Réchauffement, problème psychiatrique ou climatique ?
par Bernard Dugué
lundi 11 octobre 2010
Je tiens pour plausible l’hypothèse d’une sorte de folie affectant certains hommes qui se manipulant eux-mêmes, manipulent les gens. Manipule ton prochain comme tu te manipules toi-même ! Telle pourrait être la devise de la Modernité occidentale, avec cet emblématique Savonarole, un homme pénétré de lumière, de bonté, de sagesse paraît-il, mais un homme fou. Qu’entendre par fou ? Une sorte de délire du psychisme qui, par des facultés cognitives supérieures mais désaccordées du réel, finit par imaginer des réalités purement arbitraires, grâce à la puissance de son intelligence qui dysfonctionne tel un missile devenu aveugle et finissant sa course dans un temple. L’Histoire est riche de ses personnages dérangés et autres paranoïaques croyant que le sort du monde dépend d’eux. En ce sens, nous pourrions penser que les agités climatiques, ces énergumènes affolés par le thermomètre, ont été contaminés par la fièvre de la peur de (ou pour) la nature. On en connaît quelques spécimens, de Nicolas Hulot à Yan Arthus-Bertrand, le plus redoutable parce qu’avec son sourire d’outre-tombe et son affabilité légendaire, il trompe sans doute son monde et se met en scène tel un prophète climatique enjoignant à ses ouailles de réduire de dix pour cent les émissions de carbone. Le fétichisme carbonique va de pair avec le fétichisme numérologique. 10/10/10, le jour climatique, le jour où il faut s’engager à réduire de dix pour cent ses émissions. Prenez une calculette et tous les jours, calculez, esclaves du chiffre, névrosés de la climatose aiguë. Je ne suis pas certain que Dieu accepte les superstitieux, les croyances thermiques, les grenouilles du bénitier climatique ou des églises.
Peut-être que la philosophie découvrira le problème majeur lié aux sociétés. L’homme navigue entre raison et folie. La folie est parfois un prix payé pour s’élever vers des connaissances transcendantales. La raison permet se s’y retrouver. Sans la raison, la folie prend le pas. Le plus souvent, la folie est résolue par une névrose irrationnelle, qu’on appelle superstition, rite, culte, observation de lois religieuses. Le ramadan, le carême, le shabbat, longue série des solutions névrotiques d’origine religieuse ayant sédimenté à cause des croyances restées figées. On ne jugera pas. L’homme étant une créature perfectible mais sensible à des tas de virus psychiques qui ne sont jamais naturels mais sécrétés par des individus ou bien fous, ou bien mal intentionnés, sachant tirer un avantage personnel en manipulant les cercles, les populations, les foules. La folie n’est pas seulement le fait des religions. Elle peut être orchestrée par une idéologie, par un pouvoir organisant le culte de la personnalité. C’est arrivé et cela reste en vigueur dans la Corée du Nord. La folie peut conduire à la mort. Que ce soit dans une secte ou bien quand un pouvoir devient fou. Six millions de juifs assassinés. C’est le tarif de la folie idéologique. A ne pas comparer avec Raël et ses quelques centaines d’individus escroqués. La folie n’est pas incompatible avec une vie ordinaire. Beaucoup de fous sont indétectables car ils sont insérés, comme par exemple les témoins de Jéhovah.
Mais comment est-ce possible, d’être fou et de passer inaperçu et même d’être connu et apprécié ? Je ne sais pas comment le DSM-IV a nommé ce trouble connu comme étant le délire en secteur. Cette affection psychique caractérise un délire manifeste chez une personne mais dans un seul secteur de son existence. Par exemple, la jalousie extrême. Le patient atteint de ce trouble s’imagine que sa femme le trompe avec tous les hommes de cette planète. Un regard, un indice, un accro au vêtement, un bout de papier, un retard, tout se prête à alimenter son délire mais lorsque ce même individu est à son travail, en vacance avec ses amis, en société, nul ne perçoit son délire, à moins d’être très très attentif, avec un sens aigu de l’observation. Si ça se trouve, un nombre non négligeable de dirigeants sont affectés de ce trouble. Et aussi les agités du climat qui, tels Yan, entretiennent une névrose climatique auprès des masses en produisant une rhétorique bien huilée sur le danger du gaz carbonique, tout en allant traquer dans les contrées peu visitées des signes d’altération de la nature. Non sans se faire filmer en prédicateur climatique avec quelque autochtone disposé à le suivre dans son délire. Cela ressemble aux missionnaires chrétiens des siècles passés. La climatologie a ses dévots et ses adeptes. Dieu merci, la climatologie n’a pas encore sécrété le Kim Jong du réchauffement. Il faut dire que le citoyen occidental n’est pas forcément prêt à suivre les délires climatologiques. Tout au plus, et comme dans la solution névrotique de la psychose religieuse, l’éco-citoyen accepte les paroles du cardinal Arthus-Bertrand, buvant ses propos comme d’autres récitent le missel. Tout au plus, ce même éco-citoyen laissera sa voiture au garage un dimanche, triera ses déchets, se privera d’un voyage, ce sera son carême, son ramadan, son shabbat.
La folie, une hypothèse, le dérèglement psychique, sans doute un mot un peu fort pour désigner les diverses croyances, superstitions scientistes et autres manipulations. Mais le phénomène est à suivre de près. Peut-être devrions-nous relire ce traité de la folie des masses de Broch, écrit dans une sombre période, évoquant les processus irrationnels. Et nous souvenir des Lumières et de la raison, celle qu’usa Malebranche pour couper court à cette folie de la chasse aux sorcières.