Paul Reynaud et la possible extension du « plan de Gaulle » à la réalisation d’une entente franco-allemande contre les sous-évolués (109)
par Michel J. Cuny
mercredi 2 septembre 2026
Alors qu’il s’enthousiasme, dès le 20 janvier 1936, de la mise en œuvre, par les Allemands, de ce qu’il appelle le « plan de Gaulle », André Pironneau laisse entièrement de côté l’ensemble de la dimension quantitative… Celle-ci, entrée dans la démesure du côté de l’adversaire nazi, ne lui procure plus la même peur que précédemment… sauf à dire qu’il peut y être remédié par le seul… « corps cuirassé », alors que celui-ci – nous dit-il – est déjà réalisé dans le camp d’en face… Il y a donc ici une absurdité, s’il ne peut s’agir que de les opposer l’un à l’autre, en laissant se volatiliser la question cruciale des différences de quantités en hommes et en matériels…
Manifestement, du point de vue d’un éventuel conflit entre l’Allemagne et la France, André Pironneau n’a plus le moindre doute : tout est perdu !... Reste donc le joujou dont il ne cesse de faire la promotion en France… et pour des raisons qui ne peuvent plus désormais être qu’intérieures… tandis que De Gaulle – sitôt mis en présence de personnages de la carrure politique de MM. Reynaud ou Chautemps - aura poussé dans le même sens, d’une nécessaire mise au pas, par le moyen du « corps cuirassé », de la population travailleuse française rassemblée sous la bannière du Front populaire de lutte contre le fascisme…
L’insistance sur le caractère exclusif de cet instrument de répression intérieure se retrouve dans l’article qu’André Pironneau publie dans L’Écho de Paris du 7 septembre 1936 sous le titre : Devant la menace qui grandit, le seul atout de la France est la création immédiate d’un corps d’élite
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Si l’on y réfléchit ne serait-ce qu’une petite minute, il est bien clair que ce qu’il raconte là ne tient pas debout… à moins qu’il ne s’agisse d’appliquer, à la population travailleuse française, le remède de cheval prétendûment proposé pour aller contre l’ennemi extérieur…
« Le gouvernement a délibéré sur les mesures à prendre pour répondre à la nouvelle et formidable augmentation de l’armée allemande décidée par Hitler. Jamais, depuis l’armistice, les décisions des hommes responsables n’auront revêtu pareille importance. Pour renforcer nos moyens de défense deux directions s’offrent à notre pays : la masse et la qualité. Il n’est que trop évident que c’est la seconde qui s’impose. Mais il n’est pas moins certain que l’effort pour la qualité ne saurait être efficace que s’il est entrepris largement et résolument. La méthode des petits paquets, des à-peu-près, des cotes mal taillées, n’a jamais valu grand-chose. Dans l’occurrence, elle équivaudrait au défaitisme et à l’abandon.
Devant la menace qui grandit, le seul atout de la France – mais de quelle valeur ! – c’est la création immédiate du corps d’élite, puissant, rapide, prêt à agir à tout instant, que, d’accord avec la plus haute pensée militaire de ce temps, nous réclamons dans ce journal depuis près de trois années. C’est cet atout qu’il faut jouer, mais jouer sans arrière-pensée, ni lésinerie, ni restrictions. »
Et pour bien tromper son monde, André Pironneau n’hésite pas à tout noyer dans un unanimisme d’une très criante hypocrisie :
« Il ne s’agit plus du tout de solutions de « droite » ou de « gauche », de programme de « front national » ou « français », ou « populaire », de préjugés politiques, de partis pris doctrinaires, de préférences de techniciens. Il s’agit, ni plus ni moins, de savoir si la sécurité de la France sera, ou non, garantie. »
Autrement dit : si le « corps cuirassé » de De Gaulle accomplit enfin son œuvre en servant à calmer le Front populaire à l’intérieur de la France, Hitler n’aura plus à redouter d’être pris à revers par cet élément-là du bolchevisme européen occidental, de la même façon qu’au même moment, et avec l’aide de Mussolini, il s’active déjà à obtenir le même résultat, en Espagne, contre le Frente popular…
Or, dès le surlendemain, André Pironneau perçoit un léger frémissement du côté de l’intérieur du gouvernement de Front populaire – dont les communistes sont absents, il faut le noter. C’est ce que proclame le titre de son article du 9 septembre 1936 : Bien taillé ! Monsieur Daladier. Maintenant il faut coudre
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« M. Daladier, ministre de la Défense nationale et de la Guerre, vient d’engager dans la bonne voie la politique militaire de la France. Grâce aux mesures que, sur sa demande, le gouvernement a décidées, la preuve est faite, tout d’abord, que notre pays, malgré ses divisions, demeure capable des plus grands efforts quand il s’agit de sa défense. »
Mieux encore : la direction prise par cet homme-là est décidément la bonne, car…
« …c’est à la qualité que nous demandons, délibérément et avec raison, l’accroissement de notre force. Dans l’ordre du matériel, les quatorze milliards de francs qui y seront consacrés en quatre ans vont nous permettre enfin de construire largement ces engins modernes, dont la puissance et la vitesse domineraient vraisemblablement les champs de bataille terrestres, de donner à notre aviation un essor définitif et de maintenir notre flotte en état. Dans l’ordre du personnel, nous tendons à une augmentation considérable du nombre et de la valeur des éléments de métier : militaires de carrière, engagés volontaires, spécialistes. »
Toutefois, l’isolement de ce ministre est criant. C’est donc une bonne occasion de faire apparaître le caractère plus ou moins terrifiant d’autres mesures prises par le Front populaire. André Pironneau y vient dans l’article du 18 septembre suivant : Le discours de M. Léon Blum - Il y a loin des principes aux actes
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« Le spectacle ne nous est-il pas donné tous les jours que sous la domination du « Front populaire », la loi est officiellement violée, la fraternité déchirée par la lutte des classes et l’autorité de l’État jugulée par le chantage des masses ? »
Car déjà, l’élite n’en peut plus ! Mais Édouard Daladier veille… et sans du tout s’en tenir à la fonction de ministre de la Défense nationale qu’il est censé exercer, à l’exclusion de toute autre… La preuve va nous en être apportée par l’article qu’André Pironneau écrit pour le numéro de L’Écho de Paris du 20 septembre 1936 : L’épreuve de la démocratie, qui en rapporte les propos :
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« Nous n’admettons pas davantage les excès que commettent parfois des hommes abusés qui, se refusant à accueillir les conseils de l’élite ouvrière, suivent quelquefois aveuglément l’inspiration d’agents étrangers à leurs entreprises, agents provocateurs, s’il faut dire le mot. Il est donc indispensable de mettre un terme à ces occupations sans cesse renaissantes, à ces conflits sans cesse renouvelés, qui finiraient par désorganiser la production et les échanges, et aussi par compromettre gravement la défense nationale elle-même. Il faut en finir aussi avec les menaces contre les personnes. La liberté individuelle, la propriété individuelle, conquêtes de la Révolution française, doivent être respectées. »
Voilà donc, selon Édouard Daladier, une « élite ouvrière »… et, de l’autre côté, des « agents provocateurs »… Curieusement, et comme s’il ne voulait pas être en reste sur la grande question des hiérarchies humaines, Paul Reynaud saisit l’occasion d’un discours qu’il doit prononcer à la Chambre des députés le 4 décembre 1936 sur les derniers développements de la guerre civile en Espagne, pour énoncer une théorie qui avait quelques chances de ne pas heurter les tenants germaniques de la race supérieure aryenne, bien au contraire…
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Et pour commencer, à tout seigneur, tout honneur :
« L’Allemagne a vu la faille et elle y a passé son épée. Elle a déclenché la croisade contre le communisme. M. Hitler s’est présenté comme le champion de l’ordre contre le désordre, dans une Europe où sa propagande montrait les soviets en Russie, l’Espagne en feu et la France hésitante entre l’ordre et le désordre. » (pages 3323-3324)
N’ayons pas peur d’en souligner le joli résultat :
« Cette propagande, messieurs, a réussi. Elle a réussi à l’extérieur et, dans une large mesure, chez nous. » (page 3324)
À l’Allemagne, nous pourrions donc dire…
« Fort bien ! Mais s’il y a la guerre, quels sont les pays les plus menacés ? Ce sont les plus évolués. De même que, dans le règne animal, c’est l’être le plus évolué, dont les ramifications nerveuses sont les plus grandes, qui est le plus fragile, de même les nations les plus évoluées sont les plus vulnérables.
Si bien que c’est, en réalité, vous, c’est nous qui pouvons être cruellement, sinon mortellement, atteints, par une guerre, surtout si, de nouveau, il s’agit d’une guerre longue. C’est vous et nous qui pouvons, en définitive, être menacés de voir nos peuples communisés par les souffrances d’une guerre très longue. » (pages 3324-3325)
Si donc elle persiste, l’opposition France-Allemagne ne peut que faire triompher le… bolchevisme, c’est-à-dire la tentation, pour les moins évolués des deux pays, de venir titiller leurs élites respectives !...
Vous autres, nazis, le savez bien :
« Il y a un peuple que vous dénoncez sans cesse à la vindicte universelle : la Russie des Soviets. » (page 3325)
Mais d’où vient donc que vous ayez perdu de vue ceci ?...
« C’est un peuple qui est beaucoup moins évolué et qui, par-là même, peut être très difficilement atteint, qui est presque invulnérable. À ce peuple, qui comprend 170 millions d’habitants – c’est le chiffre exact de la population des deux Russies – vous ne pouvez pas faire de blessure grave. En tout cas, il est certain que vous ne pourrez pas le communiser puisqu’il l’est déjà. Si bien que le pays que vous exécrez serait le bénéficiaire de la guerre. » (page 3325)
Laissez-le donc en paix, et maintenant, France et Allemagne réunies, discutons un petit peu ensemble…
Tiens, tiens, et de quoi donc, grands dieux ?
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine CUNY