« One two three ! Viva l’Algérie ! »
par Julien Rochedy
samedi 21 novembre 2009
Je ne dois pas être le seul à avoir quelques griefs contre certains supporters d’une équipe de football particulière qui, mercredi soir, ont empêché de dormir bon nombre de citadins. Ah ! je sais, je fais le vieux imbécile, le vieux con, le vieux réac : l’engouement populaire, la festivité spontanée, la joie et la bonne humeur d’un supporter pantelant – voilà plutôt de bonnes choses, des choses vivantes, des choses saines pour la vie d’une nation ! C’est vivifiant, c’est jeune ! C’est « vitaliste » pourrait même nous expliquer Bégaudeau ! – Sauf que cette éruption fêtait la victoire de l’Algérie, non de la France, et que nous sommes en France, non en Algérie. Alors c’est l’Algérie qui peut se pâmer de l’énergie de ses enfants, en étant fier d’être fêté avec autant d’entrain au-delà de ses frontières. Pas la France.
Volontairement, ce soir là, je ne voulus pas sortir de chez moi : c’est que j’étais prévenu. Ce n’est pas comme si c’était une nouveauté qu’en France, lors de certains matchs, il faut mieux rester cloîtré chez soi si l’on a un tempérament qui souffre difficilement les effusions sauvages. D’une manière générale, tous les matchs de football donnent lieu à des barbarismes ; hurler, se battre pour du sport et injurier l’équipe adverse ne me paraissent pas être des comportements civilisés ; mais ce n’est pas très important, la civilisation doit être parfois capable de s’oublier lors de fêtes pour mieux pouvoir se vivre ensuite : les Grecs et le Romains avaient d’ailleurs très bien compris ce principe, au point qu’ils l’institutionnalisèrent. Et puis bien sûr, tous les supporters ne sont pas comme ça, pas d’amalgames etc.
Bref, même de chez moi et une bonne partie de la nuit, je pus observer tout le barbarisme qui s’offrait au prisme de mes fenêtres. Autant dire que j’interdis tout de suite toute fausse indignation à propos du terme « barbarisme » que j’emploie pour qualifier ce que j’ai vu : ceux qui refusent de considérer comme sauvages ou barbares des dizaines d’individus à la mine souvent patibulaires, hurlant et gesticulant dans tous les sens, dont les norias incessantes ne semblaient avoir pour but que déprédations en tous genre, ou méchancetés pures et simples (tous les passants lambdas se faisaient insulter sans raisons), et dont les scansions n’avaient ni queues ni têtes (mes oreilles durent s’habituer à des « Nique si, nique ça, nique là, nique tout ») ; ceux qui refusent de considérer cela comme barbares, je le dis, sont eux aussi des barbares, car cela veut dire qu’ils méconnaissent à ce point la civilisation que la dichotomie ne leur saute plus aux yeux. Et c’est le propre d’un barbare de ne pas distinguer ce qui est barbare.
Je n’ai vraiment pas envie de commencer une énième réflexion sur l’échec de l’intégration que ces comportements supposent. Nombre de sociologues, d’intellectuels et de politiques, semblent se réveiller aujourd’hui, et entament, avec la fierté de ceux qui croient avoir découvert quelque chose, des débats et des études sur l’assimilation, l’intégration, l’immigration etc. Je n’ai pas le cœur à ces découvertes, parce que beaucoup savaient tout ceci depuis bien longtemps et n’avaient eu de cesse de tirer des sonnettes d’alarmes, mais l’on ne les écoutât point à temps, et il faut des matchs de foot et des émeutes pour ouvrir les yeux plein de crasses angéliques de nos contemporains. C’est ainsi, et il est presque certain que dans quelques années, à l’occasion d’une nouvelle émeute de banlieue ou d’un nouveau match France/Algérie, l’on aura toujours ces ravis de la crèche débonnaires qui viendront, sur les plateaux télé, nous expliquer qu’on a peut-être loupé quelque chose dans l’intégration.
Si l’on veut comprendre le malaise, il suffit de s’arrêter deux minutes sur le slogan de la plupart de ces « jeunes » que j’ai pu entendre toute la nuit à Lyon : « ONE TWO THREE, VIVA l’ALGÉRIE ». Ce slogan misérable explique tout, dit tout, révèle tout à qui veut entendre. Mélange d’anglais et d’espagnol afin de célébrer une nation maghrébine en France. Le déracinement totale, c’est-à-dire la vacuité : à la fois intellectuelle (mélange confus et bigarré de langues), et affectif (hurlements avec autant de passion pour un pays au sein d’un autre auquel ils sont censés appartenir). De ce déracinement totale nait une névrose inqualifiable, une sourde angoisse comme disait De Gaulle, et de cette névrose nait violence, perte de repère, agressivité, autant être clair : le barbarisme le plus complet. Point, fin de la petite analyse. En vérité, ces « jeunes » sont plus à plaindre qu’autre chose, et s’ils emmerdent tant le monde, c’est avant tout parce qu’ils sont dans une merde morale absolue.
Eh puis quoi, ces sales gosses ne font que se fabriquer une identité dont ils ont besoin pour s’épanouir, puisque la France se refuse désormais de leur en fournir une, c’est-à-dire une identité forte, avec toute la fierté qui va avec. J’espère que tous ces intellectuels, ces artistes, ces politiques et autres fossoyeurs qui n’ont pas cessé de nous expliquer depuis trente ans que le nationalisme français c’était pas bien, c’était Pétain, c’était facho – j’espère qu’ils sont aujourd’hui bien perplexes de voir des nationalismes étrangers naitre et se développer au sein de la patrie dans laquelle ils étaient censés avoir interdit tout patriotisme. La nature a horreur du vide.
Je suis sûr que même un sociologue de gauche parviendra à comprendre ceci d’ici dix à vingt ans, et qu’il criera tout content : « EUREKA ! » Mais il est à craindre qu’il sera alors trop tard.