Proche Orient, en route pour le chaos ?
par Henri Diacono
lundi 16 mars 2009
Tout le laisse supposer. Trois évènements très récents, survenus en Palestine, Israël et Washington, laisseraient en effet supposer que la tension dans cette région du monde monte d’un seul coup de plusieurs crans.
Le plus surprenant et le plus menaçant de ces évènements est venu de Tel Aviv, dans la nuit de dimanche à lundi. Une porte parole du Likoud de Netanyahu annonçait la signature d’une coalition avec le parti d’extrême droite Israël Beiteinou. Rien de bien nouveau. Il fallait s’attendre à une telle alliance dès lors que le rapprochement avec le centre s’était avéré impossible.
La menace vient du partage des pouvoirs dans cette coalition tel que l’a décrit la porte parole, Miri Rheiman, et tel qu’il a été diffusé lundi par les agences de presse internationales. « Aux termes de cet accord, Israël Beitenou va obtenir le ministère des Affaires étrangères, qui doit revenir au chef de ce parti Avigdor Lieberman, ainsi que les portefeuilles de la Sécurité intérieure, des Infrastructures, du Tourisme et de l’Intégration (des nouveaux immigrants), a ajouté la porte-parole. » révèle ainsi l’AFP.
Avigdor Lieberman, anti-arabe viscéral, se retrouve ainsi chef de la diplomatie israélienne et son parti, excusez du peu, obtient en outre trois autres portefeuilles-clés. Cette distribution « extrémisme de droite » laisse présager que les éventuels accords de paix avec les palestiniens du Hamas et du Fatah auront du plomb dans l’aile, et pour longtemps, que la Palestine en tant qu’Etat ne verra jamais le jour, et que la colonisation de la Cisjordanie se poursuivra à marche forcée.
Ce n’est pas tout. Les quatre autres formations, qui devraient également entrer dans la future coalition et qui comptent au total 23 députés, sont toutes ultras nationalistes ou orthodoxes. « Selon la radio publique, M. Netanyahu espère signer d’autres accords de coalitions avec ces partis dans les prochains jours et présenter son gouvernement jeudi pour obtenir l’investiture du parlement » dixit l’AFP.
Pour leur part, les palestiniens du Fatah et du Hamas mettent du temps à se mettre d’accord sur la plate-forme d’une union politique en Egypte qui accueille leur dialogue et enfin du côté des Etats Unis, Charles Freeman, un diplomate chevronné, qui avait été choisi par l’administration Obama pour occuper le poste de « principal analyste des services de renseignements américains (National Intelligence Council), s’est désisté récemment, accusant le lobby israélien de diffamation à son égard et de vouloir « empêcher l’opinion ou le gouvernement américains d’examiner toute option politique opposée au Moyen Orient à la faction au pouvoir en Israël, permettant à celle-ci d’adopter et de maintenir des politiques qui, à terme, menacent les Etats Unis et Israël. »
Dès lors quelques questions sont en droit d’être posées. La plus importante est sans nul doute l’attitude actuelle des Etats Unis. La récente coalition israélienne n’est-elle pas destinée à « prendre de vitesse » la diplomatie US ? Quelle est d’autre part la réaction de celle-ci devant les déclarations de Freeman quant à l’intrusion du lobby juif américain dans la politique moyen orientale des USA ? Côté européen, français notamment, quelle sera la ou les réactions vis-à-vis du virage « ultra nationaliste » pris par Israël ? Le Président d’Israël enfin, Shimon Pérez, homme de gauche, co-auteur des accords (défunts) d’Oslo acceptera-t-il un tel gouvernement pour son pays ? Si ces questions demeuraient sans réponse alors, oui, le chaos ferait très vite place à l’horreur.