Où sera réfugié notre agité président le 7 mars ?

par gruni
lundi 20 février 2023

Des esprits partisans de l'opposition à la macronie vous diront qu'à l'approche du 7 mars se dessine au palais de l'Elysée les contours d'une panique indescriptible. Ce qu'il est bien commode d'affirmer sans pouvoir le démontrer et sans doute faux. Même après plusieurs épisodes d'un show tintamarresque de la Nupes, dont le mérite est quand même d'avoir démontré le flou sur les 1200 euros annoncés dans la réforme des retraites, ainsi que l'imposture des 44 années de cotisations pour certaines carrières longues. Chacun sait que la France se prend pour le nombril du monde, si c'était le cas, le spectacle donné dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale restera la parfaite illustration de ce qu'est la liberté d'expression débridée à la française. Bien sûr, il ne fait aucun doute qu'une partie réduite de la population se réjouira du bruit de la fureur et des insultes proférés dans un brouhaha d'un haut niveau sonore. D'autres téléspectateurs sur LCP, auront certainement fait le choix de zapper cette triste comédie des représentants du peuple !

Après le ou les millions de manifestants dans la rue pour s'opposer à la retraite à 64 ans, qui oserait encore douter que le président de la République soit agité dans ses petits souliers, lorsque les syndicats lui promettent "la France à l'arrêt" le 7 mars. Mais, les syndicalistes ne sont-ils pas un peu prétentieux, alors que : 

"Selon une étude que vient de publier le ministère du Travail, le taux global de syndicalisation, public et privé confondus, est passé de 11 % à 10,3 % entre 2013 et 2019. Il est tombé sous les 8 % dans le privé."

Allons donc, les Martinez et Berger ne sont plus des perdreaux de l'année et donc parfaitement conscients que le 7 mars ils peuvent se ramasser une gamelle mémorable, qu'il faudra ensuite tenter de vendre tant bien que mal aux médias comme une victoire des travailleurs. 

Sur le plan politique, choisir comme élément de langage que cette réforme injuste aurait été préparée confusément par des amateurs sur un coin de table, est d'un complet ridicule. La tromperie des décideurs politiques sur certains articles étant une décision parfaitement froide et réfléchie. Donc pour les opposants, ne pas vouloir débattre des différents articles en faisant de l'obstruction volontaire systématique de façon à ne pas arriver à l'article 7 du projet de loi, et ainsi ne pas pouvoir en débusquer les pièges cachés pour éclairer les travailleurs sur les sournoiseries de la majorité, doit-être considéré une faute politique grave de la France Insoumise. Une faute dont les communistes, les socialistes et les écologistes n'ont pas voulu se faire les complices. Prétendre qu'il n'y avait pas le temps nécessaire pour examiner tous les articles est bien une tartufferie. Si le gouvernement avait donné plus de temps, le carnaval de l'obstruction par des amendements et des rappels au règlement, n'aurait duré que plus longtemps par pure stratégie politique

Finalement, ce chahut aura été contreproductif, car d'une manière ou d'une autre la réforme passera quand même. Ensuite que l'opposition parle de déni de démocratie sera juste une hypocrisie de plus. Prendre les Français pour des demeurés a des limites. Ce qui vaut pour le pouvoir comme pour l'opposition.

Au moins un gagnant aura su tirer les marrons du feu. Le RN qui se pourléchait les babines devant le spectacle affligeant donné à l'Assemblée Nationale, en gardant le silence et sans prendre le moindre risque pour son avenir électoral, a encore de beaux jours devant lui.

C'est maintenant le Sénat qui aura 15 jours pour débattre, ce qui devrait nous amener au 12 mars. Dans l'hémicycle le 2 mars, les sénateurs majoritairement de droite devraient faire passer le texte du gouvernement.

En cas de dissension entre l'Assemblée et le Sénat, il faudra passer par la commission mixte paritaire. 7 sénateurs et autant de députés devront essayer de trouver un accord sur les mesures de la réforme. Le texte devra ensuite être adopté définitivement par l'Assemblée. Le pire qui pourrait arriver à notre président énervé, serait que le texte soit rejeté "par l'une ou l'autre des deux chambres, malgré l'accord en CMP". Dans ce cas fort improbable, Emmanuel Macron pourrait en arriver à dissoudre l'Assemblée. Ou encore, les "dispositions de la réforme pourront être mises en œuvre par le gouvernement par ordonnance, comme le prévoit l'article 47.1 de la Constitution." Restera une dernière possibilité pour Elisabeth Borne, celle d'avoir recours au très polémique et redouté article 49/3 pour passer une réforme rejetée par 72% des Français.

Bref, nous saurons bien assez tôt ce qui attend les salariés. Il reste aux travailleurs le droit de rêver un peu...

En réalité, le rêve est un véritable cauchemar pour le président de la République qui le 8 mars revient d'un voyage officiel à l'étranger. Il découvre alors avec horreur que le pays se trouve presque totalement paralysé par les grèves et que les Gilets jaunes occupent de nouveau les ronds-points sur l'ensemble du territoire. Dans un sursaut dû à son instinct de survie, Emmanuel Macron décide de renoncer à sa réforme des retraites comme Chirac en 2006 avait renoncé au CPE. Ensuite, il nomme Mélenchon premier Ministre... Et là c'est une autre histoire !

Photo - Xose Bouzas. Hans Lucas sur Libération


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