Réflexions croisées sur le profane, le sacré et la politique

par shadrack
lundi 21 mai 2018

Si semblables et tellement différents. 

Papous ou New-Yorkais, nous partageons deux marqueurs indélébiles et factuels : humains et mortels. Mortels, c'est facile à appréhender. Humains, c'est plus complexe car plus diversifié.

Parmi le vivant, ce qui distingue l'humain, c'est la conscience réfléchie. Cette conscience nous guide depuis des millénaires et nous invite à nous interroger toujours plus sur le sens de notre vie terrestre et sur la Vérité.

Les religions sont à l'évidence antérieures à la philosophie. Historiquement, du polythéisme, nous arrivons aux monothéismes et à l'athéisme : du sacré au profane. Quoi de commun entre Siddhartha Gautama et Saint Thomas d'Aquin, entre Aristote et Sartre, entre Kierkegaard et Richard Dawkins sinon cette quête de sens et de vérité, et un guide pour les trouver ou non ?

La politique, parmi ses nombreuses acceptions, reste la manière de gérer et d'impulser les sociétés humaines. Dans son ouvrage phare, Tocqueville montrait bien les mécaniques antagonistes entre liberté et égalité : privilégier l'une se fait au détriment de l'autre et vice versa.

La quête de l'humain, cet animal raisonnable, reste le bonheur. Mais nous ne sommes pas tous d'accord sur sa définition. Voire sur la possibilité de son accès. Le matérialisme veut nous guider dans une voie temporelle, via e.g. le scientisme. Possession, puissance, jouissance motivent l'être humain, siècle après siècle. Et ces motivations ne sont même pas incompatibles avec la dignité et la spiritualité immanentes à tout homme..

Déterminisme et existentialisme s'opposent : laquelle est première, l'essence ou l'existence ? Quid du libre-arbitre qui caractérise pourtant l'humain ? Quels sont les fondements de la morale, ce concept quasi métaphysique qui semble opposer le bien et le mal, le temporel au spirituel, le profane au sacré ? Pourquoi sommes-nous si prompts à juger autrui au nom de cette morale collective et changeante, sans nous assurer avec introspection de notre propre éthique individuelle ? 

Si la matière préexiste à la nôtre, c'est une certitude, notre conscience et notre dignité nous interrogent au plus profond de nous sur nos origines et sur la validité de nos paradigmes via nos convictions politiques. Puis vient l'interrogation ultime : la mort physique est-elle une fin absolue ou un passage ?

Philosophia ancilla theologiae.. "La première pierre taillée est déjà sacrée" enseigne Yves Coppens. Le spirituel semble donc être un guide plus essentiel que le temporel.. Mais est-ce bien essentiel pour nous, pendant notre vie terrestre, nous qui nous combattons sans relâche pour des idées et des idéaux ? 

Et quelle est la place de la raison dans ce questionnement sinon la transcendance de notre condition..

Le président Macron s'est exprimé en avril dernier devant la CEF au collège des Bernardins à Paris : "...il est impensable de penser trouver le bien commun de notre société sans prendre pleinement en considération les différents courants de pensée, y compris religieux. Reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain. M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission. Mais cette voix de l’Eglise, nous savons, vous et moi, (il s'adressait aux evêques de France) qu’elle ne peut être injonctive. Elle ne peut être que questionnante..."

N'est-il pas sain, dans une nation démocratique moderne mais au passé ancien, au-delà des clivages et des confessions ou pas, de s'inscrire dans cette démarche, en quête de repères multiséculaires dans un monde de plus en plus déboussolé ? 

 


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