Réforme Darcos à l’école primaire
par Dominique MADERA
vendredi 29 février 2008
Tentons d’y voir plus clair.
Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, est parfaitement fondé, à l’instar de ses prédécesseurs, à intervenir sur le contenu des enseignements.
En effet, il ne me semble pas antidémocratique que la République dont les représentants sont élus par le peuple, détermine ce qu’elle souhaite transmettre aux futurs citoyens. A condition bien entendu que l’honnêteté intellectuelle préside à ces choix.
En revanche, les motivations et argumentations données appellent à mon sens plusieurs remarques.
Le pourcentage de 15% d’élèves pour lesquels les acquis sont insuffisants pour l’accession au collège semble globalement dans les clous, ce qui correspond à peu près à trois élèves par classe, voire deux ou quatre.
Estimer que les problèmes rencontrés par ces enfants peuvent être résolus par une réforme des programmes et une augmentation des horaires des matières incriminées montre une profonde ignorance des choses de l’éducation et de la pédagogie ainsi qu’une sacrée dose d’arrogance, voire de mépris, à l’égard des professionnels. D’abord, cette solution est très facile à mettre en œuvre, l’est d’ailleurs déjà très souvent, éventuellement à l’aide de travail supplémentaire, devoirs du soir ou autre. Ensuite, le premier jeune professeur sait parfaitement que, face à une problématique d’échec scolaire, une solution pédagogique passe souvent par des détours insoupçonnés. Des problèmes d’écriture peuvent se résoudre grâce à l’éducation physique. La logique mathématique trouve souvent ses déclencheurs dans l’observation des phénomènes géographiques, et caetera.
Deux autres aspects sont (volontairement ?) ignorés du ministre.
Premièrement, certains enfants en échec scolaire demandent une intervention de spécialistes : orthophonistes, rééducateurs en psychopédagogie ou psychomotricité, psychologues voire pédopsychiatres. Ce qui appelle des moyens supplémentaires.
Deuxièmement, la corrélation entre l’avenir scolaire et l’origine sociale est évidente.
Alors, que penser pour conclure ?
D’abord, cessons d’évoquer des fautes. Evidemment, chaque parent veut faire pour le mieux et un professeur souhaite que chaque élève réussisse. Il n’y a pas et il ne doit pas y avoir de concurrence entre la famille et l’école.
Ensuite, cessons de dénigrer l’école. Plus un citoyen est instruit, quoi qu’il fasse, plus il a de chances de s’en sortir. Un ouvrier avec un bac pro est plus armé que le même ouvrier avec un CAP.
L’école doit permettre à chaque citoyen de parvenir à gagner sa vie si possible avec un travail qui lui plaît. Ça nécessite des moyens. Vingt élèves dans une classe, c’est mieux que trente. Un réseau d’aides à proximité est indispensable.
Enfin, l’école n’a pas à assumer les carences de la société ou de l’Etat. Il y a de la civilité dans les écoles, de la politesse, du respect. Et bien souvent les discussions permettent de transformer la révolte en réflexion.