On la garde ou pas ?
par Mathias Delfe
lundi 27 octobre 2008
On pourrait croire aux posts que je lui consacre que je nourris une rancune personnelle à l’égard de Christine Lagarde.
Nenni ! J’admire une svelte et dynamique quinquagénaire peu suspecte d’user de son prestige pour séduire ses jeunes collaborateurs et, comme une immense majorité de Français, je ne connaissais à peu près rien (1) d’elle avant que son alter ego du barreau Sarkozy ne l’intronisât au palais des Finances.
Non, la raison de mon ire tient à l’agacement que me procure la promotion de l’incompétence.
Christine Lagarde était sans doute une avocate d’affaires fort habile aux States, sinon on suppose qu’elle n’aurait jamais obtenu le poste de chairwoman du cabinet Baker & McKenzie, mais, en tant que responsable publique de l’économie française, il faut admettre qu’il s’agit d’une catastrophe.
Il y a un an, elle nous promettait pour 2008 une croissance de 2,25 % (2), en juin de cette année, elle s’emportait contre un Insee réaliste qui osait augurer d’1,6 % au mieux (3), enfin, au début de ce mois, elle convenait que « la croissance est fortement ralentie et qu’on finira l’année autour d’1 %. Je l’ai dit et je répète toujours la même chose » (4).
Ben, non, justement, M’dame Lagarde, vous ne répétez pas toujours la même chose, pas du tout, en revanche, vous vous contredisez beaucoup.
Oh ! Il y a toujours d’excellentes excuses pour avoir tout faux : par exemple, si les 2,25 % n’étaient plus possibles, c’est parce qu’ils étaient calculés sur la base « d’un euro à 1,35 dollar et un baril de pétrole à 75 dollars », or, en juillet, l’euro a dépassé les 1,50 dollar et le baril de brent les 147 dollars.
Limpide, non, même si on n’a toujours pas pigé pourquoi c’était une mauvaise chose quand l’euro monte considérant que c’en est une aussi quand il descend, sans que personne ne puisse par ailleurs déterminer avec précision où se situe son étiage idéal ?
Le hic, si on accepte la logique de ce genre d’explication alambiquée, c’est qu’avec un euro à 1,25 dollar comme aujourd’hui et un baril à 68 dollars, on devrait espérer au moins 2,75 % de croissance, voire 3 %, et pas ce ridicule moins d’1 %. En effet, si les cours fluctuants de l’euro et du pétrole poussent la croissance à la baisse, il devrait de même la tirer à la hausse, pas vrai ? D’autant que les prix galopants des matières premières et des produits agricoles qui ont contribué à infirmer les brillants calculs de Bercy sont eux aussi en chute libre.
Ah mais ! Attends ! C’est qu’entre-temps il y a eu la grande crise financière !
Oui, oui ! Où avais-je la tête ? Toutefois, l’an prochain, qui nous assure que la très modeste prévision de plus ou moins 1 % sera tenable ? Sur quelle estimation de la valeur de l’euro et du pétrole s’appuie-t-elle ? Quel tarif retient-elle pour l’acier et le beurre ? Quel événement économique ou politique imprévu quoique prévisible même par un modeste épicier fera tout capoter au dernier trimestre ?
Pour tout vous avouer, la fameuse astrologue Elizabeth Teissier (5) comme ministre de l’Economie, ça serait à la fois moins coûteux pour les finances publiques, car Christine est très bien payée pour se gourer à coup sûr, et plus sérieux dans l’observation de la boule de cristal.
1- Ministre déléguée au Commerce extérieur chez Villepin en 2005, puis ministre de l’Agriculture et de la Pêche (défense de rire) dans le bref gouvernement Fillon 1.
2- EurActiv.fr, 06/11/2007 et 21/3/2008
3- Les Echos, 20/6/2008
4- Les Echos, 04/10/2008
5- Elle conseilla François Mitterrand.