Raoul Follereau, romancier de sa propre Histoire

par Entre Ombre et Lumiere
lundi 6 septembre 2010

Dans ce nouvel article nous allons exposer comment Raoul Follereau s’est doté, à partir de 1958, d’un passé aussi vertueux que factice, faisant croire qu’il a consacré sa vie, prioritairement à toute autre occupation, à la défense des lépreux. C’est beau. Mais, le problème, c’est que c’est faux. Analyse.

"N’importe quel mensonge, à force d’être répété, finit par être cru"


Lors de nos articles précédents, nous avons longuement exposé la vie cachée de Raoul Follereau, plus particulièrement celle antérieure à la seconde guerre mondiale, ainsi que la nature des convictions politiques qu’il a conservées tout au long de sa vie.

Nous allons donc démontrer dans ce nouvel article, preuves à l’appui, que l’épisode de la rencontre, dans le désert du Sahara, entre Raoul et Madeleine Follereau et des lépreux relève d’une légende savamment orchestrée par Raoul Follereau en personne, légende qu’il narrera à chaque fois qu’il le pourra.

Encore aujourd’hui, la Fondation Raoul Follereau n’hésite pas à diffuser massivement ce mythe de l’homme "qui a consacré toute sa vie pour les lépreux".


Nous agissons ainsi en pensant aux salariés de la Fondation mais plus particulièrement encore aux dizaines de milliers de bénévoles, de donateurs et de sympathisants qui pensent, de toute bonne foi, contribuer à l’œuvre d’un homme qui prétendait avoir consacré sa vie pour les lépreux alors qu’en réalité, Raoul Follereau fut, au moins entre son vingtième et quarantième anniversaire, le promoteur des conceptions pétainistes et maurrassiennes d’une France (très) blanche, (très) catholique et (très) peu républicaine.

Nous livrons nos pièces à conviction à nos lecteurs qui seront seuls juges : il vous appartiendra de vous faire votre propre intime conviction et de répondre à la question suivante : Raoul Follereau fut-il, ou non, un faussaire de sa propre Histoire ?

Faussaire : personne qui commet une atteinte à la confiance publique en réalisant un faux

www.larousse.fr)

Rappels de la vie de Raoul Follereau, entre 1920 et 1943

Pour alimenter cette partie de notre article, nous nous sommes partiellement basés sur les travaux exposés par Étienne Thévenin dans sa biographie Raoul Follereau, Hier et aujourdhui. ainsi que sur les éléments contenus dans Les Œuvres complètes de Raoul Follereau commentées par André Récipon.

Nous avons complétés voire corrigés ces éléments par les documents probants que nous avons pu retrouver sur internet Dans la mesure du possible, la source est systématiquement citée. Pour le reste, nous renvoyons à nos articles déjà disponibles sur notre blog.


En septembre 1920, Raoul Follereau quitte Nervers où il est né dix-sept ans plus tôt pour Paris . Il s’inscrit en facultés de droit et de philosophie. À cette époque, L’Action française, le mouvement monarchiste de Charles Maurras règne en maître dans le quartier latin. Raoul Follereau devient alors un inconditionnel du théoricien du "nationalisme intégral" (voir notre article sur ce sujet ici). Cet engouement pour le maurrassisme durera toute sa vie : Raoul Follereau ira même jusqu’à faire graver une citation de Charles Maurras sur sa sépulture (voir la photo de sa tombe ici).

Extrait du téléfilm Au Plaisir de Dieu sur les Camelots du Roi au début du XXème siècle

Fin 1920, Raoul Follereau fonde, avec quelques amis poètes, comme lui, un cercle littéraire intitulé La Jeune Académie. Dans le courant des années 1930, cette association disposera même d’une libraire et d’une troupe de théâtre. L’objectif de Raoul Follereau est de promouvoir le Lyrisme et l’Idéal dont l’absence serait, selon lui, "une des causes de la tristesse et de l’inquiétude de la jeunesse" (ici). Par le terme "Idéal", Raoul Follereau désigne en même temps la Foi (dans une acceptation proto-nationale-catholique c’est à dire à la fois catholique ultramontaine et nationaliste, en opposition radicale avec la séparation de l’Église et de l’État et au laïcisme qui en découle) et le Patriotisme (par opposition aux apatrides et autres internationalismes) (voir notre article sur le sujet ici).

Pendant toutes les années 1920 et au moins jusqu’au milieu des années 1930, Raoul Follereau tente de se faire connaître comme poète et auteur (par exemple, ici en avril 1921, ici en avril 1923 ou ici en avril 1926). Cependant, ses pièces de théâtre et ses recueils de poésie seront uniquement édités par La Jeune Académie dont il assure la direction. Il développe par ailleurs d’incontestables talents de conférencier.

En 1923, Raoul Follereau obtient ses licences de philosophie et de droit ; il part en septembre effectuer son service militaire en Allemagne. Précédemment, le 10 juin, il avait animé une conférence à l’Hôtel des Sociétés Savantes intitulée Dieu est Amour (ici).

Le 22 juin 1925, Raoul Follereau épouse Madeleine Boudou à Nevers.


Il s’inscrit à Paris à la conférence du stage pour exercer la profession d’avocat mais renonce assez rapidement. Peu après, Raoul Follereau entre comme secrétaire de rédaction (c’est-à-dire adjoint du rédacteur en chef) au quotidien du soir L’Intransigeant. Ce quotidien qui fut farouchement antidreyfusard à l’époque de l’Affaire est un quotidien important dans le paysage de la presse française des années 1920. Sa ligne éditoriale est foncièrement droitière et très nationaliste, "ce qui convient assez bien à Raoul Follereau" écrit Thévenin.

Pour son voyage de noces, Raoul Follereau emmène son épouse Madeleine en Italie du Nord. Depuis 1922, le régime italien a basculé dans le fascisme sous la férule de Benito Mussolini. Raoul Follereau, converti aux vertus de la civilisation latine promue par Charles Maurras depuis le retour de ce dernier des premiers jeux olympiques modernes de 1896 à Athènes, s’enthousiasme pour le dictateur italien et multiplie les voyages en Italie et les actes d’allégeance vis-à-vis du Duce (voir notre article ici).

Entre mai 1926 et octobre 1927, Raoul Follereau est chroniqueur dans un mensuel des sorties parisiennes La Rampe (par exemple, ici).

Début 1927, Raoul Follereau franchit une étape capitale dans son parcours : il fonde la Ligue d’Union latine pour "défendre la civilisation chrétienne contre toutes les barbaries et tous les paganismes". La Fondation Raoul Follereau présente la Ligue d’Union latine comme une officine littéraire dont la tâche aurait été exclusivement limitée à l’édition d’œuvres d’auteurs injustement méconnus. Ce faisant, elle escamote habillement la nature première de La Ligue d’Union latine qui fut avant tout un organe de propagande au services des conceptions politiques nationales-catholiques de son fondateur. Selon Raoul Follereau, qui ne croit pas à l’égalité républicaine, les poètes et les artistes constituent une élite qui doit diriger le peuple (voir notre article ici et la presse de l’époque qui indique ici que la Ligue d’Union latine a pour but d’"unir et fédérer les élites latines pour la défense et la gloire de leur civilisation"). Selon Raoul Follereau, la France, fille aînée de l’Église, doit être LE phare catholique et chrétien de l’humanité. Le reste n’est qu’"Anti-France". Dans ses éditos, Raoul Follereau décline ainsi ses convictions ultranationalistes et cléricales.

À partir de 1927, Raoul Follereau mutliplie les conférences, en France et à l’étranger, au cours desquelles il promeut sa conception de la latinité qui présente un sérieux avant-goût de pétainisme : Ordre, Dieu, Travail, Famille, Patrie (notamment Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre ? ou Le sourire de la France). Il organise également, telle une agence de voyage, des "voyages d’étude et de propagande française et d’Union latine" dans divers pays d’Europe latine et centrale (par exemple, publicité ici ou ici pour un voyage en Europe centrale datée d’avril 1930, ici, en avril 1933, publicité pour des voyages organisés "aux trois grands foyers de notre race" : Grèce, Espagne, Italie).

À partir d’octobre 1930, c’est en Amérique du Sud qu’il entreprend de nombreux voyages "de propagande française". À l’époque, ces pays d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale s’éveillent politiquement et, tout comme la majeure partie des pays d’Europe, sont secoués par des soubresauts militaires et ultranationalistes (voir notre article ici). Il s’investit particulièrement dans une action de propagande "nationale et catholique" intitulée L’Œuvre du livre français à l’étranger qui consiste à collecter des fonds afin de financer l’envoi à l’étranger d’ouvrages littéraires "sélectionnés pour leur moralité" et leur conformité à l’idéal que défend Raoul Follereau (ici, mention en janvier 1931 d’une "œuvre de propagande nationale et catholique", ici, mention en avril 1931 d’"ouvrages dignes de la France et soigneusement sélectionnés quant à leur valeur et à leur moralité" ; ici, mention en octobre 1931 d’"ouvrages soigneusement choisis d’un point de vue national et moral").

Pendant l’hiver 1931, Raoul Follereau dispense des "cours de culture latine" à l’École de Psychologie de Paris (ici).

Dans le courant des années 1930, Raoul Follereau poursuit ses travaux littéraires et ses conférences : par exemple, sa Jeune Académie publie en 1933 son quatrième ouvrage de poésie Les Îles de Miséricorde (ici ou ici). En 1934, des pièces de théâtre de Raoul Follereau sont diffusées sur Radio Alger ("Notre bel Amour" ici et "Les nouveaux chevaliers" ici). Raoul Follereau organise également des concerts au cours desquels il intervient (ici), entre autres conférences (ici). Raoul Follereau y est référencé dans l’annuaire de la société des Orateurs-Conférenciers.

Ses activités de la défense de la civilisation latine se poursuivent également : par exemple il tient en novembre 1935 une conférence sur la place de la France dans le monde (ici) ; en octobre 1935, il signe un article dans la revue "Le Front Latin" qui est une association de "combat pour la sauvegarde de la culture latine à travers le monde" (ici).


Sur le plan politique, Raoul Follereau approuve la prise de pouvoir au Portugal de Salazar et l’instauration, en 1933, de l’Estado Novo, régime autoritaire fortement inspiré par la doctrine maurassienne. À la même période, Raoul Follereau se reconnait dans l’austrofascisme du chancelier autrichien, Engelbert Dollfuss. De façon générale, Raoul Follereau éprouve de la sympathie à l’égard des mouvements politiques (européens ou sud-américains) pourvu qu’ils soient antibolcheviques, nationalistes et catholiques. Raoul Follereau y reconnait des signes de sa conception de la latinité.

Son attachement pour le dictateur italien Mussolini s’est amplifié depuis le milieu des années 1920 et Raoul Follereau s’engage résolument en faveur de l’Italie fasciste après l’invasion, par cette dernière, du dernier pays non colonisé d’Afrique : le royaume d’Éthiopie (1935) (voir notre article ici). Il multiplie à cette fin les initiatives : éditos dans L’Œuvre latine, pétitions, ...

L’année 1936 est un virage pour Raoul Follereau. Pour au moins deux séries de raisons.


D’un point de vue "spirituel", Raoul Follereau découvre Charles de Foucauld. Il faut savoir qu’à l’époque, les catholiques se divisent à propos de Charles de Foucauld. Tandis que les uns y voient un ermite mystique, témoin de la fraternité universelle (par exemple Louis Massignon ou René Voillaume), d’autres y voient l’ancien officier militaire, missionnaire nationaliste et adepte d’une colonisation chrétienne dans une Algérie française. (Georges Gorrée, par exemple). Cette deuxième facette correspond bien à Raoul Follereau qui transforme alors en 1937 sa Ligue d’Union latine en Fondations Charles de Foucauld. Raoul Follereau se donne alors pour mission de collecter des fonds afin de reconstruire "l’Église du Sahara" afin de "glorifier le visage de la France chrétienne". Certains, cependant, s’émeuvent de ce qu’ils estiment être un détournement de la notoriété et de l’image de Charles de Foucauld dans un but excessivement nationaliste plutôt que spirituel : dix ans plus tard, en 1948, Louis Massignon réclamera (et finira par obtenir) que Raoul Follereau cessât d’utiliser le nom de Charles de Foucauld pour ses "œuvres". La Fondations Charles de Foucauld se renommera alors en Ordre de la Charité.


D’un point de vue politique, Raoul Follereau subit en 1936 deux évènements majeurs : l’avènement du Front Populaire en France et la guerre civile en Espagne. Léon Blum incarne toute l’Anti-France à lui tout seul : juif, socialiste (ce qui, aux yeux de Raoul Follereau, n’est guère différent de bolchevique) et franc-maçon. La guerre civile espagnole, quant à elle, est la concrétisation du choc des civiliations (chrétienne versus paganismes et autres barbaries) auquel Raoul Follereau se prépare depuis dix années avec sa Ligue d’Union latine. Raoul Follereau vit cette période comme une véritable guerre sainte dans laquelle il engage toutes ses forces.


C’est à cette période que Raoul Follereau travaille alors et collabore avec des antisémites notoires, tels ceux du journal La Libre Parole et du Centre de Documentation et de Propagande : Henry Coston, Henri-Robert Petit, Jacques Ditte , Comte Armand Chastenet de Puysegur et autres Louis Darquier de Pellepoix (voir notre article ici). Dans ce contexte, Raoul Follereau intervient à de nombreuses reprises en Algérie française, et plus particulièrement en Oranie. Non seulement l’antisémitisme y est très répandu depuis le décret Crémieux de 1871, mais en plus, l’Oranie est composée d’une partie très importante de "néos", ces Espagnols devenus citoyens Français qui sont très sensibles au sort de leur patrie d’origine. Raoul Follereau muliplie les conférences à plusieurs périodes (vingt-cinq pour le seul mois de décembre 1936). Dans la ville de Tiaret, par exemple, le journal local relate que Raoul Follereau "part en croisade contre tout ce qui est l’Anti-France" et plus particulièrement contre "ces oiseaux de proie" venus "s’abattre sur la France", ces "financiers internationaux qui sont de partout et de nulle part et dont le porte-monnaie remplace le coeur et qui forment la société du Komintern" (voir notre article ici).

C’est aussi à cette période (1936) que Raoul Follereau fait connaissance avec les soeurs de Notre Dame des Apôtres, celles qui, plusieurs années plus tard, mettront Raoul Follereau sur les rails de la bataille de la lèpre. Mais jusqu’en 1943, de lépreux, il n’en est jamais question dans la vie de Follereau.

Jusqu’en septembre 1939, la vie de Raoul Follereau poursuit son cours, alternant entre voyages de propagande française et autre promotion de la latinité. Quelques semaines avant la seconde guerre mondiale, Raoul Follereau part en Amérique du Sud pour un nouveau cycle de conférences.

En septembre 1939, Raoul Follereau a trente-six ans et nulle trace d’actions ou d’initiatives en faveur des lépreux. Ce qui fait dire à Étienne Thévenin (page 139) : "jusqu’à là, la vie de Raoul Follereau était très éloignée de celle d’un apôtre des lépreux". Nous sommes bien d’accord.


À partir de juin 1940, Raoul Follereau s’engage résolument aux côtés du Maréchal Pétain dans une forme de collaboration implicite avec le régime de Vichy  : il parcourt villes et villages de la France non occupée afin de promouvoir les principes moraux de la Révolution Nationale de l’État français et l’unité autour du Maréchal Pétain (voir notre article ici).

Le 15 avril 1943, Raoul Follereau anime à Annecy une conférence "Ce que le monde doit à la France" dont les bénéfices sont destinés au financement d’une léproserie en Côte d’Ivoire. C’est à cette date que, pour la première fois de sa vie, Raoul Follereau entreprend quelque chose en faveur des lépreux. Il a un peu moins de 40 ans. Néanmoins, c’est loin d’être une exclusive. Le financement d’Adzopé est une des causes soutenues (et non la seule) à l’occasion de ces conférences organisées sous l’égide de l’Heure des pauvres.

L’invention du mythe de "l’homme qui a consacré sa vie pour les lépreux"

Dans la première partie de cet article, nous avons exposé les principaux moments de la vie de Raoul Follereau entre son arrivée à Paris en 1920 et le 15 avril 1943, date de sa première initiative connue en faveur des lépreux.

Nous allons maintenant effectuer un bond de quinze ans en avant. Nous sommes à Tokyo, en 1958. Raoul Follereau participe alors au VIIème Congrès International de la Lèpre. Jusqu’ici, rien que de très ordinaire : Raoul Follereau est un conférencier hors-pair : c’est un métier qu’il maitrise largement. Depuis le début des années 1950 (la découverte des sulfones pour soigner les lépreux), il enchaîne les réunions publiques et les initiatives en faveur des lépreux, avec beaucoup de succès.


Mais ce soir-là, un élément nouveau va apparaître dans l’historiographie de Raoul Follereau. Car ce soir-là, pour la première fois de sa vie, Raoul Follereau raconte un épisode jusqu’à lors inédit de sa vie : sa conversion en faveur des lépreux à l’occasion d’une rencontre, un jour, dans le désert du Sahara (Les Œuvres complètes de Raoul Follereau, Les Livres B, page 275).

Nous avons la chance exceptionnelle de bénéficier de deux enregistrements de Raoul Follereau narrant cet épisode :

L’histoire est toute simple : alors qu’il réalisait un reportage dans le désert, sur les pas du Père Charles de Foucauld, pour le compte d’un grand quotidien de Bueno Aires, La Nación, Raoul Follereau tombe en panne d’auto. Et pendant que le guide fait le nécessaire, des hommes décharnés surgissent de nulle part. Raoul Follereau s’inquiète alors de qui sont ces hommes. "Des lépreux" lui répond-on. En quelques questions, Raoul Follereau découvre alors le sort dramatique de ces pauvres hères condamnés au rejet social et à l’errance. Et c’est ce jour-là, affirme Raoul Follereau, qu’il décida de ne plaider qu’une seule cause, celle des lépreux :

"(...) et c’est ce jour-là que j’ai décidé de consacrer ma vie à ces millions d’hommes que notre ignorance pour la plupart du tout, mais aussi, il faut le dire, notre égoïsme et notre lâcheté ont fait des lépreux."

"(...) et c’est ce jour-là que je me suis décidé à ne plus plaider qu’une cause, une seule cause pour toute ma vie, celle de ces millions d’êtres que notre ignorance, mais aussi, il faut le dire, notre égoïsme et notre lâcheté ont fait des lépreux."

Et quand a eu lieu cet épisode digne de Saül qui tombe de cheval, ébloui par le Saint-Esprit ?

Selon Raoul Follereau, entre 1923 et 1928. Les dates se bousculent mais les faits qu’il mentionne sont là pour témoigner : il avait 25 ans (1928), il venait de se marier (1925) et se destinait à devenir un avocat et journaliste (1923) :

Raoul Follereau va alors multiplier les références, écrites ou orales, à cet épisode fondateur qui aurait orienté toute sa vie. Selon les sources, la fixation de la date ne sera jamais très précise : elle évolue de la fin des années 1920 au milieu des années trente :

Nous ne sommes pas à deux ou trois années près, mais entre 1925 et 1936, cette volatilité peut surprendre : si Raoul Follereau était sur les traces de Charles de Foucauld pour un reportage pour le compte du journal La Nación , ne suffirait-il pas de retrouver ledit article publié par ce journal ? Malheureusement, cet article semble ne jamais avoir été retrouvé. A-t-il été recherché ? Nous n’en savons rien. Quoiqu’il en soit, ni la Fondation Raoul Follereau, ni Étienne Thévenin n’en font état. Nous pouvons donc légitimement nous poser la question de savoir s’il a existé.

Cette volatilité de dates cache surtout un triste réalité : personne ne saurait dire exactement quand elle a eu lieu et seul Raoul Follereau est en mesure d’affirmer qu’elle a effectivement eu lieu. C’est donc parole contre parole. Le problème, c’est que la période de sa vie entre 1920 et 1943 est à l’opposé de ce qu’il prétend avoir été.

En effet, les engagements réels de Raoul Follereau de l’époque - que nous n’avons pas à juger, nous nous limitons au fait de les décrire - ne sont tout simplement pas compatibles avec un homme qui prétend n’avoir consacré le reste de sa vie, à compter de ce jour, qu’à la défense des lépreux.

Concernant plus particulièrement la date aujourd’hui retenue par la Fondation Raoul Follereau, 1936, celle-ci nous semble particulièrement inadéquate : 1936 correspond malheureusement aux preuves que nous avons exposées démontrant l’antisémitisme de Raoul Follereau. Nous ne pensons pas que la défense des lépreux passe nécessairement par l’antisémitisme et l’antibochevisme viscéral.

Enfin, et nous achèverons notre démonstration là-dessus, nous ne sommes pas les seuls à douter de la véracité de cette rencontre de Raoul Follereau avec les lépreux.

Car l’Ordre de Malte, lui aussi, partage nos réserves et nos doutes. Et il n’hésite pas à le dire et à l’écrire, sans être réellement contredit. Et il nous plait de considérer que l’Ordre de Malte présente plus de garanties d’objectivité que les dirigeants de la Fondation Raoul Follereau. Dans le dossier de presse que l’Ordre adresse chaque année aux médias dans le cadre de la Journée Mondiale des Lépreux, l’Ordre de Malte affirme (source ici, page 7), tout comme il le fit à chaque année antérieure :

"En 1938, Justin Godard, Président des Œuvres Hospitalières françaises de l’Ordre de Malte, approche un jeune journaliste, un certain Raoul Follereau, pour lui demander de faire, pour le compte des Œuvres Hospitalières, un reportage sur la lèpre en Afrique. Celui-ci, touché par ce qu’il voit, décide de s’engager personnellement dans ce combat."

Comme nous pouvons le constater, nous sommes loin du reportage de 1925 demandé par un grand journal argentin sur Charles de Foucauld.

Un mensonge ? Pour quel mobile ?

Après avoir démontré le caractère romancé, total ou partiel, de ce récit de Raoul Follereau sur sa rencontre avec les lépreux, il convient de s’interroger brièvement sur les motifs qui auraient pu pousser Raoul Follereau a procéder ainsi.

Différentes pistes de réflexion peuvent être ainsi ouvertes, sans pour autant prétendre apporter une réponse formelle :



Conclusion

Dans cet article, nous n’avons pas souhaité porter un jugement sur le passé de Raoul Follereau. Nous avons notre propre sentiment personnel, nos lecteurs l’auront probablement compris, mais notre blog ne vise pas à critiquer Raoul Follereau pour ce qu’il a été.

Notre blog, et cet article en particulier vise à résister à une campagne de désinformation et de propagande qui est contraire à la réalité historique : en souhaitant se faire passer pour "l’homme qui a consacré sa vie pour les lépreux", Raoul Follereau occulte et dissimule les quarante premières années de sa vie et prétend entrer dans l’Histoire pour ce qu’il n’est pas.

Raoul Follereau fut un homme de son temps et nous en prenons acte, sans juger ni condamner.

Mais, entre reconnaître que Raoul Follereau fut un homme de son temps et faire croire qu’il a été autre chose que ce qu’il fut réellement, il y a un cap que nous refuserons de franchir.

Comme le disait Napoléon 1er, "l’Histoire est un mensonge de personne ne conteste". Voilà le rôle de notre blog, notre unique rôle : tenter de préserver l’Histoire d’un de ses faussaires. Quelles qu’aient été ses autres qualités par ailleurs.

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