Passion pour l’égalité : incohérence des Français
par Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral
lundi 1er mars 2010
Le décalage entre l’absence de réaction des français vis-à-vis du palmarès des acteurs les mieux payés de France en 2009 et l’acharnement de ces mêmes français vis-à-vis des opérateurs de marché des banques est incompréhensible
Le Figaro a publié le 25 Février un classement dans lequel nous apprenons que Jean Dujardin a gagné en 2009 4,4 milions d’euros, Dany Boon 3 millions d’euros, Sophie Marceau 2,9 millions d’euros, Kad Merad 2,75 millions d’euros, Guillaume Canet 2,5 millions d’euros, Mathilde Seigner 2,1 millions d’euros, Jean Reno 2,09 millions d’euros, Gad Elmaleh 1,93 millions d’euros, Gérard Lanvin 1,7 millions d’euros, Audrey Tautou 1,5 millions d’euros ;
Ainsi, les 10 acteurs les mieux payés de France ont gagné en 2009, collectivement, 25 millions d’euros, soit, pour reprendre une comparaison à la mode mais sans fondement, 1900 années de SMIC ou encore, environ 1% du budget du Ministère de la Culture.
Au même moment, le Crédit Agricole annonçait qu’il verserait 49 millions d’euros de bonus au titre de l’année 2009 aux quelque 400 opérateurs de marché de la banque, soit 123 000 euros par personne. Simplement sur liberation.fr, cette nouvelle avait généré 423 commentaires en une seule journée http://www.liberation.fr/economie/0101621400-49-millions-d-euros-de-bonus-pour-les-traders-du-credit-agricole
Ces 49 millions d’euros représentent 1,8% du bénéfice de Crédit Agricole SA en 2009. Surtout, les comptes de Crédit Agricole nous apprennent que les activités de Banque de Financement et d’Investissement ont permis d’éponger les pertes des filiales à l’étranger, en Grèce notamment.
Alors, explications ?
Depuis le début de la crise économique, dont ont ne rappellera jamais assez qu’elle avait précédé la crise financière, les commentateurs sont prompts à souligner l’inutilité sociale de la finance et le caractère indus des rémunérations.
La passion égalitariste semble s’arrêter aux portes de l’industrie cinématographique, haut lieu de l’utilité sociale, de l’égalité et du contrat à durée indéterminée comme chacun le sait !
Le cinéma n’est pas aidé, il ne bénéficie pas d’aides publiques, dira-t-on ! Ah, en êtes vous sur ?
Ne mentionnons pas l’anomalie du régime social des intermittents du spectacle mais prenons simplement les Soparfi, un instrument sorti du cerveau des financiers destiné à financer le cinéma, contre avantage fiscal (réservé aux grandes fortunes), les avances du CNC, l’obligation faite à Canal Plus de financer la production cinématographique française ou encore la TVA à taux réduit sur le prix du billet.
L’industrie est une énorme niche fiscale où règne une inégalité salariale absolue, le tout, de plus pour un objet social assez flou et une utilité publique contestable. Le cinéma sera-t-il un jour mis en examen pour mise en danger d’autrui, du fait de son incitation à faire poursuivre aux jeunes adolescentes des régimes idiots ? Donnera t-on un jour une explication sur l’inégalité flagrante entre hommes et femmes ?
On l’aura compris, le débat sur l’utilité sociale de la finance n’en est pas un. Le secteur financier emploie 300 000 personnes à Paris et en Ile de France donc aucun n’est payé en dessous du SMIC. Il génère de nombreux emplois qualifiés dans les activités juridiques ou informatiques mais également du volume d’affaires pour la restauration, le nettoyage ou le courrier express. Produire un service ne signifie pas ne rien produire. Au moment où les français se tourneront vers les étoiles des Césars, des financiers auront permis à cette industrie du rêve de vendre sa magie crée à partir de rien. Mais ils auront aussi permis d’aider Renault à investir en Lorraine pour construire le nouveau véhicule utilitaire, ils auront permis à Heuliez de trouver une solution peut-être pérenne, ils auront permis à la France et à la plupart de ses habitants d’être logée et chauffée ce soir.
Plutôt que de débattre sur l’utilité sociale des différentes industries, sujet hautement subjectif, revenons juste aux faits, régulièrement rappelés par les partis politiques libéraux comme Alternative Libérale en France. Une industrie, quelle qu’elle soit, ne devrait pas être aidée. Les banques aidées en 2009 ont certes remboursé les fonds avancés par les Etats, à la différence de l’agriculture ou du cinéma, structurellement étatisées. Mais les règles simples sont souvent bonnes : que l’Etat cesse de se mêler de l’économie, surtout quand il y risque de socialisation des pertes et de privatisation de profits, et qu’il se concentre sur la bonne exécution des missions régaliennes !