Principe de précaution et refus du risque : la décadence
par Marc Bruxman
jeudi 9 août 2007
Lorsqu’il arrivait une crasse à ma grand-mère, elle avait l’habitude de dire « c’est la volonté de Dieu ». Bien que non-croyant et pas très fan de cette explication irrationnelle, je dois reconnaître qu’elle était toujours préférable au comportement qui monte actuellement : le refus du risque et le principe de précaution. Voici pourquoi.
La société occidentale accepte de moins en moins le risque. Depuis que nous ne croyons plus en Dieu, les gens se sont mis à croire qu’ils pouvaient tout expliquer, tout faire et que derrière chaque malheur, il y a un coupable. L’obsession de notre société n’est plus de créer de nouvelles choses ou d’aller plus loin, mais de diminuer les risques. Les preuves en sont nombreuses, des plus anodines aux plus graves :
- on ne doit pas fumer ou boire parce que cela tue. Pourtant, l’homme consomme des drogues diverses depuis la nuit des temps ;
- on ne doit plus rouler vite parce que l’on peut tuer. Heureusement que nos ancêtres n’y ont pas pensé en 1929, on roulerait encore à 30 km/h ;
- lorsque il y a un désastre causant des morts, il faut un responsable à mettre en prison. Il ne vient à l’idée de personne qu’un désastre technique puisse être simplement dû à notre maîtrise imparfaite de la nature ;
- le principe même de mettre des gens en prison pour homicide "involontaire" montre bien que l’on cherche un responsable à punir pour tout événement alors que si la mort est involontaire, le fait d’avoir tué est pour tout être humain déjà sûrement difficile à vivre ;
- et enfin, le principe de précaution, vaste fumisterie que Chirac a porté à la constitution vise à décourager les gens d’agir, à institutionaliser le statu quo.
Parallèlement à cette grippe immobiliste qui frappe la société occidentale, on s’étonne de voir émerger des pays qui n’appliquent pas ces principes. Eh oui, ni la Chine ni l’Inde ne sont paralysés par la peur de mal faire. Et à force, notre belle société occidentale pourrait bien être occupée à chercher un coupable pour son déclin ! Accusera-t-on les Chinois ou accusera-t-on tous nos politiques qui par simplicité ont poussé les gens à n’avoir envie de rien et à ne pas tenter de réussir ? Malheureusement, je suis prêt à parier que nos amis chinois risquent d’être accusés à notre place.
Car le problème peut se résumer en quelques questions :
- serions-nous allés sur la Lune si on avait appliqué le principe de précaution ? La réponse est non. Tout le monde savait que les astronautes pouvaient mourir et c’est justement pour cela qu’ils sont revenus en héros ;
- aurait-on découvert l’Amérique avec ce même principe ? Sûrement pas ! Pourquoi prendre la mer ? On peut y mourir ! ;
- aurait-on des transports modernes ? Non, les transports, ça va vite et ça peut tuer.
Et pourra-t-on imposer au monde entier le principe de précaution ? Bien sûr que non ! Alors la conclusion est claire. Les sociétés qui sont curieuses vont avancer et découvrir de nouvelles choses. Les autres vont sombrer dans une torpeur absolue. Car les échecs successifs accumulés pour faute d’immobilisme vont entraîner la société à se fermer plus encore. Regardez les délocalisations, on accuse les politiques, les Chinois, les capitalistes... Et on ne s’est jamais dit qu’on en était peut-être les premiers responsables !
Il faut sortir de cette culture de la médiocrité ou le seul horizon que se donne certains est une petite vie pépère et sans saveur. Dans la société actuelle, il faut au contraire valoriser ceux qui prennent des risques et ne pas considérer que tout accident a forcément un coupable à mettre en prison. Tout au contraire, c’est l’inactivité qui devrait être fortement découragée car quelqu’un qui cherche juste à mener une vie tranquille et sans risque est souvent plus un poids qu’une chance pour la société.
Plus que toutes les réformes gouvernementales, c’est en redonnant aux Français l’envie de créer sans la peur de l’échec que l’on sortira la France de la sinistrose.