Pour sauver les retraites, sacrifions une partie des vieux !

par Bernard Dugué
jeudi 18 février 2010

Le principe des retraites par répartition est de récolter une assiette avec les cotisations salariales et patronale, puis ensuite de répartir les sommes collectées en attribuant à tout ayant droit à la retraite un revenus calculé en fonction de ses cotisations et de ses annuités. Le schéma, simple dans son principe, est plus complexe et ne se prête pas à des raccourcis médiatiques. Trois critères sont déterminants. D’abord le calcul des droits. Là, il existe une inégalité entre les fonctionnaire dont la retraite est fixée en tenant compte du salaire de départ à la retraite. C’est souvent pour l’administration l’occasion de donner une promo quelques mois avant le départ d’un fonctionnaire que l’on veut remercier. Ces pratiques sont courantes pour les cadres mais le technicien de surface pourra toujours aller se brosser pour obtenir une promo avant la quille. Dans le privé, la retraite est calculée en fonction des 25 meilleures années. Ce mode de calcul peut engendrer des disparités importantes. Ensuite, il y a le taux plein. Quand le gouvernement décide d’augmenter le nombre d’annuités de cotisation pour un taux plein, cela ne signifie pas un âge de départ plus élevé. Sauf pour celui qui veut bénéficier de ce taux, alors qu’un travailleur entré à 18 ans et n’ayant pas quitté l’emploi pourra partir plus tôt pour un tôt plein (2 centimes d’euro). Enfin, il y a l’âge légal pour avoir droit à la retraite. Si celui-ci est fixé par exemple à 65 ans, cela voudra dire qu’un travailleur de 62 ans, même ayant cotisé les 41 ans du taux plein, ne pourra recevoir sa retraite qu’en attendant trois ans.

Le débat sur la retraite fait l’objet de tout un baratin syndical et gouvernemental. Bien évidemment, les responsables syndicaux défendent les avantages de ceux qu’ils représentent, autrement dit, une part mineure des travailleurs. Quant au gouvernement, il tente d’éviter la faillite du système, une faillite inéluctable si rien n’est fait. Mais pour faire accepter la chose, il faut se targuer de bon sens et servir un bla bla du genre les travailleurs vont devoir travailler plus. Le seul problème, c’est qu’il n’y a pas de travail, pas assez pour que la plupart aient un taux plein et encore moins si on veut reculer l’âge du départ.

On l’aura compris. L’assiette des cotisations étant fixée par l’emploi total, et cet emploi étant maintenant limité, avec de faibles marges évolutives, la seule et unique solution, c’est non pas de faire travailler les gens plus longtemps, car personne ne veut des seniors, mais de réduire le nombre d’ayant droit à la retraite. Ainsi, en réduisant la répartition, on peut maintenir des retraites convenables et obtenir un équilibre des comptes. Quand il y a trop de prétendants à la retraite, la répartition tend à réduire le montant. Réduisons alors les prétendants, telle est la solution vers laquelle s’orientent les gouvernements européens.

Prenons le cas d’un travailleur ayant cotisé 40 ans. A 60 ans, il risque d’être licencié, à moins qu’il ne l’ait déjà été. Si l’âge de la retraite est reculé à 65 ans, alors il n’aura aucun revenu pour vivre, excepté le RSA. Les Conseil généraux apprécieront ! Imaginons que ce retraité soit célibataire, locataire, il n’aura que 50 ou 100 euros par mois pour vivre. Le système qui se met en place constitue un sacrifice que la société se prépare à consentir. Mais après tout, cette « Shoah économique » ne se compare pas avec Auschwitz. Vont pas nous faire chier, ces vieux, ils n’ont qu’à aller aux Restos du cœur pour bouffer. Ils n’ont pas besoin de s’acheter des vêtements pour être élégants, ils ne sortiront pas de chez eux, et regarderont la télé pour se distraire. C’est ce qu’on appelle la modernité. Des millions de vieux vont être sacrifiés. Enfin, tout n’est pas si sombre, à 65 ans, le vieux au RSA peut toucher sa retraite et si elle est trop faible, il aura au moins le minimum vieillesse, s’il vit encore, ce qui fait 50% d’augmentation par rapport au RSA. Ce sacrifice est anthropologiquement explicable. L’homme a appris à détourner le regard. Mais rien n’autorise à penser que ce sacrifice est une fatalité. C’est en vérité un choix. Mais pour faire croire qu’il n’y a pas d’autres choix, les autorités ne font pas d’effort intellectuel pour penser une alternative crédible, pas plus que les intellectuels.

Il n’y a pas de fatalité. Dans retraites par répartition, il y a répartition. Il suffit de changer la répartition, plus que l’assiette. L’obstacle ce n’est pas le calcul économique mais l’homme. Rien de nouveau. Vous pouvez dormir à nouveau, pardon de vous avoir interrompus.
 

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