Que devient le ringard ?
par Grégoire Duhamel
mercredi 29 octobre 2014
On l'a presque perdu de vue, mais il est censé être là.
Il y a quelques semaines, les chaînes d’info continue retransmettaient pieusement chaque intervention du mari de Carla, comme autant de messes christiques. Aujourd’hui plus rien, ou quelques secondes vite expédiées entre deux débats sur le budget. Sarkozy l’a compris : « Ma campagne, heureusement qu'elle marche mal, parce que, quelle salle aurais-je dû prendre si elle marchait bien ? » ou encore à Nice : « On dit que j'ai du mal dans cette campagne… C'est vrai que j'ai du mal à trouver des salles assez grandes. »
Malgré ces mâles déclarations, le retour manifestement raté du matamore inquiète jusqu’à ses plus fervents soutiens. Peu à peu, nombre d’entre eux semblent prendre conscience que la candidature Juppé se renforce, et en prennent prudemment acte, au cas où. D’autant que Hollande, qui semble disqualifié, entraîne en fait son ancien rival dans sa chute : pour de nombreux électeurs, Hollande ou Sarkozy, c’est déjà du passé – et un passé qu’on aimerait voir soldé.
En outre, et curieusement, la trilogie libérale Valls / Bayrou / Juppé semble tenir le bon cap politique, c’est à dire des réformes pas trop douloureuses, mais réelles, aux antipodes de la technique Hollandaise de compromis où rien ne bouge au fond.
En ne proposant pour l’essentiel que sa personne en guise de réponse à tous les enjeux, Sarkozy a sous-estimé (un travers habituel chez lui) la soif des français à ne pas être pris pour des blaireaux. Le quinquennat de François Hollande a renversé la table sur un point : l’attentisme n’est plus possible, tout le monde l’a compris grâce à lui.
Quant au concept de l’homme providentiel, le coup a été fait cent fois et sent le réchauffé, d’autant que l’acting du Guignolo est visible à cent lieues : haussement du col, fausses interrogations dont la réponse induit que celui qui l’a posé mérite tous les éloges, interminables mise en scène de soi-même, etc.
Les souffrances réelles des classes inférieures et moyennes, la fragilité structurelle des PME, le chômage de masse, l’inquiétude palpable qui a gagné le pays au sujet de la dette et de la croissance rende le numéro de Sarkozy totalement dépassé, ce qu’il n’a pas intégré, pour le moment en tout cas.