Pasqua : tremblement de terre qui tourne à la farce de cirque
par Imhotep
vendredi 13 novembre 2009
Pasqua devait faire trembler l’Etat français il n’a produit qu’une mascarade avec deux ou trois blagues de gouges de port maritime qui obtient quelques rires gras et complices de l’assistance, se servant de poncifs dont tous les politiques pris la main dans le sac usent et abusent. Il commence en se déclarant - bien évidemment - victime d’une sorte de lynchage comme si cette affaire était unique alors qu’il est ou a été poursuivi dans au moins six affaires. Il ne suffit pas de dire que c’est une affaire d’Etat pour que cela soit une bombe atomique
Le principal document que fournit l’anisé ex-homme suprême du SAC et qui fait partie de la procédure judiciaire est une note de la DGSE du 6 décembre 1995 qui stipule que : le gouvernement angolais a reçu de grandes quantités de matériel militaire par l’entremise d’un intermédiaire français non autorisé. Il ajoute qu’un certain nombre de personnes étaient au courant de cette notre citant le chiffre de 13, et parmi lesquelles Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Bertrand Landrieu, Jacques Foccart, Hervé de Charette , et Charles Millon.
Rien que cette note aurait dû faire plier bagage aux journalistes pour au moins trois raisons.
- La première est que tout le monde connaît cette note, la justice et même nos experts journalistes. Elle était déjà annoncée avant cette conférence dans la presse.
- La seconde est que Pasqua passe les trois quarts de cette conférence à faire une promotion pro-domo et pour glorifier l’escroc de Gaydamak et nullement pour faire des révélations en allant jusqu’au ridicule de parler de son compte rendu de la mission de Marchiani, un autre taulard, qui n’a rien à faire avec son propre procès, et qui en plus est connu de la justice. Toute cette longue démonstration a pour objet de le dédouaner de la décoration de Gaydamak.
- la troisième est qu’un mot, en fait un verbe et surtout son temps détruit complètement l’argumentation de Pasqua. Le voici : a reçu. Il s’agit du passé composé. Ceci veut dire tout simplement que cette note est une note qui fait un constat d’une chose passée et non en cours. Pasqua accuse les hommes politiques de ne pas avoir empêché cette opération. Comment peut-on empêcher une opération qui a déjà eu lieu ? En plus il s’agit d’une opération entre la Russie et l’Angola où la France en tant que telle n’intervient absolument pas. La seule chose qu’ils auraient dû ou pu faire eut été de saisir la justice à propos de l’intermédiaire français, Pierre Falcone. Or celui-ci a bien été poursuivi et jugé.
La réalité est donc que cette conférence de presse est pire qu’un pétard mouillé. C’est en fait un rideau de fumée qui cache deux exocets.
C’est un rideau de fumée car cette note principale qui, non seulement était connue, mais en plus ne révèle en rien une implication de l’Etat dans ce trafic, ni, non plus, une possibilité d’empêcher un trafic d’armes qui, en plus, est difficile à empêcher entre deux pays souverains sans intervention possible comme intermédiaire de l’Etat français en tant que tel. Pasqua déroule une argumentation à la gloire de Marchiani et de Gaydamak et parle tout autre chose que sa propre condamnation, ou du moins qui n’a qu’une incidence indirecte et qui n’apporte en réalité rien à son propre procès.
- les deux exocets sont tournés essentiellement contre Chirac et Villepin. Il faut noter le ridicule de la volonté de Pasqua à démontrer qu’on aurait voulu l’abattre. Cet argument ne tient pas une seconde car il aurait été plus confortable de le laisser dormir dans les écuries des Hauts-de-Seine alors qu’il ne représente plus rien - il suffit de regarder ses scores aux dernières élections - si ce n’est un pouvoir de nuisance avec les dossiers qu’il détient. Ce serait donc plus dangereux de venir lui piquer les fesses plutôt que de lui donner du lait pour qu’il ronronne. On a l’impression en réalité que son intervention était une sorte de mission commandée : abattre - pour reprendre son mot - Chirac et Villepin. Pourquoi parmi les 13 sus-nommés, dont certains sont au moins aussi bien placés pour agir ne subissent-ils pas les foudres de Pasqua à l’identique ? Il est vrai qu’annoncer que Villepin savait cela peut être utile dans le futur jugement de l’affaire Clearstream. Ceci est une voie à creuser.
L’intervention de Pasqua soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponse. En voici quelques-unes :
- Pourquoi n’entend-on pas un mot d’au moins deux personnes politiques à un très haut niveau de l’Etat de l’époque : Balladur et Sarkozy ?
- Pourquoi demander la levée du secret défense à partir de seulement 2002 (quinquennat de Chirac) et non depuis 1994 et même antérieurement alors que les affaires des frégates et des sous-marins de Karachi sont autrement plus graves et vraiment des affaires d’Etat car au contraire de l’Angola où ce ne sont que des individus impliqués, là c’est carrément l’Etat avec des hommes politiques au sommet du pouvoir comme Balladur, Léotard, Sarkozy d’impliqués directement ?
- Pourquoi Pasqua, puisqu’il parle d’honneur, de sens de l’Etat, ne dévoile-t-il pas ce qu’il sait sur l’affaire Clearstream et les affaires de Taïwan et de Karachi, somme si l’honneur et la conscience du devoir d’Etat étaient de protéger de possibles criminels plutôt que de tout révéler à la justice ? Du reste le terme même de balance que Pasqua a employé est un terme du milieu, non ? Serait-ce de cet honneur particulier des truands qui ne dénoncent pas d’autres truands dont il aurait parlé ?
En réalité le show de Pasqua est tout simplement raté, inutile, ne révèle rien, démontre que Pasqua avait ou s’est donné une mission tout autre que la révélation d’éléments pouvant servir la justice et pour en quelque sorte - comme il le dit lui-même - que la lumière pleine et entière soit faite sur tous ces scandales. Si on écoute la musique de fond, son message était clair : feu sur Chirac et Villepin. On ne peut qu’être surpris de l’attaque ciblée notamment contre Villepin qui est dans cette histoire bien moins important que le ministre de la défense Millon et l’on ne voit pas pourquoi il faudrait distinguer deux hommes des 13, avec bien sûr une prééminence pour le Président de la république, mais non un traitement différencié pour les 12 autres destinataires de la note de la DGSE qui, comme on l’a vu, n’apporte rien et ne met en jeu la responsabilité de ces hommes que pour un délit qui n’est pas une affaire d’Etat les concernant : ne pas avoir fait que la justice s’attaque plus tôt à Falcone en lui dénonçant des faits connus ce qu’elle a fini par faire à partir de 2000, ce qui minimise grandement cette accusation sans pour autant la nier, mais qui n’est pas l’accusation de Pasqua, accusation infondée : empêcher le trafic. Et dans cette musique de fond on a entendu une seule fois un autre nom, celui de Morin, Morin qui a fait ce courrier surprenant disant qu’il n’y avait pas de trafic d’armes avec l’Angola ce qu’apparemment n’a pas compris la justice, Morin qui était directeur de cabinet de Léotard. Pasqua était au bowling et en face de lui au lieu de faire un strike il n’a dégommé que toutes celles qui ne touchent pas de près un certain Balladur. Il ne faut pas, non plus, passer à côté de l’extravagance grâce présidentielle partielle pour Jean-Charles Marchiani. Parmi les quilles en place lors de ces affaires et qui restent debout on retrouve les Balladur, Léotard, Morin et Sarkozy. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette...
Mais n’y-a-t-il pas là un autre message ? Pasqua doit passer devant la cour de justice de la république formée de parlementaires et de magistrats ...
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