Pour la petite histoire ...

par Antoine Vermeersch
vendredi 27 avril 2012

Avant que vous ne partiez, monsieur Sarkozy, je veux aussi vous raconter une petite histoire. Ma petite histoire.
Je me doute bien que vous n’en avez pas grand-chose à faire, mais je vais vous la raconter quand même.
Des fois que, prince, vous deveniez roi d’un pays lointain.
Et des fois, même si j’en doute, qu’un mauvais président ici puisse ailleurs faire un bon roi.

Informaticien, indépendant depuis janvier 1999, je fus contacté en août 2006 pour effectuer une mission de trois mois chez un important fabricant d’électroménager près de Senlis.
En dépit de l’éloignement, la mobilité géographique étant au cœur de mon activité, je décidai d’accepter.
Au cours de cette mission, je passai chaque jour entre trois et quatre heures dans ma voiture, pour me rendre à Senlis le matin, et en revenir le soir.
Or, c’est également au cours de cette mission, que je perdis à deux reprises un point de mon permis de conduire.

Ainsi, ma disponibilité et mon sens du service faisaient de moi la cible de deux groupes d’individus particulièrement féroces, aux propos unanimement et abondamment relayés par les médias, et qui rivalisaient d’insultes : Les uns me traitaient de chauffard et d’assassin, et n’avaient d’autre ambition que de me faire perdre un à un tous les points de mon permis. Les autres me traitaient de pollueur et dépensaient des milliards pour couler des tonnes de béton au-dessus du périphérique et de l’autoroute A3, dans le but avoué de m’asphyxier dans les gaz d’échappement de ma voiture et de celles de mes compagnons d'infortune.

Je ne payai pas ces deux PV, pas plus que je n’avais payé les précédents. Pas plus que je ne paierais les suivants. Chaque fois, je résistai aux relances, aux menaces d’huissiers, et obligeai finalement l’Etat à aller au bout de sa démarche, et à pratiquer des saisies sur mon compte en banque. Cette résistance me coûtait cher, certes, mais l’honneur était sauf.
Parallèlement, ma détermination grandissait, et mon esprit échafaudait diverses vengeances, dont certaines sont inavouables, tant leur lâcheté rappelle les méthodes employées par l’Etat lorsque celui-ci mobilise toutes ses organisations, toutes ses administrations, toute sa puissance à l’encontre d’individus pris isolément et sans défense.

La mission à Senlis prit fin, mais, donnant comme à mon habitude pleine satisfaction dans l’exercice de ma profession, je fus à nouveau sollicité par ce client quelques mois plus tard.
Je me fis une joie de refuser, non sans préciser à mon interlocuteur que ma décision était la conséquence directe, monsieur Sarkozy, de votre politique délirante en matière de sécurité routière.
Je sais que le poste resta vacant pendant plusieurs mois, retardant d’autant, quel dommage, les développements informatiques de ce géant de l’électroménager.

Pour ma part, je ne me hâtai pas de retrouver une mission.


La trésorerie de ma société était abondante et je pus durant cet intercontrat, me verser une rémunération normale.
Le « chauffard pollueur » s’offrait des vacances d’étudiant !
L’Etat, en revanche, dans la mesure où il n’y avait pas eu de chiffre d’affaire sur le trimestre, fut subséquemment privé de son habituelle rentrée d’argent au titre de la TVA, soit 3500 euros.
Le résultat de l’exercice fut également impacté par cet intercontrat, de sorte qu’il n’y eut pas de bénéfice. Et donc, pas d’impôt sur les bénéfices.

Lors de la mission suivante, je perdis à nouveau deux fois un point.
Les sanctions pleuvaient à l’encontre de millions d’automobilistes globalement respectueux des limitations de vitesse, et dont le seul crime consistait à ne pas conduire crispé sur le volant et le regard rivé au compteur.
Il me restait alors 6 points.
Au rythme auquel vous me les preniez, j’allais vite me retrouver sans permis, ou tomber dans les griffes de vos marchands de stages de récupération de points.
Et ça, il n’en était pas question.
Je pris donc la décision de ne plus utiliser ma voiture dans le cadre de l’exercice de ma profession.
Décision qui eut pour effet de limiter considérablement mon offre de services, et par voie de conséquence, de multiplier et d’allonger mes périodes d’intercontrat ...

Alors que certains se déclaraient prêts à travailler plus pour gagner plus, d’autres, et c’était mon cas, étaient prêts à gagner moins pour combattre une injustice.
J’étais conscient que ma rébellion risquait de me coûter ma société, mais je ne serais pas le seul perdant dans l’affaire.
TVA, IS, URSSAF : Si je devais cesser mon activité, ses PV, ses insultes, l’Etat allait les payer cher.

Ainsi, lorsque la crise de 2009 survint, loin de céder à la panique ambiante, c’est avec un plaisir non dissimulé que je restai chez moi, me livrant à mes activités favorites, et finissant bien sûr de vider le plus légalement qui soit la trésorerie de ma société.
On me proposait des missions, dans les Yvelines, en Seine-et-Marne, mais aucune à portée de transports en commun, et je ne revins pas sur ma décision de ne plus emprunter ma voiture.
Lorsque les caisses furent vides, je cessai tout naturellement mon activité en tant qu’indépendant et repris un poste en qualité de salarié.

De 2009, période à laquelle je « lâchai l’affaire », à aujourd’hui, à raison de 14000 euros par an, le manque à gagner pour l’Etat s’élève à 42000 euros, rien qu’au titre de la TVA.

Suis-je un cas unique ?
Je suis bien persuadé que non.

En 2002, lors de votre arrivée au pouvoir en tant que ministre de l’Intérieur, vous avez arrogamment déclaré la guerre aux Français.
Dix ans plus tard, chacun s’accorde à dire que c’est la France que vous avez fait perdre.


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Ce récit fait suite à l’article « Avant que vous ne partiez, monsieur Sarkozy … », publié sur Agoravox le 20/04/12.
 


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