Référendum à San Francisco : le verre à moitié vide pour Airbnb

par Hugues
jeudi 12 novembre 2015

La célèbre plate-forme de location saisonnière entre particuliers, Airbnb, vient de remporter une victoire dans sa ville natale, à l’occasion du référendum organisé mardi 3 novembre. En effet, les électeurs ont rejeté à 55 % une proposition de loi visant notamment à limiter à 75 le nombre de nuits qu’un propriétaire peut louer chaque année (au lieu de 90 actuellement). La start-up californienne devra pourtant se garder de crier victoire trop tôt, car ce résultat montre surtout que malgré les importants moyens financiers qu’elle a mobilisés pour combattre le projet de loi, 45 % des électeurs de son propre fief se méfient du modèle économique qu’elle propose.

Flambée de l’immobilier 

La simple tenue d’un référendum est le signe des tensions opposant non seulement la ville, mais également une bonne partie des citoyens aux pratiques d’Airbnb. Ainsi, la « Proposition F » était défendue par une coalition de militants de gauche, de syndicats, d’hôteliers et d’associations de quartier qui accusent la start-up d’inciter à la conversion d’immeubles entiers en hôtels pour touristes, et redoutent la flambée des loyers dans une ville où il faut désormais dépenser 4.000 dollars par mois pour louer un deux pièces, 1 million de dollars pour acheter un petit appartement. 

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les habitants de San Francisco et d’autres villes considèrent comme révolu le temps où Airbnb s’adressait aux routards, étudiants et autres aventuriers animés par l’idée de « voyager autrement ». La vérité est qu’aujourd’hui la plate-forme propose tous les types d’hébergement (y compris de luxe) à des clientèles très variées, et que la professionnalisation des hôtes y est toujours plus forte.

Lobbying intensif 

Cette évolution explique en partie la valorisation phénoménale que la start-up atteint actuellement : pas moins de 25 milliards de dollars, alors qu’elle prépare son entrée en Bourse. Elle a donc de quoi se défendre sans lésiner sur les moyens ! Et de fait, la société a dépensé 8 millions de dollars en lobbying et publicité pour combattre la « Proposition F », diffusant notamment une campagne publicitaire afin de montrer la contribution à la taxe hôtelière des hôtes et invités (environ 1 million de dollars chaque mois). 

Elle a également répondu aux accusations de ses détracteurs en affirmant que la grande majorité des inscrits sur le site louent tout ou partie de leur logement principal dans le but d’arrondir leurs fins de mois sans en tirer de profits excessifs. Enfin, la start-up a opposé au projet de loi l’argument du respect de la vie privée, la « Proposition F » autorisant les habitants à réclamer des dommages et intérêts à leurs voisins pour non-respect de la loi, ce qui les aurait encouragés –selon la campagne publicitaire lancée par Airbnb– à s’espionner mutuellement.

Malgré ces arguments, le désamour vis-à-vis de la star de l’économie « collaborative » est désormais flagrant et le résultat de ce référendum sonnera sans doute comme un véritable coup de canon dans le monde de l’économie partagée. Il démontre le ras-le-bol d’une large partie de la population, exténuée par un système pervers qui, tout en se réclamant des valeurs de la solidarité et du partage génère des bénéfices colossaux, bouscule le jeu de la concurrence, creuse les inégalités et contribue à transformer les rapports humains en échanges commerciaux hautement concurrentiels. 

A San Francisco, les détracteurs d’Airbnb n’en démordent pas et ont d’ores et déjà promis de revenir à la charge en 2016. Or, si les résultats de ce premier référendum sont nuancés malgré les efforts onéreux d’Airbnb pour redorer son blason, rien ne laisse penser qu’un deuxième scrutin pourrait lui être à nouveau favorable, loin de là ! Surtout, tout indique que pareil suffrage dans n’importe quelle autre ville tournerait en faveur des anti-Airbnb, puisque même dans sa ville-berceau la start-up n’a obtenu les faveurs que d’une majorité très ténue. D'autant qu'il y a fort à parier que les effets pervers du modèle Airbnb se soient encore aggravés dans quelques mois. 

Vague de protestation parisienne à venir ? 

De son côté, la mairie de Paris a tout intérêt à suivre de près les rebondissements de cette affaire, la capitale française étant devenue en 2015 la première destination pour Airbnb. En effet, selon un communiqué diffusé par la société en février, les Parisiens sont les plus nombreux à proposer leur logement sur la plate-forme (on compte 18 annonces pour 1000 habitants à Paris contre 8/1000 à San Francisco) et sont aussi ceux qui voyagent le plus avec le service. 

C’est donc tout naturellement que Paris a été choisie pour accueillir le prochain Airbnb Open, le rassemblement annuel dédié à l’hospitalité, qui pour la première fois aura lieu ailleurs qu’à San Francisco. Pour le premier adjoint à la maire de Paris, Bruno Julliard, l’offre d’Airbnb est « complémentaire de celle du secteur hôtelier » et peut contribuer à l’attractivité de la capitale, mais l’équipe de Mme Hidalgo devra tout de même tenir compte des craintes exprimées par les San-Franciscains. Dans une ville comme Paris, où les habitants ont de plus en plus de mal à se loger, le nombre des anti-Airbnb risque de croître de façon tout à fait exponentielle. Les belles heures de la start-up seraient-elles derrière elle ? 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/