Où nous conduit le concept d’islamo-gauchisme ?
par Observatoire du NéoConservatisme
mercredi 24 février 2021
L’islamo-gauchisme est un néologisme désignant la proximité supposée entre des idéologies et partis de gauche et les milieux islamiques ou islamistes. Pour Jean-Michel Blanquer, il s’agit d’un « fait social indubitable”. ”Ce serait absurde de ne pas vouloir étudier un fait social. Si c’est une illusion, il faut étudier l’illusion et regarder si cela en est un”, a-t-il indiqué sur BFMTV, estimant que “certains essayent toujours de minimiser ce projet politique”. Ses déclarations faisaient suite à celles de Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, ainsi qu’à celles du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin il y a quelques mois.
Mais d’où vient ce concept ? Qui en est l’auteur ? Quelle idéologie se cache derrière ? Pour tenter de répondre rapidement à ces questions, nous vous résumons les recherches extraites de nos précédents articles.
Pierre-André Taguieff et Daniel Pipes
A l’instar de Daniel Pipes, Taguieff est souvent présenté comme « expert » en théories du complot [comme un spécialiste du racisme]. C’est surtout un spécialiste de la pensée par les amalgames. Dans son discours, toute critique à l’égard de la politique des États-Unis et d’Israël équivaut à de l’antisémitisme. En 2004, il signe « Prêcheurs de haine : Traversée de la judéophobie planétaire ». Cet ouvrage fait suite à « La Nouvelle Judéophobie » sorti deux ans auparavant.
Quant à ses formulations, elles sont aussi diverses et variées que l’« islamo-gauchisme », la « propagande nazie, soviétique et palestinienne », l’« anti-américanisme et les dérives du néo-gauchisme », la « vague altermondialiste » … Bref, l’équation de Taguieff est simple à comprendre : anti-impérialisme est égal à anti-américanisme, qui lui même est égal à antisémitisme ; donc celui qui s’oppose à l’impérialisme est un adepte du complot juif.
Le Memri, l’usine à propager la peur envers l’islam
Dans un rapport intitulé « L’usine à fabriquer des peurs : les racines de l’islamophobie », le Center for American Progress, groupe de réflexion américain proche du parti démocrate US, établit que le MEMRI « promeut la propagande islamophobe aux Etats-Unis au travers de choix de traduction sélectifs qui ont pour but de faire valoir que l’Islam est intrinsèquement violent et favorise l’extrémisme ».
Parmi les nombreux points abordés, retenons que Robert Spencer et Daniel Pipes comptent sur le MEMRI pour leur propagande et que le terroriste norvégien Anders Breivik a cité le MEMRI seize fois dans son manifeste. Plus troublant encore, les traductions du documentaire enflammé antimusulman « Obsession : radical Islam’s war against the West » ont été fournies par le MEMRI. Le site du film fait aussi figurer le MEMRI comme source pour la vidéo « Radical Islam and Terrorism Today ».
C’est donc en tant que source de ces médias, que le MEMRI sait s’illustrer : Il est ainsi l’une des sources principales de la version électronique de Prochoix, la revue de Caroline Fourest, de Conspiracy Watch, le site de Rudy Reichstadt, et de La Règle du Jeu, la revue fondée par Bernard-Henri Lévy. BHL pousse même le zèle en attribuant une section spéciale au MEMRI sur son site.
L’Islamo-Marxisme selon Breivik
Anders Breivik, l’auteur de la tuerie d’Oslo (77 morts et 151 blessés), est lui aussi un adepte de la théorie Eurabia. Il est décrit par le Jerusalem Post comme un “militant d’extrême droite sioniste fermement opposé à l’Islam”. Il cite plusieurs fois dans son manifeste Alain Finkielkraut, qui avait approuvé dès 2017 la théorie raciste du « grand Remplacement ».[photo : Bat Ye Or évoquée sur FRANCE CULTURE]
Aux yeux d'Anders Breivik, il est impossible aujourd’hui de stopper l’alliance multiculturelle (ndlr : élites, médias, politiques) de façon démocratique. Il appelle à l’avènement de la révolution conservatrice qui permettra de « bannir une nouvelle fois l’islam d’Europe ».
Dans une vidéo diffusée sur Internet peu avant de passer à l’acte, Anders Behring Breivik parle du “viol culturel et marxiste de l’Europe” entre 1968 et 2011. Il y dénonce le multiculturalisme comme une “idéologie haineuse anti-européenne destinée à déconstruire » la culture, les traditions, les identités et la chrétienté européennes voire même les Etats-nations européens.
L’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande
Le 15 mars 2019, l’auteur de l’attentat en Nouvelle-Zelande (49 morts et une quarantaine de blessés), Brenton Tarrant exprime pour justifier son crime son adhésion à la théorie du « grand Remplacement » créée par Renaud Camus, et popularisée par Alain Finkielkraut. Il n’est pas surprenant d’apprendre que Brenton Tarrant se soit inspiré de Anders Breivik, le tueur norvégien, mais les contributeurs du site dreuz.info qui relaie la théorie de Bat Ye’or mais aussi celle de Renaud Camus et d’Alain Finkielkraut, se sont empressés de brouiller les pistes en titrant, quelques heures seulement après l’attentat : « 40 morts : un néo-nazi australien de 28 ans a ouvert le feu dans une mosquée ». En bref « C’est pas nous ! c’est pas nous ! »
Du judéo-bolchévisme à l’Islamo-gauchisme
Dans son introduction à la traduction de l’article de Paul Hanebrink « Quand la haine du communisme alimentait l’antisémitisme« , le Monde diplomatique précise avec justesse « de Jeremy Corbyn à Jean-Luc Mélenchon, les accusations d’antisémitisme à l’encontre de la gauche se multiplient. Le drapeau rouge se retrouve désormais associé à la haine raciale, alors qu’il a longtemps été assimilé à un « complot juif ». En Ukraine, ce fantasme a ainsi justifié le massacre de dizaines de milliers de personnes, dans le silence complice des gouvernements européens ».
Ajoutons à ce constat que la diabolisation de l’islam, qui est donc l’autre aspect du concept, fut initialement décryptée par les journalistes suédois Andreas Malm et Eva Ekselius. Ils notaient dans le Nyheter journal que dans la thèse de Bat Ye’Or, les musulmans sont à leur tour victimes d’une propagande antisémite, et qu’il y a une comparaison directe avec l’Europe d’avant-guerre.
Armageddon n’est plus très loin
Force est de constater que ce contexte où l’extrême centre adopte les thèses de l’extrême droite n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé en 1939. En effet, la bourgeoisie libérale représentée par un éventail qui allait du parti socialiste à la droite donna les pleins pouvoirs à Philippe Pétain, lui procurant ainsi un soutien indéfectible. Cette compromission débouchera sur le fameux projet de « Révolution nationale » (juillet 1940 à août 1944), pour laquelle les communistes, les juifs et les francs-maçons étaient tous considérés comme des traîtres à la patrie.
Ainsi et a contrario, nous ne les entendons pas réagir au fait que la France est le 3ème exportateur d’armes à l’Arabie saoudite, alors que ce pays est à la tête d’une coalition militaire qui intervient au Yémen. Le résultat est pourtant édifiant, puisque cette guerre a fait au moins 10 000 morts, et poussé des millions de Yéménites à la famine. D’autre part, c’est Macron et non la gauche populaire qui a remis la légion d’honneur au président égyptien, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, lors d’un diner d’état à l’Élysée. Pourtant, le régime d’Al Sissi est lui aussi accusé de crimes contre l’humanité.
Vous l’aurez sûrement compris, en macronie, “l’islamo-capitalisme” a de beaux jours devant lui.
Sources :
Observatoire Anticons - Pierre-André Taguieff, le Néo-con-Lajoie
Le Monde diplomatique - Paul Hanebrink - Quand la Haine du Communisme alimentait l'Antisémitisme
Le Figaro - L'Islamo-gauchisme est un fait social indubitable affirme Jean-Michel Blanquer
Le Temps - Le Multiculturalisme au coeur des Attentats
Observatoire Anticons - Michel Onfray : Analyse de son anti-communisme
L'Humanité - Le régime d'Al Sissi accusé de Crimes contre l'Humanité