Obama à Hiroshima : une affaire cousue de fil blanc

par Lucchesi Jacques
mardi 7 juin 2016

Le monde entier a salué la visite du président Obama à Hiroshima. Elle n’est pourtant pas exempte d’un certain opportunisme

 Etre le président d’une grande nation, comme les USA, n’est pas qu’une tâche de super-gestionnaire ; elle exige aussi une conscience historique et un sens de la représentation sur le théâtre du monde. Il s’agit de poser des gestes symboliquement forts qui inscriront en retour leur auteur dans l’Histoire. La visite à Hiroshima de Barack Obama, le 27 mai dernier, est certainement de ceux-là. Elle soulève pourtant quelques remarques.

D’abord le président américain était attendu au sommet du G7, à Ise-Shima ; et se rendre à Hiroshima, à quelques centaines de kilomètres de là, ne représentait guère pour lui qu’un crochet : c’est ce qu’on appelle faire d’une pierre deux coups. Ensuite, cette visite commémorative arrive en fin de mandat, même si elle parachève une action politique riche en espérances et qu’avait déjà honorée le Prix Nobel de la Paix en 2009. Enfin, elle ne remet pas en question la lecture historique de l’évènement effroyable que fût l’explosion de la première bombe atomique sur la petite ville nippone, voici soixante et onze ans. Elle ne marque pas une forme de repentance, tant envers le Japon qu’envers ses devanciers à la maison Blanche – à l’instar de Jacques Chirac vis-à-vis de Vichy et de la communauté israélite française, en 1995. Obama n’a pas présenté des excuses officielles, et pour cause !

Car c’est bien l’Empire du soleil Levant qui a ouvert les hostilités contre les Etats-Unis en 1941, à Pearl Harbour. C’est lui qui a envahi – avec quelle brutalité ! – la Chine et les pays du sud-est asiatique. Pourtant le Japon, en 1945, était ruiné par quatre années de guerre totale. Aurait-il capitulé sans le recours à l’arme atomique ? Certains spécialistes en polémologie le pensent, même si on s’accorde à croire qu’elle a accéléré le processus de paix. Dans ce cas, qu’aurait-on su de ses effets, à court et à moyen termes, sur les populations ? Les circonstances historiques ont fait que ce fut le Japon qui en a subi les terribles conséquences. Une expérience interdite, malgré bien des crises internationales, depuis 1945. En sera-t-il toujours ainsi, quand on sait le nombre d’armes nucléaires qui prolifèrent à la surface de la Terre ?

C’est aussi avec cette conscience aigüe du danger que le président américain est venu à Hiroshima plaider pour un monde dénucléarisé. Un vœu pieux qui ne coûte rien lui non plus, mais qui fait l’unanimité envers celui qui le prononce. En cela Obama, contrairement à son prédécesseur (et peut-être à son successeur), est un grand diplomate. Mais le plus émouvant, dans cette cérémonie crépusculaire, restera l’attitude, noble et humble à la fois, de ceux qui ont survécu à l’apocalypse nucléaire. Un grand moment d’humanité, même tardif. Oui, s’efforcer de maintenir la paix en ce monde est un combat bien plus ardu que d’y déchainer la guerre.  

 

  Jacques LUCCHESI


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