Poutine est-il méchant ?

par beo111
jeudi 18 septembre 2025

Giuseppe di Bella di Santa Sofia publié le mardi 16 septembre 2025 un article dans Agoravox, dans lequel il se défend de toute russophobie. Son texte, bien écrit dans une langue fluide, fait mouche. Et les débats débridés qu'il a suscités ont porté leur écume jusqu'à la section commentaires de mon modeste essai à interpréter les paroles d'un élu communiste.

Ne tournons pas autour du pot ; Guiseppe a raison : critiquer Poutine c'est critiquer Poutine. Et critiquer la Russie c'est critiquer la Russie. Les deux étant différents. Mais cela ne répond pas à la question de fond : Poutine est-il méchant ? pour le faire je vais rapidement, trop rapidement peut-être passer en revue les différents reproches que l'auteur fait à l'encontre du maître du Kremlin.

Je fais vite, en particulier avec les premiers, car je les considère comme les membres de deux familles somme toute assez contradictoires entre elles. La première a trois enfants : l'aîné s'appelle "Tsar", le cadet "Empereur", et le benjamin n'est qu'un "Jeu". Pour ne pas tronquer la pensée de l'auteur je reproduis ci-dessous les trois reproches dans leur intégralité.

Ainsi, le Président de la Fédération de Russie, "son sourire en coin et ses rêves de tsar 2.0", est "un type qui se prend pour un empereur", "un homme qui traite la Russie comme son terrain de jeu personnel". Que dire, sinon que s'il y a une personne au monde qui peut se prendre pour un Tsar 2.0, c'est bien Vladimir Poutine. Mais cela n'en fait pas pour autant, nécessairement quelqu'un de méchant.



Je vais passer un peu plus de temps sur la deuxième famille. Elle est plus nombreuse. Ainsi nous avons à faire à "un type qui s’accroche au Kremlin comme à une bouée de sauvetage", "juste un mec qui s’accroche au pouvoir comme un candidat de télé-réalité à son quart d’heure de gloire", un "héros national autoproclamé". "Poutine truque les élections", "il a envoyé des opposants croupir en Sibérie".

Fermez le ban. Tout le monde y est. Sauf le Tsar. Que l'on imagine assez difficilement s'accrocher au Kremlin comme à une bouée de sauvetage. Et sauf erreur de ma part, le quart d'heure de gloire m'a plus l'air d'un quart de siècle au pouvoir. Le héro national "autoproclamé" est tout de même régulièrement plébiscité par la population, la dernière fois avec presque 90% des voix.

Restent évidemment les suspicions de fraude électorale, mais à partir du moment où tous les partis concourants au suffrage peuvent mandater des assesseurs dans les bureaux de vote, les opposants en sont complices par leur faiblesse. Et les opposants, je ne comprends pas cette manie à vouloir les envoyer en Sibérie. Qui a des doutes sur la légitimité du Tsar ?

Après avoir vu les deux familles extrêmes pour ne pas dire extrémistes, passons à l'individu du juste milieu : "Poutine a bâti un système où la loyauté au chef est plus importante que le talent". Enfin je vais pouvoir tchatcher un peu car je trouve le sujet intéressant et bien dimensionné. Et je vous préviens tout de suite : le prochain paragraphe est le plus instructif.

Sauf que bien entendu il n'est pas de moi. La substantifique moelle en est à aller chercher dans le livre de Michel Eltchaninoff, intitulé Dans la tête de Vladimir Poutine, et dont vous aurez un aperçu dans l'entretien qu'il a accordé à La Vie des Idées en 2015. Ce spécialiste est formel : "Poutine n’est pas lui-même un intellectuel". Donc ce n'est pas lui qui va bâtir une doctrine ou un système.

Et préfère-t-il la loyauté au talent ? En politique ce n'est pas forcément une mauvaise option... On le voit d'ailleurs en France, où nombre de maires démissionnent lorsqu'ils sont mis en minorité lors du vote du budget municipal. Alors que par construction, leur liste était majoritaire au conseil. Il y a liberté de vote, oui, mais il faut réfléchir aux conséquences.

D'autre part, en ce qui concerne le talent je ne suis pas un expert bien sûr, mais vu de loin je trouve que certains ministres de Poutine sont assez talentueux. Je mentionne ici Sergeï Lavrov, dont j'avais reproduit un discours sur Agoravox. Alors ce n'est pas forcément lui qui l'avait écrit, il y a des conseillers pour ça, mais force est de constater qu'il n'y a pas que des clowns dans son équipe.

Reste "l’invasion de l’Ukraine, avec son cortège de drames". Ah cette invasion de l'Ukraine vivement que ça se termine, vous ne trouvez pas ? Et effectivement Vladimir Poutine en est responsable, c'est lui qui a donné l'ordre. Une fois que le Parlement russe a reconnu les républiques de Donetsk et Lougansk et que ces dernières ont formellement demandé l'aide militaire de la Russie.

On pourra reprocher à Poutine sa célérité bien entendu, mais franchement, si on se met à sa place, on comprend mieux. La dernière fois qu'un dirigeant russe a trop attendu avant de frapper, il en a résulté 27 millions de morts, russes et ukrainiens. Et lorsqu'on est le maître du Kremlin, il y a un moustachu auquel on a pas envie de ressembler.
 


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