Réflexions sur la prononciation des noms propres étrangers
par Fergus
lundi 2 mars 2026
Jean-Luc Mélenchon vient (volontairement) de provoquer à son encontre un nouveau procès en antisémitisme en faisant allusion au nom Epstein. Ce n’est toutefois pas de cette polémique qu’il est question ici, mais de la manière dont nous prononçons en France les noms d’origine étrangère…
Avant même que Mélenchon se soit exprimé lors d’un meeting à Lyon en jouant sur la prononciation du nom Epstein – possiblement pour reléguer au second plan son soutien appuyé au groupuscule antifa La jeune garde –, force est de reconnaître que nombre d’entre nous s’étaient montrés agacés par la prononciation à l’américaine, Epstine, du nom de ce milliardaire criminel dans la plupart des médias. Et cela d’autant plus que les mêmes médias n’avaient, à de rares exceptions près, pas opté pour le suffixe stine lors de l’affaire Weinstein mais usé d’une prononciation hybride américano-allemande : Ouaïnstaïn.
En France, les noms en stein – pas forcément juifs, soit dit en passant – se prononcent en général non à l’anglo-saxonne, mais à l’allemande, à l’image du patronyme de citoyens français comme le défunt marchand d’art Wildenstein, prononcé chez nous Vildènechtaïn. Ou comme Einstein, prononcé Aïnchtaïn, dont bizarrement, le patronyme est également prononcé de cette manière aux États-Unis, et pas Aïnchtine. À noter qu’en France, allez savoir pourquoi, le patronyme Klein se prononce Klin comme le héros du film de Jospeh Losey (Monsieur Klein) et pas Klaïn à l’allemande. Bref, rien n’est simple.
La réalité est qu’il n’y a pas de règle établie dans notre pays : c’est l’usage courant qui, dans la plupart des cas, régit la manière dont sont prononcés les noms étrangers ou d’origine étrangère, qu’il s’agisse de patronymes ou de noms de lieux. Ainsi, lorsque l’orthographe des noms n’a pas été francisé, dit-on Berlin et pas Berline, Dublin et pas Deubline, Détroit et pas Ditroïte, de même que Lodz et pas Wodge ou Zurich (Zurik) et pas Tzürich. A contrario, l’on nomme Washington dans l’américain approximatif Ouachingtonne tandis que l’on dit Saint-Louis et pas Saiïnte-Louisse. Comprenne qui peut.
L’humeur du temps médiatique joue également un rôle dans un autre registre : celui de l’abandon du nom francisé pour le nom local. Les plus beaux exemples nous sont donnés par la Biélorussie et le Cambodge, connus depuis des lustres sous ces appellations, qui deviennent le Bélarus (prononcer Bélarusse) et le Kampuchea (prononcer Kampoutchéa) dans certains médias. Il est même des journalistes un tantinet pédants qui, citant la capitale ukrainienne, la nomment Kyiv en lieu et place de Kiev. Qui sait, peut-être en viendra-t-on à parler des diamants d’Antwerpen, de l’eau de Köln ou du carnaval de Venezia ?
Disons-le tout net : ces querelles picrocholines sur l’usage et la prononciation des noms étrangers, qu’ils soient francisés ou utilisés dans leur jus linguistique d’origine, ont à peu près autant d’importance en regard de la périlleuse situation géopolitique planétaire que le possible retour de la jupe longue ou celui de la coupe mulet. Du moins lorsque lesdites querelles ne sont pas, comme c’est le cas avec la polémique « Epstine », instrumentalisées par les uns ET par les autres pour servir leurs intérêts politiques ou idéologiques respectifs. Mais, comme dirait Kipling, « ceci est une autre histoire »...