« Prendre soin » de la relation : pour dire NON à la maltraitance
par jeseme33
jeudi 18 octobre 2007
Il est beaucoup question en ce moment de la « maltraitance » envers les personnes âgées (et les handicapés), en résidence ou à domicile... et certaines expressions qui auraient attiré un sourire condescendant avant la canicule ressurgissent dans le vocabulaire (de nos hommes politiques, de nos journalistes, de notre corps médical...). « La tendresse peut aussi soigner » nous dit « le Parisien » du 5 septembre dernier.
Au-delà des violences volontaires infligées à nos aînés vulnérables que l’on reconnaît statistiquement peu nombreuses, c’est tout un ensemble de négligences « actives ou passives », et de comportements « objetisant » (on ne regarde plus l’aîné, mais on le surveille, on le lui cause plus, mais on lui dit ce qu’il doit faire, on ne le caresse plus, mais on lui fait sa toilette, on ne l’écoute plus, mais on lui demande de s’adapter à nos contraintes...) qui se voient englobés dans la notion de « maltraitance ».
Cette interpellation concerne tout le monde, et pas seulement les équipes professionnellement mandatées pour l’accompagnement des personnes âgées, dont on sait parfois le manque de temps, de moyens, de formation et de considération.
Si l’on regarde autour de nous, n’est-ce pas aussi des négligences « actives et passives » dont souffrent les couples qui partent à vau-l’eau ? Que commettent les responsables maladroits dans leur management d’équipe ? Les vendeurs peu amènes ? Les automobilistes irascibles ? Qu’évoquent les employés démotivés ? Les chômeurs désabusés ? Les usagers compressés dans le métro ? Au bout du compte, chacun, sans forcément oser l’exprimer, se trouve tour à tour maltraité et maltraitant !
Il est temps pour chacun de s’interroger sur ses propres aptitudes à la « bienveillance » qui se traduit en actes par des comportements volontaires de « bientraitance ».
Seulement voilà : avoir le souci de l’Autre, l’écouter vraiment, le regarder chaleureusement, l’accueillir sans le juger, s’intéresser à son point de vue, ne pas chercher à prendre le pouvoir sur lui... Bref traiter l’Autre avec bienveillance et respect ne fait pas partie des acquisitions scolaires ni des valeurs phares de notre société. C’est tout simplement l’essence même de la relation qui est tombée en désuétude ! Ce qui fonde notre HUMANITE, les sentiments qui nous élèvent... qu’on est prié de laisser à la porte de l’entreprise.
Mais en compensation, on fait des stages de « communication », de « prise de parole » pour réussir à faire passer des messages, apprendre des « techniques » dont l’humain est absent.
Pire : ironie et ricanement sarcastique sont devenus l’emblème des « homo rictus » lesquels, en déni de leurs propres émotions humaines, « maltraitent » celles des autres avec condescendance...
Faut-il donc que des lois soient votées pour nous inciter à ré-investir la relation à nos aînés « en désaffection » ?
Qu’est-ce qui nous empêche, individuellement, là maintenant ! tout de suite ! et pour de bon ! de choisir de « prendre soin » de l’Autre dans toutes nos relations, d’aller à sa rencontre le regard bienveillant, l’autre qui, comme nous, se sent tellement mieux lorsqu’il est accueilli chaleureusement et sans jugement ?
« On a plus à perdre à la méfiance qu’à la confiance ».