Prix Charlemagne, Macron et Le Royaume d’Illusion
par semhad
vendredi 11 mai 2018
Il est coutume de dire que les rois de France ont été sacrés à Reims, en effet, depuis Pepin III dit Lebref sacré en 751, la légitimation des rois de France dit rois de « droit divin » était entérinée par un ultime acte de bénédiction de l'église. Louis Ier le Pieux fut le premier sacré par le pape Étienne IV à l’église de Reims en 814 et Charles X le dernier au même endroit en 1830. La ville et son monument religieux se sont imposés dans la mémoire populaire et collective comme le lieu historique de ce rituel.
Depuis, les héritiers de la révolution de 1781 ont peu à peu décapé le vernis religieux qui déguise le pouvoir des hommes. Le mouvement fus accéléré après la chute de Napoléon III mais il a fallu attendre l’avènement de la troisième république pour que le sacre du pouvoir de la laïcité soit proclamé en 1901 avec la loi de séparation des églises et de l’état fortement impulsée par le courant Franc-maçon. Aujourd’hui, l’affichage ostentatoire d’héraldiques célestes, signe de confusion entre le pouvoir temporel et intemporel est un lointain souvenir d’une époque révolue. Nul, même les derniers royalistes ne conçoivent revenir un jour à de telles pratiques pour honorer un président de la république ni d’ailleurs quelque représentant institutionnel qu'il soit de l’état. Mais comme le disait Mark Twain : "history doesn't repeat itself but it does rhyme", traduit en Français : « l’histoire ne se répète pas mais bégaie », Il fallait attendre ce jeudi 10 mai 2018, pour assister à une curieuse cérémonie se déroulant en Allemagne dont le président Français Emmanuel Macron était le principal acteur et qui m’a fait pensé à une cérémonie du sacre des rois. Ma pensée fut confirmée en consultant en ligne les presses écrites françaises et allemandes pour en savoir d’avantage, même le sérieux magazine économique, conservateur et au relents euro-sceptiques FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG affichant à sa une de couverture le portrait du président français grimé en roi, arborant une couronne aux couleurs de l’Europe, le regard fier tel un monarque assumé et avec comme titre « Europas neuer Anführer » ou « Le nouveau leader européen » rien que ça ! En effet, aujourd’hui c’est la date de la cérémonie de récompense du Prix Charlemagne qui est décerné chaque année à une personnalité œuvrant pour l’Europe, le président Français étant l’heureux gagnant de cette édition.
Même si cette cérémonie ne s'est pas déroulée à Reims mais à Aix Lachapelle et qu'elle n'est pas destinée aux uniques descendants des sujets de roi de la Françie occidentale mais à tous les sujets de l’Union Européenne, elle s'est bien déroulée dans une église. Une messe à l'honneur du nouveau lauréat précédée par des champs religieux a été donnée, ensuite le président français a donné un nième discours décrivant sa vision pour l’Europe sous les regards presque sublimés de la foule de technocrates et autres officiels de l’union européenne, bienveillants du corps religieux et un peu lassé de la chancelière Allemande.
Quant au prix lui même, il s'appelle en réalité "Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle" ou « Karlspreise », il est décerné tous les ans le jeudi de l'Ascension. L’initiateur est un allemand : Dr. Kurt Pfeiffer qui, tirant parti de la fête de Noël et de l’Année sainte proclamée par le pape en 1950, proposa un prix à décerner chaque année "récompensant la contribution la plus précieuse pour l’entente en Europe de l’Ouest ". Parmi les anciens lauréats se trouve des personnalités diverses certaines dont on peut se souvenir objectivement de leurs engagements en faveur de la construction européenne comme le couple Mitterrand-Khol, l’ex-président français VGE ou l’ex-président de la commission européenne Jacques Delors. D’autres, de simples technocrates de Bruxelles parfois controversés comme l’actuel président de la commission européenne Jean-Claude Juncker, l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet ou l’ancien président du conseil européen Herman Van Rompuy dont objectivement personne ne se souvient de « sa contribution précieuse pour l’entente de l’Europe de l’ouest ». A l’inverse, des personnalités dont on peut dire sans polémique qu’elles n’ont pas vraiment contribuées à « l’entente précieuse » entre les citoyens d’Europe mais qu’à l’inverse ont poussé à la « mésentente ». Je prends comme exemple l’ancien ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, primé lauréat de ce prix au pire moment de la crise des dettes souveraines en 2012 et dont les peuples des pays dit périphériques se souviennent de la potion amère qu’il leurs a affligée comme seul remède de sortie de la crise, les jetant dans la mains du FMI et des technocrates de la banque centrale européennes et favorisant au passage l’émergence de mouvements d’extrême droite comme Aube d’orée en Grèce (On se souvient tous des affiches de la chancelière allemande grimée en Hitler dans les cortèges de manifestants anti-austérité dans les rues d’Athènes.) ou l’actuel alliance improbable qui se forme en Italie entre les extrémistes-indépendantistes de la Ligua Nord et le mouvement anarchiste populiste 5-étoiles. Ces mouvements ne sont pas vraiment favorables à l’entente entre les peuples d’Europe ni avec les peuples dehors de l’Europe d’ailleurs. Pour compléter la liste, je cite les deux souverains pontifes Jean-Paul II primé en 2004 et l’actuel pape François primé en 2016 et en dernier deux officiels américains : le sulfureux secrétaire d’état pendant la guerre du Vietnam Henri Kissinger et l’ex-président américain Bill Clinton, certainement tous les deux convaincus de l’importance de la construction européenne pour les États Unis.
A la fin du discours, tel un nouveau monarque ou un pape, du haut du balcon de l’édifice religieux, le nouveau lauréat est sorti saluer une foule acquise à sa cause, le lieu n’a pas été décoré de fleurs de lys mais fleurissent partout et dans la main des personnes présentes des banderoles et des ballons aux couleurs du drapeau de la sainte vierge aux étoiles d'ors qui on le rappelle est accessoirement celui de l’union européenne. Seul tache dans ce tableau idyllique, une manifestation d’un petit groupe d'écolo pour la sortie du nucléaire civil.
Sans forcément vouloir recourir à la caricature ou mettre en cause la volonté réelle du président français de faire avancer l’Europe dans un sens positif, je constate qu’en dehors de cette mise en scène, il n’a pas de réel pouvoir. Si lui et l'élite qui l’entourent pensent qu'il est le roi d'Europe, tout observateur aguerri de la scène européenne observe dans les faits que le vrai régent de l’Europe, ainsi verrouillée par les traités qui la régissent, est sans conteste la chancelière allemande. Cette dernière n’est pas prête à en changer un iota sa ligne de conduite. Pour preuve et au cours de ce jour d’entente cordiale, elle a encore une fois marquée son désaccord avec le nouveau souverain quand au sujet d’une intégration budgétaire et politique plus poussée entre les pays de la zone-euro.
Quant au timing, cette date, elle ne peut pas tomber plus mal pour le président français, deux jours auparavant, le président américain avait annoncé la décision unilatérale de son pays de sortir de l’accord sur le nucléaire Iranien. Cette décision intervient quelques jours seulement après le voyage en grande pompe et très commenté du président français à Washington. Au cours duquel, il n’a pas ménagé ses efforts et donné de sa personne dans le but de convaincre le président Trump de ne pas sortir et de l’accord Iranien sur le nucléaire et de celui de Paris sur le climat. D'ailleurs, le président Français a été applaudit par le congrès, encensé par la presse outre-Atlantique avec des superlatifs flatteurs : « Président du monde libre », « président du libre-échange » et la France qualifiée de « nouveau pays allié le plus fidèle des États-Unis ». Mais aussitôt parti, le président a été aussitôt désavoué par son hôte qui a tout d’abord utilisé la tragédie du 13 Novembre 2015 qui s’est déroulé à Paris pour justifier le libre port d’arme dans son propre pays avant d’annoncer ensuite sa décision sur l’Iran. Aujourd’hui et à cause de cette décision, concrètement les intérêts des entreprises françaises en Iran se trouvent compromis, les milliards d’euro investis dans ce pays vont être passés par perte et profils. Les menaces de sanctions américaines sont en effet ultra-dissuasives et pèsent sur ces entreprises si d'aventure elle s'adonneraient à un commerce avec ce pays désormais bannis par l’administration US, d’ailleurs, le message a été reçu 5/5 par ces dernières depuis que la banque BNP-Paribas a été condamnée à payer prés de neufs milliards d'euro en 2014 à la justice américaine en plus d’une interdiction de compenser le dollar pendant une certaine période à cause d’un commerce avec le Soudan pays justement sous sanctions américaines jusqu’à aujourd’hui.
Je crains que cette fois encore, l’histoire va rimer avec désaveux pour Emmanuel Macron. Les dirigeants de ce monde ont compris que flatter le jeune président français et lui procurer de belles images de gloire un instant suffisent à nourrir son narcissisme jupitérien. Dans les fais, il est peut être aimé par ces leaders, sa jeunesse lui procure certainement un capital sympathie de la part de ces derniers mais force de constater que rien de concret ne suit dernière et ne permets de dire qu’il arrive à obtenir la moindre concession à ses demandes et défendre les intérêts de citoyens et des entreprises françaises conformément à son mandat. On se pose vraiment la question s’il a toujours en tête qu’un pays n’a pas d’amis, n’a pas d’ennemis, mais a seulement des intérêts.
User uniquement du jeu de séduction pour convaincre ne suffit pas et c’est là la limite de l’exercice. Cette méthode ne marche guère surtout dans la situation du monde actuel caractérisé par des replis nationaux puissants et des tentatives de protectionnismes ou chacun est conscient de son pouvoir. L’influence réelle d’un pays est marginale si ce dernier ne présente en face de ses demandes des mesures de rétorsions ou d’échanges crédibles. Mais toutes demande, avant d’être formulée, doit être bien pesée et étudiée quand a ses chances d’aboutir sinon elle ne doit pas être émise.
Croire qu’on peut changer avec sa seule volonté l’Europe contre l’avis de ses partenaires est une erreur, qu’on peut influencer grâce à une prétendue complicité ou une posture d’entêtement les décisions géopolitiques des États Unis est illusoire, qu’on peut attirer les riches consommateurs et investisseurs de la planète avec seulement un discours favorable à ces derniers et un autre méprisant des classes moyennes et défavorisées tout en laissant une dépense publique à un niveau parmi les plus élevés du monde est simplement naïf. Le risque de cette fuite en avant est d’abimer durablement la crédibilité du pays.
Le président français est franchement atteint par la folie de grandeurs, un an après son élection, ses décisions semblent être toujours guidées par plus de l’euphorie que le réalisme. Je ne dis pas qu’en réalité, la France ne possède pas des atouts dans le monde d’aujourd’hui, en effet des leviers existent. Malheureusement les politiques actuelles tournent le dos aux véritables alliées qui n’ont comme choix que de se tourner à leurs tours vers d’autres puissances qui les accueillent à bras ouverts pour construire et consolider leurs propres sphères d’influences.
Ces leviers ne sont certainement pas limités dans des territoires ou dans la seule puissance économique, ils se trouvent dans l’histoire commune, dans la francophonie, dans les continents aussi en dehors de l’Europe et des États Unis. Le contient Africain, pas si lointains avec qui nous avons des intérêts communs de Co-développement, une langue commune qui est un vecteur d’influence. Ce contient présente un espoir par une croissance durable pour des populations en constante augmentation. On pourra l’accompagner pour prévenir l'immigration non maitrisées et bénéficier à la croissance des entreprises locales et françaises. Les conséquences des dérèglements climatiques, les problèmes de chocs des civilisations et de la stigmatisation des différences que ça soient ethniques ou religieuses sont des défis de demain. Les opportunités ne sont pas seulement existantes mais leurs potentiels sont grandissants, il ne faut pas insulter l’avenir, qui aurait parié sur la montée en puissance de la chine communiste il y a 30 années ? sur le Japon post deuxième guerre mondiale il y une cinquantaine d’année ? De l’inde surpeuplé il y a moins de 20 ans ?
En se sacrant dans une église roi d’Europe, entourée de pays hostiles à ses propositions, le président français, montre sa nostalgie pour la monarchie, une monarchie enfermé dans l’illusion d’union artificielle entre pays aux intérêt divergents, une monarchie inexistante car composée de peuples si différents, une monarchie sans réel pouvoir coordonnée, juste un milieu de l’entre soit, flatteur mais sans intérêt, un roi factice mais flatté, comme le disait Lafontaine « Tout flatteur vie au dépend de celui qui l’écoute » Macron est aujourd’hui sacré roi d’une illusion.