Pot pourri
par Michel Koutouzis
lundi 6 septembre 2010
Pour être désiré, pour que les amoureux se sentent chez nous, comme chantait Prévert, il faut s’aimer soi-même, s’estimer, se croire. Or tous ces sentiments, celui de l’insécurité inclus - et qui ne devrait être qu’une variante sophistiquée et technique du « vivre ensemble » -, tous ces sentiments donc, campent désormais dans un terrain vague qui s’élargit faute de limites.
Le débordement des terrains et des hommes, car l’Autre n’est ici qu’une excuse, devient un révélateur de notre vacuité, et pourrait aussi ne connaître aucune limite. Tandis que le ministre responsable des manifestations et de leur interprétation se réjouit que le « mouvement n’a touché que quelques dizaines de milliers de personnes », il devrait plutôt s’inquiéter que pour une poignée de Rom des dizaines de milliers de Français soient descendus dans la rue, exigeant que les derniers remparts qui séparent les valeurs de la République Française de l’Etat Français restent, eux, débout.
Le fait même que de milliers de français en soient là, qu’ils pensent ainsi, devrait mobiliser l’ensemble de la classe politique, nos intellectuels fainéants et nos psy américanisés pour chercher à donner du sens et faire taire le sentiment que notre pays et notre vie ne sont plus qu’un terrain vague.
Un terrain propice désormais à toutes les manipulations, dérives et « aventures » axées sur l’abandon et un frileux désenchantement.
Un désenchantement qui se nourri non pas de la crise économique et financière, de l’angoisse de perdre quelques sous ou de travailler un peu plus, mais d’un sentiment d’injustice, d’arbitraire, d’observation de « faits du roi » calculateurs et opportunistes qui se nourrissent de mensonges, de demi vérités et de corruption.
La question désormais ce n’est pas si l’exécutif mène une politique (un peu plus) de droite ou (un peu plus) de gauche mais qu’il peut mener n’importe quoi (agissant même sur les « fondamentaux », sur les règles et les interdits éthiques de notre vie en commun), à condition qu’il en espère tirer avantage.
On craint qu’ils nous laissent un champ de ruines, mais il y aura pire : ça sera un terrain vague…