Présidentielles : quel chef comme chef d’Etat ?
par Marcel MONIN
jeudi 25 novembre 2021
Présidentielles : quel chef comme chef d’Etat ?
Il est intéressant de constater qu’à quelques mois des élections présidentielles des questions (plus que graves) surgissent, qui existent depuis longtemps. Et qui font se poser la question : Au delà de ses discours justificatifs, qu’est-ce que l’équipe au pouvoir a fait depuis cinq ans pour qu’on en soit toujours où on en est ?
Avec de Gaulle aux commandes, la manière dont la France était gérée à son époque, était très différente ( à tous les niveaux) de celle qui s’est installée avec ses successeurs, spécialement aujourd’hui. Avec des situations de fait devenues « surréalistes ».
Jadis, il y avait des choses qui ne se faisaient pas, des choses que certains n’osaient pas faire, et d’autres qui ne se disaient pas. Aujourd’hui, … « ça part dans tous les sens ».
Ce qui indique que de Gaulle n’a pas été remplacé par le même genre de « catalyseurs » (1).
Que faire ?
C’est une question à laquelle les spécialistes de science politique ou de droit constitutionnel ne pensent généralement pas (2)
Risquons nous à la réflexion. En nous inspirant de ce qui existe (par exemple dans la Gendarmerie où il faut réussir certains tests psychologiques pour l’intégrer ; par exemple dans les entretiens d’embauche où l’on cherche à savoir ce que le candidat « a dans le coffre » spécialement quand il candidate à un poste de commandement dans l’entreprise).
Pourquoi ne pas transposer cette précaution (mutatis mutandis) pour le recrutement des candidats à certaines fonctions de commandement accessibles par l’élection ? En commençant par les candidats à la présidence de la République. Pour voir si les lesdits candidats sont capables de prendre des initiatives, de s’entourer convenablement (2) , et de mobiliser les énergies.
Il paraît certes inopportun de mettre une condition d’éligibilité entre les mains de psychiatres ou de psychologues. Lesquels peuvent avoir, comme certains spécialistes médiatiques des médicaments, des convictions ou des opinions qu’ils pourraient prendre et faire prendre pour des vérités scientifiques.
Mais on pourrait exiger des candidats (3) à la présidence de la République, qu’ils publient à titre d’information des électeurs - outre leurs liens d’intérêts et leur CV complet ( lequel peut comporter des informations … prémonitoires ) - , un ou plusieurs diagnostics de spécialistes (désignés par exemple par le Conseil constitutionnel à partir d’une liste proposée par les professions concernées) (4).
Pour qu’avant de voter, les citoyens puissent, au delà des techniques de séduction mises en œuvre par les candidats, disposer, avant que ce ne soit trop tard (2) d’informations sur la personnalité de ces derniers, et, par voie de conséquence, un peu sur … ce qui les attend (5).
Marcel-M. MONIN
m. de conf. hon. des universités
(1) Les chefs sont en effet des sortes de « catalyseurs ». Exemple : Dans tel collège, on a un corps enseignant composé … d’êtres humains, avec leurs qualités et leurs défauts … propres à l’espèce. Avec eux, l’établissement a bonne « réputation » et les parents se battent pour y faire inscrire leur progéniture. Et puis un jour, les mêmes enseignants arrivent en retard, traitent les enfants par dessus la jambe ou se couchent devant les « délires » de certains parents (spécialement quand les professeurs ressentent qu’il vaut mieux « s’écraser ») … etc… Que s’est-il passé ? C’est simple : un nouveau chef d’établissement a remplacé celui ( le « bon ») qui a pris sa retraite… La réputation de l’établissement dégringole, les parents qui savent que le nouveau principal est en poste pour des années, exfiltrent leurs enfants. Pourtant ce sont les mêmes personnes qui sont en poste … sauf le chef d’établissement. NB. On observe le même phénomène dans l’autre sens : un établissement mal considéré acquière une bonne réputation après que le chef d’établissement a changé.
Quant aux catalyseurs de la mauvaise catégorie, ils compensent souvent leur manque d’autorité naturelle par de « l’autoritarisme » (« c’est moi le chef, donc je sais tout et j’ai raison, donc vous allez me marquer votre respect et m’obéir ou je vous flanque une sanction »). Et sont enclins, par voie de conséquence, à s’entourer d’adjoints ne leur portant pas ombrage. Avec les conséquences en chaîne que l’on ne peut que redouter ou déplorer. https://twitter.com/sudradio/status/1216743690703687690 .
(2) Mais dans la campagne pour les élections présidentielles de 2022, l’argument est utilisé (par ceux qui y ont intérêt) : « Untel n’a pas les qualités pour être président… ». L’ouvrage « Le traite et le néant » ( Frédéric Lhomme et Gérard Davet, Fayard) fait état de traits psychologiques d’E. Macron et de F. Hollande ( « trop faible … pour virer Macron »).
(3) Nous ne parlons nullement d’E. Macron. Qui n’est d’ailleurs pas spécialement visé dans cette proposition. Surtout que dans notre conception d’un fonctionnement correct ou meilleur des institutions, E. Macron serait inéligible. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/e-macron-et-l-auto-entreprenariat-237262 .
(4) Un débat pourrait être ouvert sur l’éventuelle obligation d’informer également de son état de santé. Quand la maladie d’un président l’empêche au bout d’un certain temps d’exercer normalement ses fonctions, l’exercice du pouvoir peut tomber dans les mains de personnes qui, elles, n’ont pas le même statut. Dans ce cas, les dispositions sur la destitution ( art 68 de la constitution) sont inadaptées. Et les dispositions sur la vacance ( art. 7) sont difficiles ( en fait et en droit) à mettre en œuvre https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-empechement-du-president-de-la-223824
(5) Etant entendu que les règles de Maastricht limitent singulièrement les domaines dans lesquels le chef de l’Etat peut être … un chef de plein exercice. Comme le chef d’établissement scolaire (v. ci-dessus) lorsqu’il est « tenu » par ce qui lui est « supérieur ». Par exemple, lorsque le recteur se tient prêt à le désavouer en cas de « vagues ».