Parler de Dieu est-ce le plus important ?

par oscar fortin
jeudi 12 décembre 2013

Voilà une question bien particulière de la part d’un croyant en Dieu et, qui plus est, de quelqu’un qui veut en témoigner. Je dois évidemment m’expliquer.

De fait, plus je médite sur ce mystère de Dieu, plus je m’en approche à travers le personnage de Jésus de Nazareth, moins je vois Dieu comme quelqu’un qui souhaite que l’on parle beaucoup de lui et qu’on lui rendre des hommages à ne plus finir. 

Je le vois plutôt discret sur lui-même, mais très préoccupé du sort réservé aux hommes, aux femmes et aux enfants de cette humanité que les livres anciens nous disent avoir été créés à son image et à sa ressemblance.

Ce même Dieu-Père sur lequel je médite, loin de tourner le dos à une humanité aux mille travers, choisit de nous envoyer son fils, pas tellement pour parler de Lui, mais plutôt pour nous réapprendre à découvrir l’humanité et le véritable visage de celui qui en est le créateur.

En ce Jésus de Nazareth, c’est l’Humanité qui retrouve son véritable visage ainsi que la voie par laquelle seront vaincues les forces du mal qui la hantent. En lui et par lui surgit de nouveau la vie.

L’action et le message de ce Jésus sont tous orientés à redonner vie à cette humanité. L’amour du prochain à la hauteur de l’amour que l’on se porte à soi-même est au cœur de ce message. Il ne saurait y avoir amour de Dieu sans l’amour du prochain. L’apôtre Jean (1Jn 4,20) nous dit que ceux et celles qui disent aimer Dieu, sans aimer leur prochain sont des menteurs. La seule voie pour atteindre Dieu est celle qui passe par l’humanité. En ce sens, il importe davantage de parler du destin de notre humanité que de parler d’un Dieu, détaché de nos vies. De toute manière, en parlant de cette humanité, c’est de Dieu que nous parlons.

De nombreuses interventions d’autorités religieuses expliquent les grands problèmes que vit le monde d’aujourd’hui par le fait que ce monde ignore ou rejette Dieu. Ils parlent d’un monde sans Dieu.

Il m’a été donné, à plusieurs reprises, de rappeler que les causes profondes de ces malheurs se retrouvaient, comme par hasard, chez nombre de ceux qui se réclament justement de Dieu. Nous connaissons tous le GOD BLESS AMERICA qui coiffe le grand empire des temps modernes, celui qui ne se fait aucun scrupule pour déclarer des guerres à qui il veut bien, pour s’emparer des richesses des autres sans leur demander la permission, pour tromper et manipuler l’opinion publique mondiale par des médias sur lesquels il a plein contrôle. Il est le roi du mensonge, de la tromperie et des guerres. Il parvient même à se faire cautionner par des autorités religieuses qui se font les grands-prêtres tout désigner pour parler de Dieu.

Il ne suffit donc pas de parler de Dieu et de faire référence à Dieu pour sauver le monde. Il faut que les actions soient celles qui correspondent à sa volonté qui est d’aimer les autres comme soi-même. Il n’y a pas de place dans ce paradigme de l’amour pour quelque supériorité que ce soit entre les personnes et les peuples, pour des intérêts qui ne soient pas également ceux des autres, pour une sécurité nationale qui ne s’harmoniserait pas avec celle des autres. En un mot, il n’y a pas de place pour quelques empires que ce soit. Le respect de la dignité de chaque personne est au cœur de la solidarité humanitaire.

On se souviendra de la grande célébration d’anniversaire du pape Benoît XVI dans les jardins de la Maison-Blanche, le 16 avril 2008 et de sa visite à Ground zéro. Il était en compagnie de ceux qui se réclament de Dieu pour dominer et diriger le monde. Son hôte, G.W. Bush, était celui-là même qui, 5 ans auparavant, avait déclenché, unilatéralement et sur la base d’un immense mensonge, la guerre en Irak, une des guerres les plus sanglantes du début de ce siècle. Ce sont les mêmes qui depuis l’élection, en 1998, d’Hugo Chavez au Venezuela s’acharnent par tous les moyens possibles à renverser son gouvernement légitimement élu. Il ne suffit pas de parler de Dieu. Dans certains cas, en parler devient indécent et honteux. Ici, plus que jamais, s’appliquent ces paroles du prophète Isaïe :

« Cessez d’apporter de vaines offrandes : j’ai en horreur l’encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé ; faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. (Is.1, 13-17) »

Cette pensée, exprimée par le prophète, est pourtant simple et claire : faire le bien, rechercher la justice, protéger l’opprimé, faire droit à l’orphelin, défendre la veuve. Jésus, 600 ans plus tard, ramènera l’essentiel de son message à la recherche de la justice, à la protection des étrangers et des sans défense, à la bonne foi des personnes. (Mt.23,23)

 Malheur à vous, maîtres de la loi et pharisiens, hypocrites ! Vous donnez à Dieu le dixième de plantes comme la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous négligez les enseignements les plus importants de la loi, tels que la justice, la bonté et la fidélité : c’est pourtant là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger le reste. 2

Plus que jamais, il faut parler à temps et à contre temps de cette humanité mutilée, profondément blessée, qui porte en elle tous les droits à la dignité, au respect, à l’amour, à la solidarité, à la compassion, à la justice, à la vérité que les puissances de ce monde lui refusent. Il faut en parler en mettant en lumière les forces conspiratrices qui en sont la cause structurelle et morale. C’est à la lumière de cette humanité qu’il faut parler des conversions à faire, des changements à apporter, de l’espérance qu’un autre monde est possible, un monde qui réponde à ces droits et à ces attentes. C’est également à la lumière de cette humanité qu’il nous faut redécouvrir les grandes consignes laissées par Jésus à l’humanité entière. Elles nous apprennent toutes à retrouver notre humanité dans ce qu’elle a de plus noble et à découvrir le véritable visage de Dieu toujours présent dans ses entrailles et dans sa vie. Pour nous, croyants en ce Jésus qui a vaincu par sa résurrection les tyrans de ce monde, avons tous les motifs d’espérer en cette grande victoire de l’Humanité. Une espérance également partagée par de nombreux incroyants en Dieu, mais profondément croyants en ce devenir de l’humanité. Pour moi, l’Esprit agit sans tenir compte des frontières qui séparent croyants et non-croyants, mais de la bonne foi qui conduit à des engagements concrets au service de la justice, de la vérité, de la solidarité, de la compassion, etc.

Si Dieu est au cœur de nos vies, s’il est le souffle qui nous inspire et nous fait vivre, c’est moins pour faire de nous des adorateurs de son être que des témoins authentiques, œuvrant à l’édification de cette Humanité créée à son image et aux destins éternels.

Je n'ai pas l'image d'un Dieu qui crée des êtres pour l'adorer, mais plutôt pour partager avec nous l'amour, l'unité, la paix, la justice, la vérité, la compassion etc. Un Dieu qui se fait proche et qui essuie les larmes de nos yeux au moment des grandes tristesses et des grandes souffrances. Si nous ne sommes pas tous et toutes proches de lui, lui l'est de nous tous et toutes.

Oscar Fortin

Québec, le 12 décembre 2013

http://humanisme.blogspot.com

 


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