Pourquoi et comment justifier une régulation migratoire dans le but de faire baisser tensions et racisme

par Joseph
lundi 2 février 2026

Si dans l’idéal je suis pour des frontières ouvertes, une libre circulation et contre le racisme ; la réalité s’avère une fois de plus des plus complexe et nécessite de prendre en compte la nature humaine et ce qu’elle va engendrer. Cela peut donc ammener à se remettre en question sur la façon de voir et d'aborder certains de ces idéaux.

Nous aborderons donc dans cet article la problématique de la régulation migratoire, tenterons de montrer pourquoi les partisans de cette régulation la justifient majoritairement pour de mauvaises raisons qui sont productrices de tensions, et pourquoi ces mauvaises raisons tendent justement à ne pas favoriser le processus d’intégration des populations immigrantes. Mais nous tenterons aussi de montrer pourquoi cette régulation est tout de même souhaitable en tentant de dégager les raisons qui la justifient vraiment, mais souhaitable aussi dans le but de faire diminuer les tensions et le racisme au sein d’une société.

On entend par migrant une personne qui se déplace d’un point à un autre sans forcément avoir la volonté de s’installer durablement, et immigrant la personne issue d’un pays étranger qui vient s’installer dans un autre pays. La problématique migratoire englobe ces deux types de personne. Et l’on entendra ici par migrant une personne de nationalité étrangère, comme l'on utilisera indifféremment ces deux termes.

On utilisera également les notions de « conflit de différence » et « état émotionnel ». Un conflit de différence est un type de conflit qui tire sa source d’une différence, qu’elle soit idéologique, culturelle, ethnique, sociale, religieuse ou autre. Un état émotionnel est la somme des sentiment neutres, négatifs ou positifs qu’un individu ou un groupe va ressentir envers tout ce qui peut être. Un individu et un groupe peut aussi avoir plusieurs états émotionnels différent distincts envers une chose, une personne, un groupe ou autre (il peut aimer une chose et pas une autre). Si l’état émotionnel d’une personne envers une autre est négatif cela tendra à créer des tensions avec cet autre, et inversement si cet état émotionnel est positif.

Cet article se base majoritairement sur des faits scientiques qui font consensus depuis quelques décennies et liés à nos modes de fonctionnement cérébraux (cognitifs), et comportementaux.

Cet article est également un peut long. Certains pourront passer à la seconde partie qui aborde les questions du pourquoi et comment justifier une régulation migratoire, quitte à revenir à la première partie par la suite qui traite des mauvaises raisons qui cherchent à la justifier comme de leurs conséquences.

Sur ce, discussion.

Il y a donc actuellement dans les sociétés occidentales une divergence de point de vue sur ce phénomène migratoire. Il y a d’un côté les partisans de l’immigration qui vont invoquer des raisons humanistes et un combat contre le racisme. Et puis de l’autre côté les partisans d’un contrôle migratoire, voire de son arrêt, et qui invoquent majoritairement des raisons sécuritaires ou identitaires.

Le premier constat est que cette immigration de populations aux cultures différentes de la nôtre qui s’est accentuer dans les années 1970 est un phénomène relativement nouveau auquel nous n’étions pas préparés, auquel nous n’avions pas le recul et l’expérience nécessaire pour l’anticiper et le gérer au mieux.

Le second constat est que le combat contre le racisme a majoritairement échoué. Nous voyons depuis les années 90 une montée constante de l’extrême droite et du racisme en Europe. L’échec de cette lutte est donc factuelle, et même si on peut la nuancer par une certaine évolution positive des mentalités en la matière, mais aussi des tensions de plus en plus marquées entre les deux camps contraires. Nous n’aborderons pas ici le pourquoi de cet échec qui est des plus complexe, mais les tensions et discours liés à la problématique migratoire en sont un des facteurs majeurs. Nous allons maintenant traiter ce point.

 

1) Des causes de la montée des tensions et du racisme liées à la problématique migratoire, des mauvaises raisons qui justifieraient sa régulation

a) Généralités

L’immigration est donc la venue dans un pays d’une population étrangère pour s’y installer. Comme cette population est étrangère elle est par nature différente, et la nature humaine fait que nous avons tendance à rejeter ce qui est différent de nous (Légal et Delouvée, 2015).

Le phénomène migratoire va donc tendre à engendrer des phénomènes de rejet par la population du pays d’accueil, et donc de tensions. Et nous appelons ce phénomène de rejet dans cette situation, racisme. C’est donc une réalité qui doit donc être prise en compte dans le but de faire en sorte que tout se passe pour le mieux.

Nous pouvons déjà dire qu’au sein d’une société il y a des individus disparates, et notamment des individus qui seront plus ou moins disposés à développer ou non des sentiments racistes.

Un autre point est que nous voyons souvent le racisme comme quelque chose de binaire. Soit un individu est raciste, soit il ne l’est pas.

La réalité est que le racisme se défini sur une échelle qui va du respect absolu de l’étranger tant qu’il ne nous nuit pas, jusqu’à la volonté de voir l’étranger disparaître.

Entre ces deux extrêmes on trouvera celui qui veut être bien copain avec l’étranger mais pas ami, celui qui ne veut pas les fréquenter, celui qui ne veut pas les avoir comme voisin, ceux qui veulent leur faire du mal, etc. On ne peut donc traiter ces différents individus de la même manière, et c’est bien ceux qui veulent faire du mal à l’autre, que ce soit par le biais d’une violence psychologique ou physique, qui vont poser le plus de problème.

Mais en d’autres termes, le rejet de l’autre qui est différent sera donc d’une intensité variable en fonction des personnes, si ce n’est inexistant pour certains.

 

b) Des mauvaises raisons pour justifier de la régulation migratoire

Si maintenant nous analysons les discours des partisans de la régulation migratoire on pourrait les résumer souvent de la même manière. Cela commence généralement par un « il y a un problème lié à l’immigration ». Puis « nous voulons la réguler ou la stopper ». Pour enfin finir par un « les immigrés/migrants sont des gens négatifs/délinquants/violeurs/terroristes/etc » pour justifier de cette régulation et de cette problèmatique en général.

Si les deux premières affirmations pourraient s'inscrire au sein d'un débat d'idée, rien n’est évidemment plus faux que cette dernière affirmation. Pourquoi ?

Déjà ces affirmations se basent principalement sur des cas isolés qui ne représentent pas la majorité des immigrants. La réalité est qu’il y a des individus négatifs/délinquants/violeurs/terroristes (souvent des extrémistes) au sein de chaque groupe social. Il est donc tout à fait normal de retrouver ce genre d’individus au sein d’une population d’immigrants si on veut les trouver.

En d’autres termes, si l’on veut trouver des individus négatifs/immoraux/etc on pourra les trouver au sein de chaque groupe social, tout le monde peut le faire. Chez les hommes, les femmes, les riches les pauvres, les blancs, les noirs, etc. La chose est facile, mais ne représente pas la réalité objective d'un groupe social. Que même un individu en lui-même peut avoir des qualités et des défauts, que de relever uniquement ces défauts ne représente pas la réalité objective de cette personne. Par conséquent la représentation, l’image donnée, n’est pas légitime et est bien sûr faussée.

Et de la même façon qu’un individu anti immigration qui ne veut pas fréquenter des personnes différentes de lui peut aussi être un bon père de famille qui prend soin de ces enfants et de sa famille, pas automatiquement une mauvaise personne en soi qui mérite l’insulte. Là encore cette forme de rejet par l'insulte tendrait même à augmenter les sentiments racistes des personnes concernés selon les études.

Alors si au final un fait lié à un acte immoral ou un crime quelconque qui va être dénoncé est vrai, il ne représente pas la réalité dans son ensemble. La vision des choses qu’elle entraîne est réductrice, elle en devient subjective et fausse au sein de cet ensemble. La justification n’est donc pas légitime, elle ne représente pas la réalité des choses et pourrait s’appliquer à n’importe quel groupe social. Ce n'est donc pas une justification sérieuse.

Certains avanceront ensuite le fait que les prisons sont remplis d’individus étrangers ou d’origine étrangère. Ce n'est pas tout à fait faux, toutefois la criminalité a toujours été issu des milieux les plus pauvres, et c’est un fait que les immigrants et les populations d’origine étrangères sont majoritairement issues des classes les plus défavorisées. La chose est donc une fois de plus des plus normal. Là encore la justification ne tient pas.

Ensuite peut venir la théorie du grand remplacement qui ne tient pas scientifiquement, même sur une projection de centaines d’années si l'on se base sur des travaux de l'INSEE. Le total de personnes étrangères ou d’origine étrangère non européenne immigrées depuis 1950 en France tourne autour de 10-12% de la population actuelle totale sur l’ensemble du territoire nationale. On est encore loin du grand remplacement. Encore une justification qui n'en est pas une.

De plus nous verrons pourquoi ces justifications stigmatisantes et injustifiées tendent à ne pas favoriser une appropriation culturelle française par les migrants que dénonce notamment cette dernière thèse.

On pourra aussi noter que l’immigration d’origine asiatique est largement minoritaire face à celle des pays africains. Une autre justification du « c’est toujours les mêmes » qui ne tient pas. Il est tout à fait normal de plus entendre parler du plus grand nombre que du plus petit, et d’autant plus lorsque l’on a tendance à se focaliser sur ce plus grand nombre. Et l’on ne développera pas d’autres facteurs externes qui viendraient encore expliquer pourquoi ce n’est pas une justification.

Par conséquent ces justifications n’en sont pas, et sont même contre-productives en termes d’intégration. Mais on peut toutefois expliquer pourquoi elles apparaissent.

En effet, celui qui va ressentir un sentiment de rejet parce que l’autre est différent va rentrer dans ce que les sciences appellent un état de dissonance cognitive, un état d'inconsistance entre des pensées contradictoires.

En d’autres termes il va ressentir un malaise, et pourquoi le ressent-il ? Basiquement parce que nous voulons tous avoir une vision positive de nous-même. Donc si nous rejetons l’autre il faudra nous trouver une raison qui est autre qu’un simple rejet lié au fait que l’autre est différent. Ce qui est en effet difficilement justifiable car arbitraire.

Alors pour justifier ce rejet on aura tendance à restructurer nos idées en voyant l’autre comme négatif, comme élaborer toute sorte de pensées et théories visant à le justifier. Nous pouvons donc garder une vision positive de nous-même tout en rejetant l’autre car nous croyons avoir maintenant une bonne raison de le faire. Mais dans la réalité, et dans le cas que nous exposons, cette bonne raison n’en est pas une, elle n'est pas objective et encore moins rationnelle.

Mais en d’autres termes, lorsque nous avons un état émotionnel négatif envers l’autre, et même s’il a des bases objectives de l’être au départ, et bien que ce ne soit pas le cas ici, nous allons avoir tendance à avoir une vision subjective et négative de cet autre, donc une vision non rationnelle et faussée (des stéréotypes) qui n’aidera pas à résoudre les tensions avec cet autre. 

De plus ces stéréotypes négatifs que l’on nous matraque sur les populations migrantes depuis plus ou moins les années 90 tendent à augmenter les phénomènes de racisme. Depuis le livre de Le Bon sur la psychologie des foules (1895) nous savons qu’une affirmation répétée à l’envie entrera plus facilement dans l’inconscient collectif et sera vu comme vrai même si ce n'est pas le cas.

Ces stéréotypes négatifs et infondés répétés depuis plus de trente ans sont donc rentrés dans l’inconscient collectif et tendent à expliquer un des pourquoi de la montée constante du racisme depuis des années en Europe. L’OMS pense d'ailleurs que les sentiments négatifs et la violence qui en découle se propagent comme un virus au sein d’une population (Bandy Lee, 2019), il semble que ce soit aussi ce qui nous soit arrivé.

Mais attardons-nous sur ce phénomène de rejet.

 

c) De l'intensité du phénomène de rejet en fonction des différences perçues

Nous avons donc dit que ce rejet est lié à la différence de l’autre. Nous allons maintenant aborder une autre problématique du phénomène migratoire. Ce que nous voulons dire est que si ce rejet est lié à une différence de l’autre, plus l’autre sera différent plus l’intensité du rejet, donc l’intensité du sentiment négatif induite, sera forte.

Ainsi, si nous prenons l’exemple de l’immigrant italien des année 50/60 qui se faisait traitait de « sale rital » ; son intégration a été toutefois plus facile qu’un immigrant nord-africain de culture musulmane car son rejet sera moindre au sein d’un pays européen.

En effet, l’immigrant italien est de même couleur de peau, culture et religion que l’européen moyen. A contrario, l’immigrant africain est de couleur de peau, culture et souvent religion différente de l’européen moyen.

Nous voulons donc dire par là que chaque différence entraînera un sentiment de rejet, donc que l’intensité du rejet tendra à être proportionnel aux différences de l’immigrant par rapport à la population locale.

La couleur de peau entraîne également une visibilité que n’a pas l’immigrant italien, un non-blanc aura donc plus de difficulté à se fondre dans la masse. Mais cela explique aussi pourquoi l’intégration des immigrants d’origine européennes fut plus facile que celle des immigrants d’origine africaine. Une autre justification sur une différence d'intégration des tenants de la régulation qui ne se justifie toujours pas vue sous cet angle.

Un autre facteur à prendre en considération est aussi l’état d’esprit de la population d’accueil. En d’autres termes, et en ce qui concerne cette problématique, cette population d’accueil tend elle vers le développement de sentiment de rejet de ce qui est différent d’elle ou non ? Force est de constater que de nos jours une grande partie de la population européenne est plutôt dans un état d’esprit propre au rejet. Cette réalité doit donc être prise en compte dans le but d’évaluer cette intensité de rejet.

 

d) Des conséquences de la stigmatisation sur l'intégration des immigrés et la paix sociale

Ensuite si nous voulons parler d’intégration, il apparaît que stigmatiser l’autre pour de mauvaises raisons tendra à produire l’effet inverse. On parle notamment de phénomène de repli identitaire. En d’autres termes, celui qui est stigmatisé pour de mauvaises raisons, pour sa religion par exemple, pourra avoir tendance à devenir encore plus radical dans sa religiosité.

Cela est donc contreproductif en termes d’intégration dans le sens où au lieu de s’intégrer à la culture ambiante l’individu tendra à radicaliser sa culture d’origine comme rejeter à son tour celui qui le stigmatise.

La chose est d’autant plus vrai pour un immigrant ayant une culture d’autant plus différente de la culture locale. Si le but de l’intégration est aussi l’assimilation à la culture locale, cet immigrant aura à contrer la difficulté du rejet et du choc culturelle. Par réflexe il aura donc tendance à se réfugier vers sa culture qui lui donne une image positive de lui-même pour contrer ce rejet plutôt que d’assimiler la culture locale qui le rejette et lui donne une image négative de lui-même.

L’immigrant italien avait donc plus de facilité en raison de sa culture proche de la nôtre pour reprendre cet exemple. Il allait se réfugier vers une culture proche de la nôtre, donc moins problématique en termes d’assimilation. Ce facteur doit donc être pris en considération pour faciliter cette assimilation, et nécessite d’autant plus de ne pas exercer de rejet envers l’immigrant pour faciliter son assimilation.

On voit donc la complexité de la chose étant donné que plus un immigrant aura de différence vis-à-vis de la culture locale, au plus il y aura du rejet contre lui. On voit donc l’importance de prendre en compte ce facteur, comme l’importance d’éviter toute image négative injustifiée d’une population d’immigrants dans les médias ou autres pour faciliter cette assimilation culturelle du pays d'accueil.

De plus ce concept d’assimilation ne peut se résumer à demander à l’autre de renier totalement son identité. Ce serait aller contre la nature humaine, donc un facteur de tension liée à une demande objectivement impossible à satisfaire. Toutefois, faciliter l’intégration et l’assimilation pourra tendre à entraîner naturellement un changement culturelle progressif de l’immigrant au profit de la culture locale en évitant ce phénomène de repli identitaire, mais sans qu’il perde l’ensemble de son identité culturelle d’origine. La chose parait donc impossible dans les faits et se doit donc d’être acceptée dans une optique raisonnable et proportionnelle de demande d’intégration et de vie en société. Comme le fait de faciliter l’intégration par une baisse des tensions tendra à faciliter l’acceptation de cette diversité culturelle par la population locale, et diversité qui tendra donc à s’amoindrir au lieu de se radicaliser par la baisse de ces tensions et des stigmatisations qui y sont liées.

Mais ce phénomène de repli identitaire vaut aussi pour le « français de souche » que l’on va pointer du doigt pour son racisme, on l'a dit plus haut. Par le biais de ce phénomène de repli identitaire il pourra tendre à radicaliser ses sentiments racistes. Et comme on l’a vu, il trouvera ce pointage du doigt injustifié car il a appris à voir l’autre comme négatif et s’en est persuadé. Et il s’en est d’autant plus persuadé qu’il a certainement développer des biais de confirmation qui vont tendre à ne lui faire voir que les côtés négatifs de l’immigrant que l’on nous montre au sein des médias par exemple, tout en occultant les exemples positifs. Un autre mode de fonctionnement prouvé par les sciences. Et le côté conformiste du groupe auquel il appartient tendra également à ne pas remettre en question l’idée de la négativité de l’autre mais au contraire à la renforcer, c'est un mode de fonctionnement groupal tout autant prouvé par les sciences.

Avec le temps on aura donc tendance à voir les deux camps se radicaliser de plus en plus, et c’est bien ce qu’il semble se passer au vu de la montée constante de l’extrême droite en Europe et des tensions qui en découlent avec les partisans pros immigrants, les immigrants et les populations d’origine étrangères, qui tendent eux aussi à se radicaliser en réaction à ce radicalisme des anti imigrations. En d’autres termes, l’état émotionnel de ces deux camps tend vers de plus en plus de négativité jusqu’à la radicalisation en s’alimentant l’un avec l’autre dans une sorte de cercle vicieux.

Mais aussi que cet état émotionnel négatif que l’on retrouve dans les deux camps (donc pro et anti immigration) a entraîné une montée croissante des idées contre l’immigration, un déficit d’intégration certain des populations concernés, et bien sûr un contexte d’opposition et de tension croissante en raison d'un phénomène d’accumulation qui tend vers la radicalisation des acteurs en présence, qui lui-même tend vers des incompréhensions et autres malentendus entre ces acteurs qui augmentent ces tensions au lieu de les résorber.

Nous aboutissons donc à une radicalisation d’un conflit de différence en raison de l’accumulation de sentiments négatifs, et le tout pour de mauvaises raisons dans le sens où cette stigmatisation n’a pas de fondements objectifs si ce n’est cet instinct de rejet qui tend à se justifier comme on l’a vu précédemment.

C’est aussi pourquoi les services de renseignement parlent de risque d’affrontement communautaire. Et affrontement communautaire en Europe qui est le aussi but avoué des terroristes islamistes (Jordanov, 2020).

Donc au final ces thèses anti immigration qui se justifient par des argumentaires stigmatisants tendent à favoriser les objectifs des terroristes en provoquant notamment des replis identitaires et autres sentiments négatifs envers ceux qui les stigmatisent chez les populations visées par cette stigmatisation.

Et cette stigmatisation arbitraire ne facilite pas l’intégration des populations d’origine étrangère, et manque d’intégration qui est paradoxalement une autre justification d’une demande de régulation de ceux qui sont à l’origine de cette stigmatisation, donc d’une autre justification qui ne peut se justifier étant donné que ceux qui la dénoncent ont leur part de responsabilité sur cet état de fait.

En d’autres termes, ceux qui stigmatisent une population étrangère pour de mauvaises raisons entraînent au moins un déficit d’intégration de cette population.

Donc repli identitaire et manque d’intégration qui participent aussi au développement de l’idée que la population locale perd de son identité. Mais comme nous l’avons vu, d’une part les anti immigration ont une part de responsabilité dans ce manque d’intégration, et d’autre part ce manque d’intégration lié à une stigmatisation arbitraire ne facilite pas justement l’adaptation de l’immigrant à l’identité locale.

C’est donc tout le contraire qui se produit, dans le sens où l’immigrant aura donc tendance à rejeter cette identité locale au lieu de l’adopter. Et ce phénomène sera d’autant plus amplifier par le fait qu’un stress chronique lié à une stigmatisation chronique endommage le lobe préfrontal du cerveau qui sert à la sociabilité (Bandy Lee, 2019), donc aux facultés d’intégration d’un individu.

D'ailleurs des études scientifiques qui font maintenant consensus ont montré depuis quelques décennies que le stress chronique n'est pas seulement facteur de trouble mentaux (traumas, dépression, baisse de l’estime de soi, …), mais entraîne aussi une baisse des défenses immunitaires et des maladies physiques (cardiovasculaires, neurologiques, cancers , maladies auto-immunes, …), comme affecte plusieurs régions du cerveau. Ce n'est pas anodin pour les personnes qui en souffrent et entraîne des coûts socio-économiques certains par les conséquences induites (on rappel à ce titre que l'Agence Régionale de Santé PACA estime à 109 milliards d'euros par an le coût des conséquences socio-économiques lié à la santé mentale en France ; à l'heure où l'on parle de Budget ...).

Enfin, une autre raison de la stigmatisation des populations d’origine étrangère et des immigrants est la conjoncture économique. Les études montrent en effet qu’en cas de conjoncture économique défavorable les immigrants tendront a en devenir les bouc-émissaires (Légal et Delouvée, 2015). Et force est de constater que la conjoncture économique actuelle en Europe est plutôt morose. Que les inégalités économiques sont croissantes en France comme on l'a vu dans un article précédent.

 

2) Des raisons pouvant justifier une régulation migratoire dans le but de faire baisser tensions et racisme

Mais force est aussi de constater que si la demande de régulation de l’immigration a augmenté depuis plus de 30 ans, on est aussi en droit de se dire que cette demande comporte une certaine part de légitimité. A cause du fait qu’elle représente une force de résistance en constante augmentation face à un combat anti racisme qui a majoritairement échoué dans les faits. A cause d’un principe démocratique lié à une forte demande au sein d’une population. A cause du fait que cette demande est issue d’une nature humaine que l’on ne peut ignorer. On peut d'ailleurs noter que la loi du 26 janvier 2024 a fait en sorte de répondre à cette demande.

Donc, si nous avons tenter de dégager jusqu’à présent certaines problématiques liées à l’immigration, tâchons de voir maintenant pourquoi la régulation migratoire est tout de même souhaitable dans le but de faire baisser les tensions entre les acteurs en présence, comme les sentiments racistes en général.

La thèse que nous défendons est que pour qu’une immigration soit réussie elle se doit de respecter un principe d’absorption par la population locale. Et que pour respecter ce principe d’absorption cette immigration doit être réguler en fonction de plusieurs facteurs. Reprenons.

Nous avons donc vu que les justifications apportées par les partisans de la régulation migratoire n’en étaient pas. Que ces justifications tendaient aussi à ne pas faciliter l’intégration des populations d’immigrés. Et qu'un des principaux facteurs liés à l’échec d’une intégration est le rejet de l’autre.

Enfin, nous avons vu que ce phénomène de rejet était lié de base à la nature humaine, donc que nous ne pouvons rien y faire si ce n’est l’accepter et faire en sorte de trouver des solutions qui tendront à le réduire plutôt qu’à l’augmenter.

Que ce rejet était la cause réelle des stigmatisations et d’une demande de régulation et pas autre chose. Mais aussi que ce rejet tendait à être proportionnel à la différence perçue entre la population locale et les immigrés. Que cette différence soit liée à leur couleur de peau, de culture, de religion ou autres. Et enfin qu’au sein d’une population les individus sont disparates et seront donc plus ou moins enclins à développer ces sentiments de rejet.

L’hypothèse est donc que pour diminuer ce phénomène de rejet au sein d’une population locale, cette population locale doit déjà s’habituer à l’immigrant.

En ce sens, un afflux trop important d’immigrants pourra produire l’effet inverse et le sentiment de rejet augmentera en proportion. Et nous avons vu que ce phénomène de rejet avait tendance à se justifier en montrant l’autre comme négatif. Tout ce que nous voulons donc empêcher pour faciliter l’intégration et limiter la montée du racisme.

C’est pourquoi nous utilisons le terme d’absorption, donc dans le sens où le pays d’acceuil absorbera naturellement cette immigration sans trop créer de phénomène de rejet si certains facteurs sont respectés.

Si nous nous plaçons par exemple à l’échelle d’un village de quelques centaines d’habitant, il semble normal que l’arrivé de deux immigrants sera mieux vécu que l’arrivé de dix immigrants. Les locaux exprimeront moins de rejets, s’y habitueront et seront même prêt à en recevoir d’autres dans le futur.

De la même façon les immigrants qui subiront moins de rejets auront plus de facilités à s’intégrer et s'assimiler à la culture locale.

A contrario, une arrivée massive risquera d’augmenter les rejet et les incompréhensions mutuelles qui aboutiront à une vision négative et faussée de l’autre pour les raisons que l’on a évoqué. Et donc aboutira à des tensions et à un échec de l’intégration.

En effet, beaucoup de tensions découlent au fond de malentendus entre groupes sociaux antagonistes. Couplé au phénomène de rejet nous aboutissons à deux problématiques qui doivent être résolus, et bien que le rejet entraîne aussi le malentendu.

Si nous reprenons l’exemple du village, deux personnes susciterons deux phénomènes de rejet au lieu de dix phénomènes de rejet si dix immigrants étaient arrivés. Il y aura donc moins de sentiments négatifs ressentis, le rejet sera moindre et facilitera donc l’intégration comme tendra à faciliter la résolution de ces deux problématiques que l'on vient d'évoquer.

En effet, s’il y a moins de sentiments négatifs envers l’autre, on peut espérer des échanges et une meilleure compréhension et interconnaissance mutuelle pour aboutir à moins de malentendus et une meilleure acceptation de la différence culturelle. Echange, compréhension et interconnaissance au sein d'un cadre apaisé étant un prérequi selon les études visant à faire baisser tensions et racisme. Donc une autre base de fonctionnement nécessaire

En ce sens ce village aura réussi à absorber cette population d’immigrants si une régulation de cette arrivée a été pensé en amont.

Et pour que ce principe d’absorption fonctionne il faudra donc aussi prendre en compte le taux de différence de la population immigrante comme les différents facteurs précités, toujours dans le but d’évaluer l’intensité des sentiments négatifs pour qu’ils puissent être absorbés avec le temps, et donc du nombre d’immigrants pouvant l’être ou non.

D’autres facteurs doivent certainement être aussi pris en compte.

Enfin, l’autre question que nous pouvons nous poser, est que suite à la loi de 2024 sur l’immigration et l’implémentation d’un quota migratoire, les tensions n’ont pas l’air d’avoir baissé pour autant. Cette question est évidemment complexe et nous ne prétendons pas y répondre. Toutefois quelques pistes pourraient déjà être envisagées parmis tant d’autres.

D’abord le contexte stigmatisant qui a été mis en place depuis plus de 30 ans et qui ne peut disparaître du jour au lendemain. Par le fait que cette loi ne parait pas encore suffisante pour certains, surtout associé au sentiment de rejet qui par effet de bord va tendre à radicaliser les points de vue de tout ce qui se rapporte à ce qui est associer à ce rejet.

Mais aussi à cause de la mauvaise conjoncture économique qui comme on l’a vu tend à prendre pour bouc émissaire les populations immigrantes. En d’autres termes, cette mauvaise conjoncture économique va entraîner un état émotionnel négatif qui va tendre à être redirigé vers les populations immigrantes, comme cet état émotionnel négatif va tendre à être redirigé par les pro immigration envers les anti immigration, et amplifier tout contexte d’opposition entre groupes sociaux antagonistes au sein d’une société en général. La question, à laquelle nous avons en partie répondu, est donc aussi de savoir si ce contexte économique défavorable n’amplifie pas aussi les tensions existantes ?

Cet autre article sur les causes de crises au sein d’une société explore justement les conséquences socio-économiques d’une mauvaise conjoncture économique, et tout tend à montrer qu'une mauvaise conjoncture tend également à amplifier ces tensions comme on le retrouve encore au sein des études.

 

3) Conclusion

Nous avons donc vu que le sentiment de rejet de l’autre qui est différent de nous et que l’on nomme racisme était lié à la nature humaine, qu’il existe et existera toujours que l’on soit blanc, noir, jaune ou autre. Qu’au sein d’une population il y a des individus disparates qui seront plus ou moins enclins à ce sentiment de rejet. Que le contexte stigmatisant mis en place depuis ces dernières décennies à augmenter l'intensité de ce rejet au sein de la population. Que le combat contre le racisme avait été majoritairement un échec dans le sens où les sentiments racistes et anti immigration ont eu tendance à augmenter depuis plus de trente ans. Que ce sentiment de rejet avait tendance à se justifier en montrant l’autre comme négatif pour de mauvaises raisons. Que la majorité des justifications des partisans de la régulation de l’immigration ne se justifiaient pas, qu’elles entraînent des tensions et sont un frein à l’intégration des population immigrés. Que la raison principale et réelle d’une demande de régulation de l’immigration se base avant tout sur ce phénomène de rejet. Que ce rejet était lié à la nature humaine, donc que nous devons le prendre en compte, l’accepter et trouver des solutions pour le diminuer au lieu de l’augmenter. Que la régulation de l’immigration peut être souhaitable à cause de cette nature humaine, et qu’elle se justifie par l’hypothèse d’un principe d’absorption dans le but de respecter cette nature humaine comme de réduire les tensions et sentiments racistes au sein d’une population. Et enfin que plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour respecter ce principe d’absorption. En d’autres termes, que cette régulation représente aussi une solution pour diminuer ce sentiment de rejet et les sentiments racistes au sein d’une population, comme le fait de faciliter l’acceptation de différences culturelles.

En conséquence, il y aurait tout intérêt à ce que la justification d’une demande de régulation liée à la problématique migratoire se base sur ce principe d’absorption en lieu et place des stigmatisations arbitraires et autres théories qui n’ont pas de fondement scientifique sérieux, notamment au sein des médias. Donc pour éviter toute stigmatisation qui n'a pas lieu d'être, et par conséquent faciliter l’intégration et l’appropriation de la culture locale par les populations immigrantes, comme faire baisser les sentiments racistes et les tensions au sein d'un corps social.

Bien sûr, cette hypothèse du principe d’absorption se doit d’être validé et approfondie pour dépasser le simple stade d’hypothèse, notamment en ce qui concerne les différentes modalités de mise en place pour que l'ensemble fonctionne au sein d'un tout cohérent. Mais en l’espèce, elle apparait bien plus fondée et constructive en ce qui concerne la justification d'une régulation migratoire que ces stigmatisations aux effets délétères qui n'ont pas lieu d'être.

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Cet article est une version abrégée et adaptée du chapitre sur la problématique migratoire de mon livre en libre téléchargement sur l’étude des causes de la violence et protégé par droit d’auteur.

 


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