Patrick de Carolis, la deuxième affaire Bygmalion
par morice
mardi 27 mai 2014
C'est le grand déballage à L'UMP. Et les ramifications de l'ère Sarko-Copé s'annoncent vertigineuses... Qui se ressemble s'assemble, en effet ; et l'adage avait déjà montré sa justification avec l'annonce de la mise en examen de Sébastien Millot, il y a quelques semaines maintenant. On l'avait presque oublié, celui-là. Avec lui, le sale temps était de retour une fois de plus pour ce bon Jean-François. Après s'être sorti difficilement de la piscine de Takkiedine où on l'avait vu patauger, ou être descendu de son yacht, le voilà qu'on découvrait à ce dernier des potes compatissants, qui se seraient largement sucrés au point d'alourdir le fardeau de leur maître (au point de faire rejeter ses comptes de campagne !), des amis fabriquants de (fausses) factures dans des proportions assez mirobolantes. C'est quand même surprenant à constater en effet, ce parti endetté jusqu'au coup en raison de l'irrésistible envie de paraître de son candidat présidentiel, ayant empoché juste après une somme voisine de celle demandée aux malheureux adhérents pour renflouer le navire (8 millions contre 11, voilà qui étonne, en effet). Mais on en a oublié un autre, qui doit se faire tout petit en ce moment en cette période de tsunami politique : une chose difficile pour lui, vu qu'il n'est pas loin de culminer à deux mètres. Non, ce n'est pas celui que Sarko voulait accrocher à un croc de boucher. Non, c'est aussi un grand homme (par la taille s'entend), j'ai nommé Patrick de Carolis, l'hagiographe de Bernadette Chirac, victime collatérale de la tourmente actuelle. Lui, qui a revendu "ses racines et ses ailes" (de Rocamadour ?) au prix fort au contribuable français, un public qui ne s'est toujours pas aperçu qu'il se faisait avoir dans les grandes largeurs comme les adhérents UMP se font avoir par Jean-François Copé. Les deux ayant en effet les mêmes intermédiaires... pour faire fructifier leurs juteuses affaires. Car parmi elles, il y avait... un intermédiaire commun appelé Millot.
A peine en place, il se fend d'un communiqué plein d'espoir : "le PDG de France Télévisions,Patrick de Carolis, a évoqué le 12 décembre, la possibilité d'introduire une nouvelle clause dans les contrats des animateurs leur imposant 'le respect des valeurs et l'éthique de la télévision publique', après les propos controversés de Pascal Sevran sur la sexualité des Noirs. 'J'ai demandé à mes services juridiques de me proposer l'introduction d'une clause nouvelle et particulière dans les contrats que les chaînes signeront à l'avenir avec l'ensemble des animateurs', a-t-il indiqué". Le 27 mai, c'est Ardisson qui lui écrit, plutôt amer, en le tutoyant façon show-bizz parisien, en venant d'apprendre son débarquement (comme quoi De Carolis pouvait avoir du goût, aussi ! - il en aura même bien ici pour le plaindre, remarquez !). On s'attend donc à ce qu'un homme aussi épris d'éthique fasse de son propre poste un exemple irréprochable...
En tout cas, les affaires de Millot marchent, dès 2005, grâce à de Carolis. De là à se lancer en solo, il n'y a qu'un pas. L'homme, quittant alors l'audiovisuel public, se lance aussi en politique, devient conseiller régional UMP de Picardie en 2008 et fonde sa propre société,"Bygmalion"... promue à un bel avenir de scandale ! Politiquement, c'est à droite toute qu'il se situe : il est proche de Guillaume Peltier, un jeune catho tendance réac (il a fondé Jeunesse Action Chrétienté) ancien Front national de la jeunesse (FNJ), puis au FN, puis MNR, puis MPF de de Villiers, qui deviendra vice-président de l'UMP et le fondateur de la "Droite Forte" et l'ami de Patrick Buisson le sulfureux, celui qui a propulsé Sarkozy dans le mur avec ses idées d'extrême droite... on les retrouvera tous deux à Menton... avec une autre affaire sur le dos (celle du maire UMP Jean-Claude Guibal). En 2013, une autre affaire encore éclate : "le Canard enchaîné révèle que Bastien Millot a profité de son poste de directeur délégué de France Télévisions pour lancer sa nouvelle société de communication, Bygmalion. Le jour de son départ, il aurait signé avec le tampon de l'entreprise publique plusieurs contrats avec sa nouvelle société, créée trois jours plus tôt. 143 902 euros au total pour la « surveillance de la réputation de France Télévisions et de ses principaux dirigeants sur Internet », la « rédaction de mails aux téléspectateurs », la « réalisation de maquettes de sites intranet » ou encore le « conseil stratégique sur la communication sensible ». Tiens tiens, voilà un cabinet bien curieux, possédant accès aux adresses des téléspectateurs et se permettant même de leur écrire (voilà qui devrait intéresser la CNIL).... et une officine aux attributions bien étranges : "ces missions se seraient poursuivies ainsi pendant six ans, le plus souvent« sans la moindre mise en concurrence », permettant à Bygmalion d'empocher 1,2 million d'euros pour diverses prestations, allant de « la rédaction d'une lettre aux parlementaires » (5 980 euros) à la préparation du discours des vœux du PDG Patrick de Carolis aux salariés (7 000 euros). Des faits qui ont conduit le juge Renaud Van Ruymbeke à enquêter « délit de favoritisme, prise illégale d'intérêts et complicité de prise illégale d'intérêts ». Interrogé en 2012 sur les relations entre Bygmalion et France Télévisions, Bastien Millot avait assuré à L'Express : « Tout est clair et limpide [...] Je me suis naturellement plié, en toute transparence, à toutes les procédures. » Ça c'est ce qu'on (ne) va (pas) voir en effet...
Des recettes publicitaires en berne, disions-nous un peu plus haut ? En juin 2008, quel hasard, qui préside la "Commission pour la nouvelle télévision publique" chargée de faire des propositions à De Carolis pour améliorer France-Télévisions et surtout résoudre ses problèmes d'argent avec un président qui ne veut plus de publicité ? Jean-François Copé, bien sûr, dont une bonne partie des amis travaille dans l'entourage du dirigeant de la télévision publique ! Sarkozy tenant en effet à sa supression de publicité, une nouvelle lubie, le rapport s'embarque dans l'affaire, privant les chaînes de revenus : "Avant son arrêt total en 2012, il propose que la publicité soit dans un premier temps supprimée après 20h à partir du 1er septembre 2009".
Millot, en 2009 promettait même des emplois à St-Quentin, dans l'Aisne Nouvelle. "Retenez bien son nom : Bygmalion. Né l'an passé, ce groupe spécialisé dans le conseil et la communication compte déjà trente-huit salariés. Bien décidé à passer la vitesse supérieure, il s'apprête aujourd'hui à ouvrir une filiale à Saint-Quentin, avec à la clé la création d'une cinquantaine d'emplois. Un projet d'envergure, piloté par un Picard profondément attaché à ses racines : Bastien Millot. Mais derrière le choix du cœur se cache aussi celui de la raison. Explication (...) J'ai effectivement décidé d'implanter à Saint-Quentin toute mon activité de production de programmes pour Internet et la télévision. Pour mémoire, j'ai créé l'an dernier ma propre entreprise, Bygmalion, spécialisée dans la communication. Fort du succès rencontré, la nécessité d'ouvrir une filiale s'est rapidement imposée. Naturellement, le fait que je sois natif de Saint-Quentin n'est pas étranger à ma décision. " L'adresse actuelle de Bygmalion indiquant toujours... Paris. Et son activité n'a pas touché la Picardie.. mais, entre autre, à Saint-Maur des Fossés ; dans le Val de Marne !
Tout cela, j'avais tenté de vous le dire dès le 27 février de cette année. Refus. Une deuxième présentation du texte deux mois plus tard : nouveau refus. La crainte que de la modération que Carolis et ses avocats demandent sa suppression, je suppose... Mais depuis hier soir, ça va devenir plus difficile à soutenir comme explication à la non-parution. Me voilà en effet soutenu par un article en forme de coup de poignard provenant du Point, le magazine qui avait déjà mis les pieds dans le plat de l'UMP... avec un article allant plus loin encore avec Patrick De Carolis, puisqu'évoquant carrément des paiements en retour de pots de vin et l'accusant d'avoir "menti" au juge Van Ruymbeke : "c'est l'autre volet de l'affaire Bygmalion. Le Point.fr révèle que l'ancien PDG de France Télévisions, déjà mis en examen par le juge Van Ruymbeke pour " favoritisme ", a été payé par l'agence de communication. Les documents comptables auxquels Le Point.fr a eu accès sont édifiants : en 2011, l'ex patron du service public a touché de Bygmalion a touché 47 800 euros de Bygmalion via sa société " Patrick de Carolis Consulting et Participations ". Puis encore 71 700 euros en 2012. Soit au total 10% du montant des contrats signés en cinq ans par France Télévisions avec Bygmalion". Un "autre volet dont j'ai tenté de vous parler ici à deux reprises déjà... et qui ressort donc trois mois après. Pile-poil au moment ou Copé a la tête sur le billot. Le PS, hier soir, s'en était pris à France2 en l'accusant d'avoir facilité la tâche du FN en baignant dans le populisme à la Pujadas, une idée que je partage, tant Pujadas est une tête à claques prête à tout pour faire de l'audience. Sans même s'apercevoir que l'Etat continuait à subventionner des émissions proposées par celui qui se serait également fait payer par Bygmalion !!! Avec ce système élaboré, c'est en effet une part de ma redevance télé qui est partie dans les poches de l'UMP !
PS : il est tentant d'observer comment Jean-François Copé a été traité par France-Télévisions durant toutes ces dernières années... aurait-il été davantage épargné que Sarkozy ?
La déposition de De Carolis devant la commission parlementaire sur la réorganisation de France Télévision en 2008 :
http://www.publicsenat.fr/vod/audit...
l'audition de 2009 :