Parler bas
par Christophe R
mardi 16 décembre 2025
Ce matin encore, j’ai ouvert le journal. Puis l’écran. Puis un autre onglet.
Une information, un débat, une réponse à ce débat.
J’ai cherché à comprendre, à vérifier, à savoir qui avait raison.
Comme si c’était possible.
Comme si quelque part une phrase claire m’attendait.
Mais il y a trop de mots.
Trop d’avis qui se chevauchent, se contredisent, s’annulent.
Des phrases qui montent, qui claquent, qui veulent avoir le dernier mot.
La parole n’éclaire plus : elle s’accumule.
Et à force de vouloir tout dire, elle finit par ne plus rien laisser entendre.
Alors je ne sais plus où poser ma voix dans tout ce vacarme.
Alors j’ai choisi de parler bas.
Pas par lâcheté. Pas par résignation.
Mais parce que les mots fragiles tiennent parfois mieux que les certitudes.
Parce qu’une phrase qui hésite peut laisser de la place à l’autre.
Je ne cherche pas à convaincre. Je n’élève pas la voix.
Je pose des mots comme on pose une main sur une épaule — doucement, sans peser.
Peut-être faudrait-il ralentir.
Laisser une phrase respirer avant d’en ajouter une autre.
Accepter de ne pas tout comprendre tout de suite.
Renoncer, parfois, à l’urgence d’avoir raison.
Le silence n’est pas une démission.
C’est un espace, rare, où quelque chose peut encore naître.