RDC : la crédibilité de Jean Pierre Mbemba remise en cause sur la nationalité de Joseph Kabila
par Christ Exauce Marsala
vendredi 3 octobre 2025
Un tribunal militaire de la RDC a condamné « à mort au terme d’un procès par contumace pour trahison et crimes de guerre » le Sénateur à vie et ex-Président, Joseph Kabila (54 ans). Lors de cette audience, la Cour a établi de manière formelle l’identité de l’ancien chef de l’État. Cette clarification judiciaire contredit les récentes déclarations de Jean-Pierre Bemba, Vice premier ministre des transports et voies de communication , qui avait publiquement remis en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila.
Né à Hewa Bora, le 4 juin 1971, originaire de la province du Haut Lomami (Tanganyika), détenteur d’un doctorat en relations internationales de l’université de Johannesburg en Afrique du Sud », l’ex-dirigeant congolais (de 2001 à 2019), Joseph Kabila a été reconnu « coupable de complicité avec le groupe armé antigouvernemental M23 ».
Ouvert le 25 juillet dernier, le procès de l’ancien président congolais a livré son verdict, le 30 septembre dernier. En effet, la haute cour militaire de Kinshasa a prononcé la peine de mort comme l’avait requis le parquet, contre Joseph Kabila à qui il est reproché des faits de trahison, de crimes de guerre et d’organisation d’un mouvement insurrectionnel. En clair, l’ex-Raïs, ainsi qu’on le surnomme, est accusé d’être en complicité avec la rébellion du M23/AFC (Alliance Fleuve Congo), qui contrôle la quasi-totalité de la partie orientale de la République Démocratique du Congo (RDC).
Prononcée en absence de Kabila, cette condamnation divise la classe politique en RDC. Car, si les soutiens du pouvoir estiment que l’ex-président est en train de payer pour ses turpitudes, il en va autrement pour l’opposition qui y voit une « manœuvre politique » destinée à « réduire au silence un acteur majeur » et à « semer la terreur ».
Aussi, lors de cette audience, la Cour a établi de manière formelle l’identité de l’ancien chef de l’État. Joseph Kabila a été reconnu comme « fils de Laurent Désiré Kabila, décédé, et de madame Sifa Mahanya, encore en vie.
Cette clarification judiciaire contredit les récentes déclarations de Jean-Pierre Bemba, qui avait publiquement remis en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila. La position de la Cour a remis en question la crédibilité de Bemba, pourtant ancien collaborateur de Kabila durant la transition, entre 2003 et 2006.
La quête d’un éventuel dauphinat
Dans une tribune publiée, en juin 2025, dans un média de la RDC, Thomas Luhaka relate les origines du conflit Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila. Selon lui, les événements politiques et sécuritaires de 2006-2007 peuvent expliquer, en partie, « l’animosité presque maladive de Jean-Pierre Bemba. »
Reléguant au second plan, la thèse, soutenue par certains compatriotes, selon laquelle les 10 ans d’emprisonnement de Jean-Pierre Bemba à la CPI ont affecté son équilibre mental, Thomas Luhaka soutient que, le comportement de Jean Pierre Mbemba est le résultat d’une stratégie de positionnement politique. Il croit ainsi emporter l’empathie du chef de l’Etat pour un éventuel dauphinat.
En focalisant ses attaques sur Joseph Kabila, Bemba joue une partition risquée, mais habile. Le clan Kabila, affaibli depuis la passation de pouvoir en 2019, reste une cible facile dans un pays où l’opinion publique associe son règne à deux décennies de crises. En diabolisant son ancien adversaire, Bemba se présente en justicier, détournant l’attention de ses propres contradictions, comme le souligne le journal « Econews » dans sa livraison du 17 mars 2025.
Candidat malheureux à la présidence de la République en 2006, Jean-Pierre Bemba n’a pas cessé de rêver de briguer la magistrature suprême. S’il est vrai qu’on ne peut pas lui refuser d’avoir des ambitions présidentielles, bon nombre d’analystes doutent cependant des capacités du chairman du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de propulser la République Démocratique du Congo dans le concert des nations africaines émergentes. En témoigne son passage à la vice-présidence de la République en charge de l’économie et finances (Ecofin) dans la formule inédite de 1+4 (Un président de la République et 4 vice-présidents), issue de l’Accord de Sun City.
Un bilan politique qualifié de « zéro »
Aujourd’hui, on a beau cherché les hauts faits de gestion de Jean Pierre Mbemba, on ne trouve aucune réalisation majeure à son actif. Mais le constat fait par le site congoquoaime.com paraît le plus éloquent. En effet, selon ce média en ligne, Jean-Pierre Bemba semble aujourd’hui incarner l’archétype du dirigeant déconnecté, prisonnier de ses contradictions et de ses échecs répétés au service de la nation. Nommé successivement à deux postes gouvernementaux clés – Défense nationale puis Transports et voies de communication, le « Chairman » affiche un bilan jugé largement insuffisant, tant sur le plan sécuritaire que sur le plan de la gouvernance.
Lourdement financées, ses politiques au ministère de la défense n’ont produit aucun redressement notable dans la lutte contre les groupes armés à l’Est du pays. Au contraire, les territoires sous occupation se sont multipliés, et l’opacité des dépenses militaires a suscité de nombreuses interrogations.
Dans une récente intervention sur Top Congo, Maître Francis Kalombo, porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, a vivement critiqué Jean-Pierre Bemba, actuel vice-premier ministre en charge des transports, en qualifiant son bilan politique de « zéro » dans la gestion des affaires du pays.
L’état des routes en République Démocratique du Congo (RDC) n’a pas connu une amélioration en 2024 et 2025. La gestion des voies maritimes n’a pas également été efficace. Comme en témoignent des nombreux naufrages dans les rivières, lacs et fleuve du pays. Tirant un bilan de ce secteur des transports, le journal " L’Objectif " accusait Jean-Pierre Bemba « d’inertie » et une « désinvolture » quasi complice face aux nombreuses catastrophes (naufrages, accidents de route), notamment le naufrage du bateau MERDI. Selon le média, il serait plus préoccupé par sa carrière politique que par la sécurité des Congolais.
Comme on le voit, la RDC n’a pas besoin des querelles politiques pour son développement. Elle a besoin, au contraire, d’une réforme en profondeur de ses institutions, d’une lutte sérieuse contre la corruption et d’une véritable politique de réconciliation nationale. Sans ces mesures, toute tentative de mobilisation de la population derrière l’effort de guerre sera vouée à l’échec.
Pour que le Congo cesse d’être l’image de chaos et devienne un ferment d’espérance, pour son peuple et pour l'Afrique, il est encore temps de voir relever cet immense défi par la présente génération d’hommes et de femmes politiques, en vue de tenir l’ardente promesse de ce Continent, sachant se retrouver et se réconcilier avec lui-même. Cette réflexion de Arnaud Akodjenou vaut son pesan d’or.