Préfiguration de la poussée profasciste Pétain-Laval (1940) et De Gaulle (1958-1962) : deux échecs magistraux (1927-1931) de Maginot (42)
par Michel J. Cuny
lundi 27 octobre 2025
Nous avions quitté André Maginot sur sa défaite, le 3 novembre 1927, devant la Chambre des députés, alors que cet ancien ministre des Pensions, Primes et Allocations (janvier 1920 - janvier 1922), puis ministre de la Guerre et des Pensions (janvier 1922 - juin 1924), se trouvait en passe de devenir ministre des Colonies le 11 novembre 1928, et s’évertuait à prôner une transgression de l’article 14 de la loi constitutionnelle de 1875 pour obtenir le maintien en prison du député communiste et directeur du journal L’Humanité, André Cachin, durant la session parlementaire qui venait de reprendre…
Trois ans et quarante jours plus tard, c’est-à-dire lors de la séance de la Chambre des députés du 15 janvier 1931, une situation pratiquement identique revient dans l’actualité, et, une nouvelle fois, André Maginot n’est plus que député… alors qu’il était resté ministre de la Guerre jusqu’au 4 décembre 1930 et qu’il s’apprêtait à le redevenir le 27 janvier 1931…
Nous reprenons le fil des débats parlementaires en cours sous la présidence de Fernand Bouisson…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6427945k/f1.image.zoom
La parole est au directeur de L’Humanité…
Marcel Cachin.
« M. André Marty qui a déjà accompli près de huit années d’emprisonnement politique ne doit terminer sa peine actuelle qu’en février 1932, à la veille même des élections.
M. Jacques Duclos est dans une situation pénale encore plus grave. » (page 24)
« Tous les partis de cette Chambre protestent de leur respect pour le suffrage universel, pierre angulaire, dit-on, du présent régime démocratique. Mais, lorsqu’on empêche de siéger, pendant toute une législature, deux élus choisis par le suffrage universel, on commet un attentat certain contre la volonté populaire que l’on prétend respecter.
Messieurs, pour quelle raison nos deux camarades ont-ils été frappés de lourdes années de prison ? Pour avoir élevé, au nom de leur parti et de leurs mandants, des protestations motivées au sujet de la préparation de la guerre dont l’éventualité se rapproche et plus particulièrement au sujet des préparatifs militaires contre l’Union soviétique.
Or, depuis qu’ils ont été condamnés, les périls qu’ils dénoncèrent n’ont fait que s’aggraver et se sont précisés. » (page 24)
« Voilà ce que nous vous proposons ; je dépose, en même temps, sur le bureau de la Chambre, une proposition de résolution ainsi conçue :
« La Chambre décide de mettre immédiatement à son ordre du jour le question de la libération de tous les détenus civils, militaires et marins de France et des colonies qui ont été incarcérés pour des motifs politiques. »
M. Gaston Bergery. (radical-socialiste)
« L’article 13 [de la loi de 1875] est ainsi rédigé :
« Aucun membre de l’une ou de l’autre Chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. »
L’article 14, alinéa 1er :
« Aucun membre de l’une ou de l’autre Chambre ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de la Chambre dont il fait partie, sauf le cas de flagrant délit. »
Enfin l’alinéa 2 de l’article 14 [donné en début d’intervention et que je (MJC) donne ici…]
« La détention ou la poursuite d’un membre de l’une ou de l’autre Chambre est suspendu pendant la session et pour toute sa durée si la Chambre le requiert. » (page 25,)
M. André Maginot.
« Messieurs, les gouvernements dont j’ai eu l’honneur de faire partie ont pris nettement position contre l’amnistie de MM. Duclos et Marty.
J’entends, pour ma part, rester fidèle à la position qu’ils ont prise. » (page 26)
« Un ministre de l’intérieur, qui fait aujourd’hui partie du Gouvernement, a, dans un discours qui a eu quelque retentissement, déclaré : « Le communisme, c’est l’ennemi. » » (page 26)
« Les collègues communistes dont il s’agit ont été condamnés pour de nombreux faits de propagande antimilitariste.
Ce sont de ces agitateurs qui, sans aucun risque et sans aucun danger cherchent à susciter la désobéissance et l’indiscipline chez nos soldats et les font condamner par les tribunaux militaires.
Vous ne pouvez accepter que les députés communistes soient amnistiés quand les soldats victimes de leurs excitations continuent à subir leur peine.
J’estime qu’à l’heure présente, le devoir d’un Gouvernement est de tout faire pour empêcher que la propagande communiste continue à sévir dans l’armée. » (page 26)
M. le président.
« Voici le résultat du dépouillement du scrutin vérifié sur la proposition de résolution de M. Cachin et plusieurs de ses collègues :
Nombre de votants…… 528
Majorité absolue……… 265
Pour l’adoption……….. 270
Contre………………… 258
La Chambre a adopté. » (page 32)
Et monsieur André Maginot aura été, une seconde fois, désavoué, par la représentation nationale, dans ses options violant la loi constitutionnelle.
Bien sûr, on ne peut manquer de voir, dans son comportement politique, une préfiguration du De Gaulle de 1962…
N.B. Pour voir dans quel cadre général se range le présent travail, veuillez suivre ce lien…
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny