Protectionnisme, autarcie et autonomie

par Christophe Bugeau
mardi 10 septembre 2013

Une étude du CEPII publiée cette été est passé quasi-inaperçue, elle met en avant la perte de pouvoir d’achat que représenterait pour les ménages français, la fabrication dans notre pays des produits de consommation que nous importons désormais massivement. Mais cette étude à charge ne prend pas en compte les emplois créés par cette substitution aux importations ! 

Cette étude (http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2013/let333.pdf) « not made in France » souligne que nos concitoyens perdraient une part significative de leur pouvoir d’achat, de l’ordre de 100 à 300 euros par mois et par ménage (pour être exact 1270 € à 3770 € par an). Mais il balaie d’un revers de la main, les emplois qu’une relocalisation permettrait et l’effet d’entraînement sur l’économie car les gains seraient « faibles » du fait de la robotisation dans l’industrie.

Il faut tout d’abord souligner que cette étude se base uniquement sur la doxa libérale : le commerce international, « c’est bien » car cela permet à chaque pays de se spécialiser sur ses meilleurs secteurs d’activités et de développer l’amitié entre les peuples et la paix mondiale !

En réalité, les pays développés n’ont plus aucun secteur industriel à l’abri de la concurrence et sur lesquels ils auraient des points forts, car celle-ci ne se fait plus que sur les salaires qui restent bas dans les pays en développement alors que les niveaux d’éducation ont fortement montés.

Le protectionnisme devient alors le seul moyen de se défendre d’une concurrence « inégale » et difficile à maintenir au long terme, car une balance commerciale fortement déficitaire cela signifie que vos fournisseurs vous font éternellement crédit. (voir http://www.christophebugeau.fr ).

Qui peut croire sérieusement que les chinois pour leurs produits industriels ou les saoudiens pour leur pétrole nous ferons crédit ad vitam aeternam ?

Mais les libéraux rétorquent alors que vous êtes de méchantes gens qui veulent se replier sur eux-mêmes et mettre en place une économie autarcique !

Il n’en est rien : les partisans du protectionnisme veulent avant tout recréer de l’emploi industriel (plusieurs centaines de milliers au bas mot !). Et cette relance de la machine aura un effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Cela permettra de répartir sur un plus grand nombre de personnes, les charges sociales et les impôts et de diminuer les dépenses sociales pour les chômeurs.

Résultat : la perte de pouvoir d’achat sera au moins en partie compensée par les diminutions possibles des contributions de chacun. Sachant de surcroît, que les importateurs et les grandes surfaces font de considérables marges en important de l’étranger et qu’elles seraient amenées à les réduire dans ce cas de figure.

Alors oui, avoir un minimum « d’autonomie » dans certains secteurs essentiels (les médicaments par exemple : le Lévothyrox dont on craint la pénurie pour les malades de la thyroïde concerne potentiellement 3 millions de français) est une stratégie nécessaire.

Au vue des attaques croissantes de pirates et des tensions croissantes au moyen-orient qui nous assure que nos vêtements ou nos frigos arriveront toujours à bon port ?

Il ne s’agit pas d’être contre le commerce international, mais de rappeler que celui-ci est une activité complémentaire de notre économie dont le but premier doit être de satisfaire les besoins essentiels de notre population.

Qui se souvient parmi les libre-échangistes que le Japon a un taux d’importation de 10 % et la France de 27 % ?

Notre pays doit avant tout se doter d’une vraie stratégie de long terme et non laisser aller les choses au fil de l’eau !   


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