Pourquoi je ne suis plus socialiste et devenue libérale
par Armelle
mercredi 7 janvier 2026
En 1981, mon bulletin de vote ne m'a posé aucun problème de conscience, ni ne m'a demandé un quelconque calcul d'apothicaire, bien au contraire, et même si le climat général, après des décennies de politique conservatrice, suscitait à l'époque une envie de changement radical, mon esprit, mes attentes étaient inconditionnellement tournés vers les espoirs qu'offrait une gauche à la "Jaurès" et J'ai fêté d'ailleurs, sans doute plus que d'autres, l'avènement de ce changement sous les traits d'un François Mitterrand déterminé, prêt à changer de paradigme à travers une vision, pour moi, indiscutablement tournée vers le bien être du peuple Français, dans une forme d'ouverture d'esprit, de liberté d'expression et de justice sociale formant un projet d'avenir durable avec des objectifs capables de satisfaire les espoirs de tous.
Les premiers effets immédiats auront été à la hauteur en terme de liberté d'expression, d'ouverture d'esprit et d'abolition de principes d'un autre temps et d'une absurdité absolue, cependant il m'était difficile, voire impossible d'imaginer ce que le socialisme de long terme était en mesure d'engendrer en terme de perte de valeur et de destruction d'énergie au sein d'une communauté. Et le "comment/pourquoi" que je souhaite exposer ici n'est pas spontané de par ma nature, mais plutôt suscité par la demande de certains à souhaiter que je m'explique quant à certains de mes propos, manifestement non compris par le manque de développement qu'impose la synthétisation des commentaires...
Tout d'abord, je ne me définis pas en opposition à des personnes, mais à une vision du rôle de l’État. Si je ne suis plus socialiste, ce n’est ni par dogmatisme ni par manque de sensibilité sociale, mais parce que je suis profondément convaincue qu’un État omniprésent et interventionniste ne produit ni responsabilité, ni prospérité durable, ni véritable justice sociale.
Ma conviction de départ est simple : un État “papa” ne peut pas construire un peuple responsable.
À force de vouloir protéger les citoyens contre tout — le risque, l’échec, la contrainte, l’incertitude — l’État finit par les priver de ce qui fonde l’autonomie : la capacité de choix et l’acceptation des conséquences qui en découlent. Or, la responsabilité ne s’enseigne pas par la tutelle permanente. Comme le dit l’adage, il vaut mieux enseigner la pêche plutôt que distribuer du poisson. Et quand on analyse le profil des présidences qui se sont succédées depuis quelques décennies, nous somme autorisés à penser que ce système n'est finalement bénéfique qu'à ceux qui détiennent l'autorité, la notion de dépendance induisant une notion perverse qu'est celle de la soumisssion, une soumission permettant tout, sans aucune sanction face à un peuple docile.
Cela ne signifie pas l’abandon des plus faibles, mais une différence fondamentale de méthode. Je crois que l’émancipation passe par la liberté, le travail, l’initiative et la responsabilité individuelle, bien plus que par l’assistanat institutionnalisé. Une aide peut être nécessaire dans certaines situations, mais lorsqu’elle devient un mode de fonctionnement durable, elle engendre dépendance, frustration et perte de dignité.
Je doute également de la capacité des individus courant après le pouvoir — quels que soient les moyens employés — à rester durablement attentifs au bien-être réel de leurs concitoyens. L’expérience montre en effet une classe politique très peu exposée aux conséquences de ses propres décisions. Même lorsque les politiques publiques produisent des effets manifestement négatifs — dette, déclassement, désorganisation des services, tensions sociales — la responsabilité politique est rare, voire inexistante. L’échec est presque toujours imputé à d’autres : le contexte, la conjoncture, l’héritage, ou des boucs émissaires désignés.
Dans ce cadre, la stigmatisation des “riches” ou des “privilégiés” apparaît souvent comme une stratégie commode. Elle permet de créer un ennemi commun, d’alimenter une opposition morale simpliste et de détourner l’attention des vrais problèmes structurels. Pendant ce temps, les causes profondes restent largement non traitées, et les politiques publiques s’empilent sans cohérence ni évaluation sérieuse. Finalement, les ennemis du peuple ne sont peut-être pas là ou celui-ci les perçoit. Il perçoit la scène, les acteurs, les actes successifs mais n'a aucune idée de ce qui se passe, ou se trame plutôt, derrière l'épais rideau au sein de cet "entre-soi" opaque dont les choix et options ne sauraient être pris dans le seul intérêt des citoyens.
Sur le plan économique, je ne crois pas non plus que le keynésianisme puisse fonctionner indéfiniment. Utilisé ponctuellement, en période de crise exceptionnelle, il peut jouer un rôle d’amortisseur. Mais lorsqu’il devient un mode de gouvernance permanent — fondé sur la dépense publique, l’endettement et la relance artificielle — il finit par produire des déséquilibres durables : dette chronique, perte de compétitivité, dépendance généralisée à l’État et affaiblissement de la création de richesse. On ne peut pas éternellement consommer ce qui n’a pas été produit, sans parler de la politique de copinage, largement pratiquée avec les grandes entrepises de ce pays, lesquelles ne remplissent pas pour la plupart leur obligations ficales,voire sociales, et n'en deviennent même pas leurs "obligées" pour autant quand on constate l'absence total de retours, malgré les promesses.
Il est aujourd’hui largement documenté que l’argent des impôts est mal utilisé, dilué dans des structures lourdes, des dispositifs redondants et une bureaucratie coûteuse. Le problème n’est pas tant le niveau de prélèvement que l’absence de responsabilité, d’efficacité et de résultats mesurables. Un fait révélateur demeure : le secteur privé peut vivre sans le public ; l’inverse, non. Cela devrait nous interroger collectivement sur l’équilibre réel de notre modèle.
Je tiens également à réfuter une idée souvent implicite dans le débat public : les politiques de gauche n’ont pas le monopole du cœur, ni celui du souci de l’autre. Être libéral ne signifie ni être indifférent, ni refuser la solidarité. Cela signifie croire que la compassion, l’entraide et la responsabilité sociale sont plus efficaces lorsqu’elles s’exercent au plus près des individus — via la société civile, les associations, les initiatives locales, l’économie réelle — plutôt que par une administration centralisée et impersonnelle.
Enfin, je ne plaide pas pour l’absence d’État, mais pour un État recentré exclusivement sur ses missions régaliennes : garantir la sécurité, faire respecter le droit, rendre une justice indépendante, assurer l’égalité devant la loi et défendre le territoire, et être le garant d'une instruction solide. En dehors de ce cadre, l’intervention systématique de l’État me semble plus souvent source de déséquilibres que de solutions. A ce sujet, je vous laisse même le soin d'énumérer le nombre d'entreprises rachetées par l'étranger et dont le chef d'orchestre n'était autre que notre Mozart contemporain, et occasionnant une perte sèche monumentale de resources financières et d'emplois.
Mon positionnement est donc libéral par pragmatisme, non par idéologie. Je crois davantage en des citoyens libres, responsables et adultes, qu’en un État tentaculaire prétendant savoir mieux que chacun ce qui est bon pour lui.
Ce texte ne prétend ni clore le débat ni disqualifier d’autres sensibilités politiques. Il vise simplement à expliquer un positionnement libéral qui est le mien qui et qui est trop souvent réduit à une caricature morale. Être en désaccord avec l’interventionnisme étatique ne signifie ni l’indifférence au sort des plus fragiles, ni le refus de la solidarité, mais une divergence sur les moyens jugés les plus efficaces et les plus justes pour y parvenir.
Je suis convaincue que des personnes sincèrement attachées à la justice sociale peuvent légitimement parvenir à des conclusions différentes quant au rôle de l’État. Le cœur du débat ne réside donc pas dans les intentions — que je ne mets pas en cause — mais dans l’évaluation honnête des résultats produits par les politiques menées.
C’est dans cet esprit que ce texte est proposé : ouvrir un échange argumenté, respectueux et exigeant, où les désaccords peuvent s’exprimer sans anathème ni procès d’intention. Car une démocratie vivante ne progresse ni par l’unanimité forcée ni par la disqualification morale, mais par la confrontation des idées et l’examen critique des faits.