n'implique ni érudition, ni même de savoir, il suffit que vos gens, dans leur immense majorité, vous croient indispensable, ce qui est quelquefois vrai mais exceptionnel. Les cycles investissements-achats de main d'oeuvre et de talents se succédant votre fortune, donc votre puissance, augmente sans connaître de limite. Bien entendu, personne n'oublie de verser des subventions à des musées, des organisations philanthropiques pour maintenir leur image. Les milices sont l'objet de comptes à part.

Beaucoup insinuent que la puissance qu’il faut le plus vénérer, celle qui importe, l'Argent. Il est à la portée de tous puisque aucune qualité d'âme particulière n’est nécessaire, qualité qui constituerait de fait un lourd désavantage pour accéder au firmament des richesses. Mais il y a une certaine concurrence entre les géants : ils peuvent être conduits à licencier une partie de leurs obligés à cause de choix non judicieux. Les investisseurs prennent tous les risques pour sauver leur fortune.

Nous avons campé, maladroitement sans doute, la puissance de très loin la plus omniprésente et la plus addictive car celui qui aime l'argent n'en sera jamais rassasié. Des millénaires de tentatives pour domestiquer les Riches par une puissance céleste n'ont abouti qu'à leur donner en fin de compte de nouvelles voies de domination. Pourtant, il fallait bien occuper l'humanité à autre chose qu'à contempler une minorité fortunée. La force la plus primitive qui permet de modeler les Hommes et les sociétés qu'ils forment est évidemment le sexe. Il va de soi que les plus fortunés ne sont pas concernés par cet aspect, de tous temps ils ont pu s'ébattre dans des émois plus ou moins directement tumultueux qui les comblaient. Restait l'immense majorité des autres qui n'avaient pour tenter d'échapper à l'absurde de la vie que l'amour, Amour qui les faisait échapper aux périls les plus dramatiques. Le ruissellement des fortunes matérielles vers les pieds de la pyramide était par trop ténu pour que la satiété puisse être trouvée par la multitude selon les mêmes procédés que pour les nantis, il était prudent qu'elle s'en tienne à l'Amour et à ses valeurs propres. Mais cela faisait des démunis une classe sociale dangereuse. Le bourgeois avait historiquement succédé aux nobles comme possesseurs du pouvoir réel. Il avait pu aussi se débarrasser des notions d'honneur et de loyauté qui étaient censées animer l'âme des chevaliers. Mais leur emprise matérielle sur le Monde était encore assujettie au moins en partie à un divin qui prêchait, sans que les fidèles n'y prennent garde, l'Amour comme bien suprême. Le temps passant, personne ne croyait plus en ces billevesées, l’argent permet de se passer de tout même de morale. La fortune permet d’abandonner le terrestre Père, la Mère et la famille, tout ce qui constitue le dernier refuge de ceux. Le Bourgeois traditionnel devînt un Bourgeois Libéral pour amadouer les foules : il prône la même liberté d'action dans les affaires que dans les moeurs. Le déchirement des familles est obtenu en alliant systématiquement pratiques libérées (déviantes disent certains) et Progrès. L'intelligentsia s'empare pour ce faire de tous les secteurs de la culture et de l'information pour imposer ses vues sur les libertés que l'on peut acquérir en ne se conformant pas aux pratiques naturelles. La plupart font cette propagande par naïveté, mais les dominants restés habiles pour discerner tout ce qui peut conforter leur domination, ont parfaitement compris que le déchiquetage du tissu sociologique des plus modestes permet d'annihiler toute esprit de contestation, toute possibilité d'alternative. Rien ne résiste au formatage des esprits par l'esprit Néo-Bourgeois, les enfants comme aux plus belles heures des totalitarismes les plus sordides font partie des cibles privilégiées par nos nouveaux apôtres.

Ainsi, le seul pouvoir toléré par les pouvoirs est celui de l'Argent. Des principes probablement universels sont agités de temps à autre au fil des événements qu'ils ne peuvent pas maîtriser. Tendre l'autre joue a une certaine noblesse mais ceci ne permet pas à la justice d'être respectée ou de se faire respecter. Nous n'avons donc qu'à vénérer l'Argent, le flouze, pognon, artiche, blé pèse.... et surtout investissements.


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