On the road : Brest - Rome à travers la dévastation

par George L. ZETER
vendredi 18 juillet 2025

Conduire en boycottant les péages d’autoroute. En traversant la France en diagonale. En s’arrêtant dans des campings, des hôtels, des maisons d’hôte. Je vais vous conter par le menu, fromage et dessert, ce périple à travers une France dévastée. Et Vive "l'Union" européenne et sa capacité à réduire les pays, les peuples et les âmes.

Traversée de la France : Brest - Nantes - Poitiers - Clermont - saint Etienne - Grenoble - Briançon. Par voies expresses, nationales, départementales, communales, et même des chemins vicinaux.

Une organisation à rendre agressif un Gandhi. 30, 50, 70, 80, 90, 110. Voici les différentes vitesses inscrites sur les panneaux dont le conducteur doit impérativement respecter, sinon : retraits de points sur le permis et amendes bien salées. Ainsi, un œil sans arrêt fixé sur le compteur de vitesse tout en jetant des coups d’œil, de l’autre aux panneaux, tout en rétrogradant, puis accélérant, bloqué derrière des camions, des camping-cars, tout en faisant attention, car il y a de nombreuses signalisations de contrôles radars fixés sur les bords de route. Il y a : Les voitures de gendarmes planquées, les ronds-points, les nids de poule, les rétrécisseurs de chaussées, les ralentisseurs, les dos d’âne, les gendarmes dormants, qui font que conduire en France est du domaine du gymkhana, mariné à la sauce grand-stress plus que de la balade routière de début de vacances, avec fenêtre ouverte et petite musique dans la tête. Le GPS lui est programmé pour envoyer vers les autoroutes, et ainsi, il faut ruser et bagarrer contre ce guide vendu aux intérêts des actionnaires qui nous ont tous dépossédé de nos autoroutes, payées par nos grands-parents au temps du général. Merci à Dominique de Villepin qui a bradé pour une bouchée de pain ces trésors nationaux.

Une France fantomatique. De la Bretagne jusqu’à la pointe des Alpes, une traversée de villages où la dernière âme qui vive s’est envolée. « Pas un bruit, pas un son, comme un linceul sur le monde qui sommeille », et ce monde ne sommeille pas, il dort à poings fermés. Comme en avançant avec ces 30 km/h et avoir le temps de voir… Rien, personne, des portes fermées, des volets clos, et surtout de part et autre de la route principale, des commerces bouclés depuis longtemps vue la rouille des volets baissés. C'est là, des fonds de commerce ayant périclité, sans repreneur après une vie de labeur, et quand on connaît le niveau de retraite des petits commerçants… Une France qui l’âge venu, s’est ratatinée dans des gourbis laids. Car il faut le dire, la France est d’une laideur incroyable : tout est noir et gris, avec beaucoup de rouille. J’avais fait la même route en 2015. La dégradation est probante, notre pays pourrit par ses racines. De ci, de là, quelques villages fleuris pour cacher la misère, mais l’impression générale est consternante. D’autant qu’il faut un troisième œil pour repérer les nids de poule, sur des routes défoncées par un trop grand nombre de camions qui y circule ; d’ailleurs, la France est à la traîne sur la question du ferroutage. « Il n'y a plus rien qui va. On est dans une destruction organisée de notre pays, de ce qui fait notre sang, notre chair, notre culture, notre patrimoine, notre paysage... » Elle n’a pas tort Clémence Houdiakova dans son Bistrot Liberté d’asséner cette simple vérité, le pays se barre en cou… Jachère.

Se loger durant ce périple, une vraie sinécure, car c'est fini le petit hôtel à moins de 40 euros. Dans un village reculé la chambre à 85, le restaurant annonçant des prix ad hoc. À croire que chaque Français se fait des 5 000 par mois. Je me suis rabattu sur le moins cher possible : Une maison d’hôte, où une famille vivait dans un capharnaüm impossible, une autre à Briançon d’une saleté repoussante à l’image de la tenancière et son haut taché de marque de graisse. Une impression d’un rafiot qui coule doucement dans sa crasse et dans ses miasmes. Fini les restos routiers, accueillants, mais le temps des gargotes graillonnasses et fastfoodiennes aux périphéries. L’entrée de la moindre ville, est plantée d’une forêt de panneaux publicitaires, puis la zone des galeries marchandes et autres « grands » de la distribution. En traversant cette France pas très usitée par le tourisme de masse, on se rend compte du désastre où se dirige notre pays : Une dévastation lente et certaine.

Les ronds-points… Cette urticaire de paysagiste planté partout en France, il y en a plus de 40 000. De toutes taille, de tout design, ce qui nécessite de la main d’œuvre pour l’entretien. D’où ces pléthores d’employés municipaux alimentant le clientélisme et les passe-droits municipaux. Certains endroits tels après saint Etienne et Grenoble, il y en a bien 1 tous les km ; Au milieu de nulle part. Sachant que ces « machines » à rétro commissions alimentent la corruption pour les partis politiques, les mairies et pourquoi pas les poches des zélites… Les campagnes sont gangrenées par tout un système corrompu où des baronnets locaux font la pluie, le beau temps et le cul de la crémière.

Basculement vers l’Italie. À Briançon, dès que l’on commence à descendre vers l’Italie, la charge de stress descend d’au moins 9 crans sur l’échelle de 10, niveau stress en conduite. Plus de ces panneaux menaçant en noir des radars, plus de ces avatars lancés sur les routes pour vous forcer à ralentir, plus cette foultitude de panneaux de vitesses. Enfin, le coude sur le bord de la fenêtre, on peut enfin apprécier la route.

Il y a eu 3 193 morts sur les routes françaises en 2024. Il y a eu 3 039 morts sur les routes italiennes en 2023. France 68 millions, Italie 58 millions d’habitants. Donc grosso-modo des chiffres qui se ressemblent, avec pourtant un grand bémol : comment nous conducteurs français sommes, et on peut dire le mot « torturé » psychologiquement par notre état lorsqu’il en vient de se placer derrière un volant. Traverser la France en auto aujourd’hui est une vraie épreuve physique et surtout mentale. Lorsque j’ai parcouru mes 800 km en Italie, ce fut une promenade, une balade où j’ai eu le temps de regarder les paysages. L’état français malmène ses citoyens de manière autoritaire avec le bras armé de la loi dans des situations de stress permanentes où l’aménagement routier est de niveau ubuesque. D’où ce mal généralisé de vivre au pays des Gaulois, réfractaires et emmerdés. Alors, citons Voltaire qui justement prédisait « Les Français ne sont pas faits pour la liberté : ils en abuseraient. »

Georges ZETER/juillet 2025


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