Peur pour les RASED

par Pirate17
lundi 3 novembre 2008

Comme je l’avais évoqué dans un article précédent, nous avions quelques inquiétudes quant à l’avenir des RASED. Mais que se cache-t-il sous cet acronyme dont l’Education nationale est friande ? Fabienne a bien voulu témoigner de son travail, de son quotidien et des menaces qui pèsent sur un dispositif indispensable...

Extrait du journal de bord des observations faites en classe par une enseignante spécialisée exerçant dans un RASED :
« Jeudi 23, CP : Juliette aimerait bien écrire son prénom comme les autres, mais impossible d’y arriver, pourtant elle est inscrite au soutien et sa maîtresse lui a montré, expliqué, tenu la main, elle l’a encouragée, soutenue. En vain. Elle n’arrive à fixer son attention, parle difficilement et est très fatigable.
Lundi 6, CM1/CM2 : Mélina essaye de suivre la séance de lecture, c’est très difficile car elle n’arrive pas à déchiffrer sans erreurs. Elle finit par inventer les réponses et coche au hasard.
Vendredi 10, CP/CE1 : Cyril ne veut pas s’asseoir, il ne veut pas entendre, il ne veut pas voir, il ne veut pas, il ne veut plus, il n’en peut plus… Alors, il court à quatre pattes sous les tables de la classe en criant.


Jeudi 16, CE1/CE2 : Marguerite veut absolument me parler, elle s’effondre en larmes son papa a tout cassé dans la maison de sa maman. »
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En 1990, l’Education nationale a mis en place les RASED : Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) afin que des élèves comme Juliette, Mélina, Marguerite et Cyril puissent bénéficier d’une aide adaptée quelle que soit l’école où ils se trouvent et pendant le temps scolaire.

Des enseignants, ayant suivi une formation spécifique afin de devenir des maîtres spécialisés dans le domaine pédagogique ou bien dans le domaine rééducatif, travaillent en collaboration avec un psychologue scolaire. Ils conçoivent des adaptations, des aménagements, des remédiations et accompagnent les élèves dans la classe ou en petit groupe ou en individuel, en concertation avec les enseignants, les familles et les élèves. Ils peuvent être amenés à proposer des consultations vers des services de soins, des bilans chez des spécialistes.

Ainsi, Juliette a été orientée en GS vers un centre spécialisé afin de faire un bilan complet, un dossier pour une reconnaissance de handicap s’est ouvert à la MDPH (Maison départementale de la personne handicapée) afin qu’elle puisse bénéficier d’un suivi par un service de soins spécialisés. Elle participe aussi à des séances de travail en petit groupe, pendant le temps scolaire, avec l’enseignante spécialisée en remédiation pédagogique.
Les notions présentées en classe sont abordées différemment, à son rythme et en fonction de la manière dont elle s’en saisit. Cet accompagnement ne s’apparente pas à du soutien du type reprise, il s’appuie sur des techniques très spécifiques comme l’entretien d’explicitation, il fait appel à des données théoriques (stratégies mentales) et à du matériel et des méthodes adaptés (boîte à transformation, figurabilité des lettres, approche kinesthésique, parfois de la métacognition, restauration de l’estime de soi, etc.).

En septembre 2009, le ministère de l’Éducation nationale a décidé de sédentariser 3 000 enseignants spécialisés dans des classes ordinaires, il serait même question de supprimer des RASED complets dans 10 départements « pilote ».
Jean-Louis Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Education nationale, a déclaré lors de l’émission Le Téléphone sonne, diffusée sur France-Inter le 27 octobre 2008 : «  Pour beaucoup de difficultés, une attention plus personnalisée du maître de la classe peut venir à bout des échecs ou des difficultés que rencontre l’élève. » La mise en place des deux heures de soutien dispensées par le maître est une des réponses du nouveau dispositif d’aide dont parle M. Nembrini. Il déclare : «  Le maître de la classe va pouvoir, à son échelle aussi, pratiquer l’écoute, rencontrer l’enfant, différemment, non pas dans sa position de maître, forcément, mais dans sa position de personne de proximité. » Est-ce à dire que la formation et l’expérience accumulées par les enseignants spécialisés se réduit à une position de proximité ? J’en doute…

Fabienne, enseignante spécialisée chargée des aides à dominante pédagogique dans un RASED.


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