Quoi, l’inclusion impacterait le résultat des autres élèves ? On nous aurait menti ?
par Dany-Jack Mercier
vendredi 27 mars 2026
Tout le monde en parle, mais personne n'ose dire la vérité sur le terrain. Alors que l'inclusion scolaire est érigée en dogme indépassable, que devient le niveau global de nos classes ? Entre témoignages poignants d'enseignants à bout de souffle et études américaines révélant un impact direct sur les résultats en mathématiques et en lecture, il est temps de briser l'omerta. Et si l'obsession de l'hétérogénéité totale était l'une des causes majeures du naufrage de l'Instruction nationale au XXIe siècle ? Plongée au cœur d'un système qui, à force de vouloir inclure sans moyens, finit par exclure la transmission des savoirs pour tous.
Les MégaMathiens ont du talent
Il y a quelques jours, j'ai relayé un post de X sur la page Facebook MégaMaths, ce qui a déclenché une avalanche de réactions. Certains réclamaient les sources, d'autres livraient des témoignages vécus, de ceux dont on ne parle jamais. Car c'est un péché de critiquer l'inclusion ! C'est même devenu un tabou tel qu'on finit par s'autocensurer.
Pourtant, dès qu'une étude ose suggérer, avec d'infinies précautions oratoires, que l'accueil d'élèves en situation de handicap dans une classe ordinaire peut engendrer des difficultés, la machine à minimiser s'emballe. On nous ressort le refrain habituel : le problème, c'est le budget ! Si l'on gonfle les enveloppes pour un accompagnement "universel et systématique", tout sera résolu. Les syndicats les plus en vue ne disent pas autre chose : avec plus de moyens, on achète la paix sociale et pédagogique.
Mais la réalité est plus brutale. Et si cette obsession de l'hétérogénéité totale, imposant des classes à niveaux multiples où l'enseignant doit gérer l'ingérable, était l'une des causes premières du naufrage global de l'Éducation nationale ? Une collègue, dont vous lirez le témoignage plus bas, explique qu'à force de faire de l'inclusion à marche forcée, elle n'a pu traiter que la moitié du programme. À force de faire de la discipline ou de l'assistance sociale, on ne transmet plus rien.
Ce sont des milliers de classes qui, chaque année, sacrifient la moitié de leurs savoirs sur l'autel du dogme. S'étonner ensuite de la chute du niveau ou du désintérêt des élèves pour des cours qui stagnent sans rien apporter, c'est faire preuve d'un aveuglement coupable. C'est pourtant là que se joue l'une des faillites majeures de notre système au XXIe siècle.
Je suis allé chercher la référence de l'étude pour les sceptiques. Mais franchement, a-t-on encore besoin de preuves quand on a déjà mis les pieds dans une salle de classe ? Ou alors, c'est qu'on s'est habitué à ne traiter que la moitié du programme, année après année, ce qui explique exactement où nous en sommes !
Une citation d'un des auteurs de cet article : “I knew it would be controversial because the results ... do show a direct negative effect,” Gottfried said. “I don’t think that kids with disabilities should be segregated as they have in the past, but that doesn’t mean we should ignore what the results are saying.”
Traduction : « Je savais que ce serait controversé parce que les résultats... montrent bel et bien un effet négatif direct, a déclaré Gottfried. Je ne pense pas que les enfants en situation de handicap devraient être ségrégués comme ils l'ont été par le passé, mais cela ne signifie pas que nous devions ignorer ce que disent les résultats. »
Merci pour tous vos commentaires. On ne parle jamais de l'impact de cette inclusivité sur l'ensemble d'un contingent d'élèves ! C'est pourtant une donnée cruciale qui devrait mettre le feu aux poudres chez nos bataillons de chercheurs en didactique.
Le Post X qui a tant fait écrire :
Quoi, l'inclusion impacterait le résultat des autres élèves ? On nous aurait menti ?
Citation : "Des chercheurs ont constaté que les élèves qui partageaient une classe avec des élèves souffrant de troubles émotionnels et comportementaux avaient plus d'absences, des résultats plus faibles en mathématiques et en lecture, et étaient plus susceptibles d'avoir des comportements perturbateurs en classe ou d'éprouver des difficultés relationnelles."
Les réactions des MégaMathiens :
Réaction 1
Je ne sais pas si ces recherches existent, mais voici mon expérience de l'année dernière : j'avais cinq enfants à profil particulier dans ma classe de double niveau à 25 élèves. Parmi eux, une suspicion d'autisme, une suspicion de TDAH et un enfant souffrant d'un trouble du comportement très lourd. Tous étaient en cours de diagnostic, donc sans aucune AESH. Ce qui est certain, c'est que je n'ai pas fait la moitié du programme habituel, car j'étais occupée à gérer les cris, les crises et les tentatives de fuite. L'année s'est d'ailleurs terminée avec des remplaçants à cause de mon burn-out. Je n'ai rien contre l'inclusion, mais certainement pas dans ces conditions où personne n'y gagne rien : ni les enfants porteurs de troubles à qui l'on ne peut pas donner ce dont ils ont besoin, ni les autres qui ne peuvent pas avancer, ni l'enseignant qui y laisse sa santé s'il veut essayer de faire au mieux pour tous.
Réaction 2 :
Je ne sais pas qui sont les "chercheurs" en question, mais mon simple bon sens me dit que si vous réduisez de moitié le temps consacré à l'enseignement, les résultats seront mécaniquement plus faibles en maths et en lecture. Et que font les profs pendant l'autre moitié du temps ? Ils font le boulot des AESH inexistantes. Quant aux élèves qui n'ont pas besoin d'accompagnement, que font-ils pendant ce temps ? Ils s'ennuient, donc ils s'agitent, comme tous les enfants livrés à eux-mêmes sans occupation.
Réaction 3 :
Attention, "inclusion" est un mot déguisé pour dire économies ! De nos jours, on nous demande d'apprendre le saut de haies à des élèves paraplégiques sans aucun matériel adapté. Ah si, on compte sur mon dévouement et mon incroyable bienveillance ! Ils ont dû croire que les professeurs étaient des X-Men.
Réaction 4 :
Le problème, ce n’est pas seulement l’inclusion mal pensée, c’est aussi un système qui veut faire entrer tous les élèves dans le même moule. Certains élèves ont besoin d’un cadre différent, plus concret, plus actif. Les forcer à rester assis toute la journée, ce n’est pas les aider : c’est les mettre en échec.
Réaction 5 :
Enseignante et maman de deux ados TDAH, dyslexiques et dyscalculiques, je constate que le collège est une période très compliquée pour eux comme pour moi qui les accompagne autant que possible. Vivement la voie technologique ou professionnelle, qui conviendront tellement mieux à ma fille et à mon fils !
Plus d'infos sur l'article en questions
L'article a été publié par Education Week le 6 septembre 2016. Il s'intitule « Studies Flag Potential Downside to Inclusion » et a été écrit par Carmen Constantinescu et Christina A. Samuels.
Résumé de l'article
L'article traite de l'impact de l'inclusion scolaire, particulièrement lorsque des élèves souffrant de troubles émotionnels et comportementaux (EBD) sont intégrés dans des classes ordinaires. Bien que la loi fédérale américaine (IDEA) encourage l'inclusion, l'article met en avant des recherches suggérant des effets négatifs collatéraux sur les élèves sans handicap (ce que les chercheurs appellent des « retombées » ou spillover effects).
L'étude principale citée dans cet article est celle de Michael Gottfried, chercheur à l'Université de Californie (à l'époque à l'UC Santa Barbara).
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Référence complète : Gottfried, M. A. (2014). « Classmates with Emotional and Behavioral Disabilities and Their General Education Peers : A Contextual Examination. » Social Science Research, 47, 126-140.
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Principales conclusions : L'étude a révélé que les élèves sans handicap ayant des camarades de classe avec des troubles comportementaux avaient des scores aux tests de lecture et de mathématiques légèrement inférieurs, et étaient plus susceptibles de s'absenter ou d'avoir des problèmes de comportement eux-mêmes.
On retrouve le texte original d'Education Week ici.
Les auteurs soulèvent les points clés suivants :
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Le manque de ressources : Le problème ne vient pas nécessairement de l'enfant inclus, mais du manque de soutien (aide-enseignants, formation) pour gérer les comportements perturbateurs.
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L'effet de contagion : Les enseignants passent parfois plus de temps à gérer la discipline qu'à enseigner le programme.
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Nuance importante : L'article précise que ces résultats ne doivent pas servir à exclure les élèves, mais à réclamer de meilleurs moyens pour que l'inclusion soit une réussite pour tout le monde.
D'autres études sur ce sujet : Inclusion scolaire : les preuves scientifiques d'une baisse de niveau
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