Pas d’extincteurs
par tamtam
samedi 4 juin 2016
La flamme se ravive mais nul besoin d'extincteurs. La gauche renaît de ses cendres. Le monde revoit rouge.
Des années durant (pour ne pas dire décennies), le monde (qui s'y était affilié) attendait le renouveau rouge. Désemparée après la chute de l'union soviétique, de l'inertie autoritaire cubaine, la gauche se cherchait depuis une identité. De l'extrême jusqu'au centre en passant par les radicaux, on s'attachait aux idéaux communistes infructueux pour certains, on s'en éloignait pour bâtir un nouvel idéal de gauche pour d'autres. Cette quête identitaire coïncidait avec l'ancrage totale d'une idéologie fer de lance de la mondialisation, le capitalisme dans sa forme la plus sauvage : le néolibéralisme. Poussé par une fièvre minarchiste, un lobbying institutionnel, l'avènement du néolibéralisme semblait inévitable d'autant plus que son apparition survenait à l'époque où le keynésianisme connaissait ses premiers remous à la suite des doubles chocs pétroliers des années 70-80. C'est ainsi que les différents courants de gauche se sont retrouvés devant un choix cornélien. La pause qu'ils avaient entreprise pour se ressourcer les avait plongés dans un univers statique. Mais il n'y a pas pas de place à l'immobilisme dans un monde qui évoluait clairement à deux vitesses, mais surtout, évoluait. Les plus à gauche ont continué leur fronde anticapitaliste. Les plus raisonnables ont dû s'adapter et adapter le capitalisme au modèle humaniste, socialement juste qui sied à leur idées. Certains, à l'image de Tony Blair au Royaume-Uni, ont embrassé l'idéologie dominante, car, et force est de le constater, elle avait permis la sortie de la crise et la relance de l'économie au moyen de déréglementations massives, notamment financière, mais avec un prix à payer : un creusement massif des inégalités sociales. Résultat ? Une paupérisation croissante la classe moyenne dans tous les pays industrialisés qui en ont connu l'apparition pendant les trente glorieuses. Une première bulle financière "The DotCom bubble" entre la fin du 20ème et le début du 21ème siècle, dont les dégâts, qui ont suivi son éclatement ; n'ont été que minimes relativement aux crises qui avaient précédé.
Cette première bulle était un signal aux différentes économies et notamment américaine, fief du libéralisme, de la nécessité de réintroduire une réglementation modérée de la finance afin d'en garantir la pérennité et d'éviter une crise majeure semblable à celles des années 30, mais l'incrédulité a fait que ce signal soit ignoré. A ce moment-là, le mal était fait. La crise devenait inévitable et c'est en 2008 qu'elle survint avec toutes les conséquences qu'on lui connaît : Aggravation des inégalités sociales, frondes populistes, chômage de masse, crise grecque et par là-même celle de l'Euro. A l'heure où la nécessité devait être donnée à une intervention de l'Etat par le biais de politiques économiques expansives, on s'entêta à prôner un ultralibéralisme accru en espérant, sans la moindre assurance, que les mécanismes du marché libre de toute entrave remettront à flot une flotte en plein naufrage. Certes il y a eu des interventions post-crise au compte-goutte qui dès les premiers signes de relance ont été abandonnées pour pallier au creusement du déficit public et l'alourdissement des poids de la dette. Pourtant, jamais un chirurgien n'a débranché un patient dès lors que celui-ci montrait des premiers signes de rétablissement post-opératoire.
La nouvelle gauche
Dans le sillage de cette crise, une nouvelle gauche a vu le jour. Une gauche qui a repensé le présent mais qui reste soucieuse du futur des générations qui arrivent, des générations auxquelles les experts prédisent davantage de travail et d'efforts, alors que la capitalisme et par là-même le développement, tous deux inscrits dans une perspective de durée, devaient avoir pour objectif de garantir le meilleur des mondes à ceux qui vont prendre la relève. Une gauche dont l'étendard est un "capitalisme social et sociétale" (permettez-moi l'usage de cette expression qui ferait office d'oxymore pour certains !) par les Hommes et pour les Hommes, profitant à tous, et non plus qu'à un groupuscule oligarchique lobbyiste qui ne laisse que des miettes à ceux qui contribuent à ce qu'ils engrangent. Une gauche à l'identité forte, prônant l'égalité des chances et la distribution -non plus absolument mais relativement- juste des richesses afin que tout un chacun puisse réussir, ou du moins, que tout un chacun ait le mérite d'avoir essayé de changer de pallier sur l'échelle sociale.
Bernie Sanders, figure majeure
Aujourd'hui, cette nouvelle vague rouge est représentée par des figures de proue telles que les économistes Paul Krugman, Thomas Piketty et autres, Anthony B. Atkinson et Yanis Varoufakis, des partis anti-austérité à l'image de Podemos en Espagne, Syriza avant la confronation avec la troïka européenne, le parti travailliste anglais sous l'impulsion du chef de l'opposition Jeremy Corbyn mais surtout Bernie Sanders, le candidat à l'investiture démocrate aux élections présidentielles américaines. Ce dernier,se décrivant comme social-démocrate et donc faisant office d'exception dans un pays où le mot socialisme est très mal vu, est majoritairement soutenu par la jeunesse américaine qui a pris conscience de la nécessité du renouveau dans une société où la consommation s'est transformée en consumérisme qui touche à tout, au capital humain éventuellement. Néanmoins, après son revers à la primaire de l'Etat de New York, ses chances semblent compromises. En effet, contrairement, à son adversaire Hillary Clinton, Bernie Sanders paie ses discours sans langue de bois où il n'hésite pas à attaquer Wall Street et les grands groupes champions de l'optimisation (frauduleuse) fiscale, appelant à un démantèlement et une refonte du système bancaire américain, premier coupable de la crise financière dite des "Subprimes".
Sauf miracle ou circonstances exceptionnelles, Sanders ne représentera pas son parti face au candidat choisi par le parti républicain. Il n'y a pas lieu de se faire des illusions. Néanmoins, il ne faudrait pas non plus le considérer comme une défaite. Dans l'absolu, l'ascension fulgurante d'un candidat plus à gauche qu'Obama ou Clinton, est porteuse de plus d'un signe. C'est un acquis pour toutes les gauches dans les pays industrialisés, une voie royale à emprunter pour refonder une gauche solide capable de tenir face au conservatisme et au populisme. C'est aussi un leitmotiv à prendre en considération dans la quête de la refonte du système démocratique actuel qui montrent ses premiers signes de faiblesses. En cédant face au despotisme économique qu'imposent des institutions autoritaires telles que le FMI ou la banque mondiale, on se prive de facto d'une vraie démocratie participative où chacun est libre de s'exprimer sur les questions qui concernent son pays, sa société, son économie, ses libertés. Il devient nécessaire de remodeler la démocratie, d'autant plus qu'aujourd'hui, on vit dans le cadre d'une société théoriquement mondialisée, et que tout contrat social repose sur une base consensuelle entre les individus qui constituent cette société.
"Les indignés","Occupy' ,"Nuit debout" : Prémices de cette démocratie
Avant Podemos, il y a eu "Indignados" rassemblement d'une envergure majeure qui a appelé à une réelle démocratie participative en Espagne et a donné naissance au parti de gauche radicale qui, dès ses premières élections générales a pu se positionner comme 3ème parti politique espagnol. Ce mouvement a fait des émules dont la plus célèbre reste Occupy aux Etats-Unis. De même en France, c'est une jeunesse plongée dans le désarroi, désireuse de participer davantage aux décisions qu'entreprennent la panoplie de ministres démocratiquement élus mais qui ne tiennent pas leurs promesses, qui manifestait à plusieurs reprises contre le projet de réforme de la loi du travail. Déçus par la dérive droitière du gouvernement actuel, censé être un gouvernement de gauche, abattus après l'annonce de son intention de flexibiliser le marché du travail en faveur des entreprises au détriment des salariés et des futurs-salariés, les jeunes se sont révoltés et ont occupé la fameuse place de la République, endroit providentiel pour différents rassemblements. Aujourd'hui, "Nuit debout" accueille des jeunes qui se disent contre le système pour certains, de gauche mais trahis par la gauche, communistes, libertariens anticapitalistes, dans une démarche similaire à celle du mouvement des indignés, ils favorisent l'horizontalité dans le discours dans le cadre d'assemblée générale où chaque participant prend la parole pour exprimer son ressenti et donner son avis. Toutes les décisions relatives aux mobilisations se font par des votes dans le cadre le plus démocratique qui soit. C'est dire qu'au sein de cette place parisienne, la jeunesse a pu concrétiser une première simulation de la démocratie telle qu'ils la conçoivent. Une démocratie directe et participative pour le peuple par le peuple dans laquelle le gouvernement ne fait office que de représentant de la force populaire.
Refonte de la démocratie : Le chantier à entreprendre par la gauche
Il devient clair qu'aujourd'hui repenser la démocratie devient primordial. En vue de garantir un cadre socialement juste et efficace, il faut remettre le pouvoir décisionnel au centre des débats pour le rendre à la portée d'une majorité réelle. Une profonde réforme institutionnelle s'impose au sein des institutions européennes mais aussi au sein des institutions internationales qui marchent au lobbying. Il est temps de mettre un terme à la mégalomanie institutionnelle d'institutions comme le FMI ou la Banque Mondiale pour les recentrer sur leur objectif d'intérêt général pour lequel elles ont été crées et non plus l'intérêt des plus forts sans tenir compte des plus faibles. Les décisions de politiques à entreprendre reviennent avant tout aux Etats, ces institutions ne faisant l'office que d'organes de consultation et de coordination pour assurer des situations win-win. Il est temps d'en finir avec les disparités accrues. La réforme de la gauche doit tenir compte de ces éléments et les utiliser comme base de son nouveau socle pour rompre avec le conservatisme auquel elle s'était adonnée. Le progressisme est la solution de renouveau et la garantie du respect de la liberté de tous. Il faut désormais repenser le monde de façon à ce que tout être qui y voit le jour ait ses chances de triompher sur les aléas de la vie. Il ne faut pas non plus s'arrêter à de simples mouvements, mais les concrétiser et en tirer des résultats probants. Cela sera le vrai progressisme, cela sera la nouvelle gauche.
Y-EL
Etudiant en Economie