Réactivité norvégienne
par Fergus
vendredi 15 mai 2026
Tout le monde en France a déjà eu l’occasion de constater à quel point il se passe du temps avant de voir intervenir des ouvriers venus réparer un équipement de voirie subitement dégradé. En général, le délai se compte en jours ou en semaines, voire en mois, avant que la réparation nécessaire soit entreprise. Tel n’est pas le cas partout ailleurs...
En milieu d’après-midi, le 27 mai 2024, mon épouse et moi revenions vers le charmant immeuble d’Oslo où nous avions loué un confortable appartement, à un quart d’heure à pied des très fréquentés bars et restaurants d’Aker Brygge pour ceux qui connaissent. Notre retour prématuré était lié à la nécessité de changer nos vêtements trempés à la suite d’un violent orage qui avait frappé la capitale norvégienne peu avant.
Quelle ne fut pas notre surprise, en arrivant dans « notre » rue, de découvrir la chaussée défoncée en une dizaine d’endroits, sur une longueur d’environ 100 mètres. En cause, l’incapacité des égouts à évacuer les trombes d’eau qui s’étaient abattues durant cet épisode orageux. S’en était suivi un soulèvement et une fracturation du revêtement bitumé. Devenue impraticable, la rue avait été fermée à la circulation par les autorités osloïtes.
La voie étant peu passante, nous pensions, en bons Français, que la chaussée allait rester en l’état au moins jusqu’à la fin de notre séjour, quelques jours plus tard. Il n’en a rien été : dès le début de la soirée, la totalité du revêtement avait été enlevée par des engins de chantier. Stupéfaits par la réactivité des Norvégiens, nous sommes allés nous coucher, persuadés que tout serait remis en état dans le courant de la journée suivante.
Les ouvriers de la nuit
Une fois encore, nous nous étions trompés. En sortant de l’immeuble le lendemain matin sous un soleil magnifique, il n’y avait plus un seul engin de chantier sur place, et pas le moindre ouvrier en vue. Quant à la chaussée, si maltraitée la veille par la violence de l’orage, elle offrait à voir un enrobé impeccable, comme s’il ne s’était strictement rien passé. Dès 8 heures, nous a-t-on appris, la rue avait été même été rendue à la circulation.
Nous sont alors revenu en mémoire quelques cas emblématiques de l’incapacité des responsables locaux de notre pays à agir rapidement lorsque survient une dégradation de la voirie à la suite d’un accident ou d’un évènement météo imprévu. Savoir qui fait quoi dans le cadre du partage des compétences prend parfois plusieurs jours, voire des semaines. Quant à mettre en œuvre les travaux de remise en état, mieux vaut s’armer de patience...
Tout ne fonctionne évidemment pas de manière parfaite dans les municipalités de Norvège, ni de manière désastreuse dans les communes de France. Mais aussi anecdotique soit-il, ce cas illustre de fait l’exemplaire réactivité des Scandinaves alors que, trop souvent, les contraintes administratives et les rivalités de compétence mettent chez nous des freins à l’initiative, quand elles n’engendrent pas une incurie pénalisante pour les populations.
D’un côté, l’on agit dans les meilleurs délais dans le cadre de procédures éprouvées. De l’autre – dans les mairies ou les intercommunalités –, on procastine, on ergote, on tergiverse pour déterminer qui doit passer à l’action, sous quelle forme agir, et dans quel délai. Par chance, l’on oublie les querelles pour se retrouver à l’heure de l’apéritif ! Les administrés, quant à eux, se contentent de hausser les épaules en un geste fataliste.
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