Plus d’éducation pour plus de dignité
par Myroise
mercredi 18 septembre 2019
Le féminisme, inutile, disent-ils. Du temps perdu. Une bataille dépassée. Et dans ce "ils", la majorité est "elles".
Une Européenne sur trois victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois, pas assez pour éveiller les consciences. Ou s'agit-il d'une mauvaise compréhension du concept de féminisme ? En partie, sans doute. On me parle d'exagération. Les féministes en feraient trop. Elles forceraient le trait, alors que le principal de leurs revendications a déjà été obtenu. Oui, bien sûr, les salaires ne sont pas encore égaux, mais sinon ... Quoi elles en sont encore à vouloir jeter leur soutien-gorge aux orties ? A souhaiter mettre leur mari à la vaisselle ? Quelle revanche cherchent-elles dont à prendre ? Elles jouent aux suffragettes attardées ?
Le ton s'apaise et les visages deviennent graves quand je réponds violence, viol. Je dis harcèlement, il en sera encore pour m'avancer que cela a existé de tout temps. La stupidité, elle-aussi, est ancestrale ; est-ce une raison pour ne pas la combattre ? Invoquez donc la futilité aux femmes, qui sont harcelées plus ou moins lourdement, chaque jour, au bureau !
La violence présente bien des visages. Oui, en Europe aussi ! Si, en Belgique ! Entre janvier et juillet 2019, on a dénombré douze femmes tuées par leur conjoint en Belgique. En moyenne, elles sont quarante par an. Ce n'est pas un scénario à l'Emile Zola, cela se passe dans tous les milieux sociaux, même dans les familles aux apparences les plus respectables
Quand le cycle de violence est entamé, celui qui yoyote entre les coups et la réconciliation démonstrative, souvent il se répète et il s'accélère. Losqu'elle parle de fléau mondial, la Fédération internationale pour les Droits humains n'a pas tort du tout. La violence est universelle. Pourquoi, lorsque j'évoque la nécessité du féminisme, me répond-on chiffon et fanfreluche ?
28000 faits de violence sont dénoncés par an, en Belgique. Combien de fois plus sont une réalité, dont les victimes ne parlent pas par honte, par peur ? 9000 appels par an à la plateforme "Ecoute violences conjugales" émanant de femmes, 150 d'hommes. Uniquement celles qui se décident, qui vainquent leurs démons, qui dépassent le poids du regard des autres. Et toutes les autres ?
Mais, la violence, c'est aussi les propos orduriers sur l'âge, le physique. Ce sont les jugements sur tout et rien. A propos, on relève là un paradoxe. La femme doit être belle, attirante, sexy, sophistiquée ou naturelle, mais au top. Toutefois, pas trop. Sinon son entregent justifierait la possible main aux fesses et même le viol. Car, c'est vrai, quoi, quand on provoque, on ne doit pas s'étonner du résultat ! Des femmes m'ont soutenu ce discours.
Je proclame donc ma fameuse antienne : il est indispensable d'éduquer. Eduquer les garçons en ne leur offrant pas des jeux sexués, en leur expliquant que ni les tâches ménagères, ni les études d'ingénieur n'ont un sexe. Eduquer les filles au respect des garçons qui, comme le disent, cette fois avec justesse, les procureurs du féminisme, ne méritent pas leur mépris. A oser dire avec détermination leurs limites à la tolérance et leur exigence de dignité. Peut-etre qu'après le mot "éducation", celui de "dignité" vient en suivant. Quand chacun tiendra compte du nécessaire respect de la dignité de toute vie, peut-être que le monde se portera mieux.
Myroise