Pas de Rafle à nos mémoires
par jacques B.
mardi 16 mars 2010
Je suis allé voir « la rafle », le jour de sa sortie. Je ne pensais pas y aller, ni ce soir là, ni un autre. Je n’avais pas envie. Je ne voulais pas voir les images d’un passé qui aurait pu être le mien, qui est le mien.
Je suis juif. J’ai entendu parler des atrocités de la guerre depuis ma plus tendre enfance. J’ai souffert dans mes trippes, dans mon cœur, dans mon âme, pour ma communauté, mes frères. Ces proches inconnus, aimés, chéris, que je souhaite protéger. Oui, c’est ce que j’ai toujours essayé de faire, les protéger. Protéger leurs souvenirs.
Jamais autant que ces dix dernières années je n’avais ressenti ce courant d’impatience, de lassitude, d’envie de ne plus parler de cette époque. Peut-être que ce courant avait toujours existé mais que je ne le voyais pas, que je l’ignorais.
Je suis allé voir ce film que je voulais tellement éviter.
Quelques jours plus tôt, dans la voiture d’un ami d’enfance, de même éducation et de même confession, nous discutions de choses et d’autres. Quand nous sommes passés devant l’affiche du film de Rose Bosh, je lui demandais quand pensait-il aller le voir. Il me répondit vivement et d’une manière assez inattendu :
- J’irais pas. C’est trop. Faut qu’on arrête.
Je n’ai pas réagi. J’étais près de lui, un peu groggy par ces mots. Je pensais que le caractère consensuel (en tout cas dans ma communauté) du devoir de mémoire ne faisait aucun doute. Le remettait-il en cause ? Je suis certain que non. Que remettait-il en cause ? Rien. Il ne remettait absolument rien en cause. Il venait juste de ce faire avoir. Avoir par la pression de plus en plus importante exercé par ce courant dont je parlais plus haut. Courant qui clame son agacement devant la production d’articles, d’émissions commémoratives, de livres, de films parlant de la Shoa. Un courant fait de mille visages différents. Pourquoi sont-ils agacés ? Pourquoi ne veulent-ils plus se souvenir ? Pourquoi une jeune adulte de 28 ans dit à sa mère qu’il ne faut pas remuer le passé, qu’il faut vivre au présent, alors que celle-ci essaye de lui parler des temps obscurs où la France sombrait dans l’antisémitisme ? Sont-ce tous des antisémites, comme on pourrait naïvement et par une grande faiblesse le croire ? Pour beaucoup, j’en suis certain. Mais les autres ?
Mon ami eu cette faiblesse particulière qu’ont les victimes quand elles ont l’impression d’embêter, de gêner, d’être de trop.
Je suis heureux d’avoir vu "La Rafle" de Rose Bosh. Je suis heureux des réactions de sympathie que j’ai pu constater en lisant des dizaines de commentaires d’hommes et de femmes, juifs ou non-juifs, qui ont, je pense, compris que nous sommes tous les victimes du nazisme et que le devoir de mémoire n’incombe pas qu’aux descendants juifs, mais à tout être humain.
Le tribut payé par ma communauté permettra peut-être, tant qu’on s’en souviendra, d’éviter que d’autres communautés subissent le même sort. Le devoir de mémoire est une responsabilité universelle.
N’ayez pas peur de vous souvenir.
N’ayez pas peur d’en parler, d’expliquer, de raconter. Le souvenir est le plus puissant rempart contre la barbarie !
Jamais autant que ces dix dernières années je n’avais ressenti ce courant d’impatience, de lassitude, d’envie de ne plus parler de cette époque. Peut-être que ce courant avait toujours existé mais que je ne le voyais pas, que je l’ignorais.
Je suis allé voir ce film que je voulais tellement éviter.
Quelques jours plus tôt, dans la voiture d’un ami d’enfance, de même éducation et de même confession, nous discutions de choses et d’autres. Quand nous sommes passés devant l’affiche du film de Rose Bosh, je lui demandais quand pensait-il aller le voir. Il me répondit vivement et d’une manière assez inattendu :
- J’irais pas. C’est trop. Faut qu’on arrête.
Je n’ai pas réagi. J’étais près de lui, un peu groggy par ces mots. Je pensais que le caractère consensuel (en tout cas dans ma communauté) du devoir de mémoire ne faisait aucun doute. Le remettait-il en cause ? Je suis certain que non. Que remettait-il en cause ? Rien. Il ne remettait absolument rien en cause. Il venait juste de ce faire avoir. Avoir par la pression de plus en plus importante exercé par ce courant dont je parlais plus haut. Courant qui clame son agacement devant la production d’articles, d’émissions commémoratives, de livres, de films parlant de la Shoa. Un courant fait de mille visages différents. Pourquoi sont-ils agacés ? Pourquoi ne veulent-ils plus se souvenir ? Pourquoi une jeune adulte de 28 ans dit à sa mère qu’il ne faut pas remuer le passé, qu’il faut vivre au présent, alors que celle-ci essaye de lui parler des temps obscurs où la France sombrait dans l’antisémitisme ? Sont-ce tous des antisémites, comme on pourrait naïvement et par une grande faiblesse le croire ? Pour beaucoup, j’en suis certain. Mais les autres ?
Mon ami eu cette faiblesse particulière qu’ont les victimes quand elles ont l’impression d’embêter, de gêner, d’être de trop.
Je suis heureux d’avoir vu "La Rafle" de Rose Bosh. Je suis heureux des réactions de sympathie que j’ai pu constater en lisant des dizaines de commentaires d’hommes et de femmes, juifs ou non-juifs, qui ont, je pense, compris que nous sommes tous les victimes du nazisme et que le devoir de mémoire n’incombe pas qu’aux descendants juifs, mais à tout être humain.
Le tribut payé par ma communauté permettra peut-être, tant qu’on s’en souviendra, d’éviter que d’autres communautés subissent le même sort. Le devoir de mémoire est une responsabilité universelle.
N’ayez pas peur de vous souvenir.
N’ayez pas peur d’en parler, d’expliquer, de raconter. Le souvenir est le plus puissant rempart contre la barbarie !