Réfutation Yakovleff
par Jules Seyes
vendredi 7 août 2026
Suite aux révélations de la justice allemande sur la culpabilité "ukrainienne" dans l’attentat de nord Stream, l’impertinent a invité le général Yakovleff à s’expliquer sur ses raisons de privilégier la piste russe. Il a profité de l’occasion pour redoubler de propagande au point que le colonel Baud fut contraint de présenter une contre-analyse. Celle-ci n’étant que partielle, le présent document vise à la compléter.
L’entretien peut être trouvé ici :
Et la réfutation du colonel Baud :
Tout d’abord, j’aimerais préciser un point méthodologique : j’ai déjà procédé à une réfutation d’une interview du général faite chez Xavier Tytelmann1. À l’époque il utilisait déjà les mêmes techniques de glissement sémantique et de sélection des éléments de discours. Reconnaissons-lui tout de même ce talent qui le classe parmi les plus brillants propagandistes de la cause dite ukrainienne. En ce sens, même si j’éprouve la plus violente répulsion pour la cause qu’il défend, le général mérite le plus profond respect, au moins pour son intelligence et son talent à présenter son opinion.
Après avoir pris la transcription pour en tirer les arguments clés, il en ressort les points suivants :
-
Sur Nord Stream (Sa thèse)
-
La piste ukrainienne a été écartée en 2022 sur un argument de capacité technique : un sabotage à cette profondeur suppose un matériel très spécifique (caisson de décompression pour un plongeur à 100 m), que l'Ukraine possédait sans doute en mer Noire, mais pas nécessairement en mer Baltique, ni de manière discrète dans une zone très fréquentée.
-
À l'époque, un « faisceau convergent » d'experts désignait la Russie, dont Michael Clarke (RUSI) sur Sky News le 28 septembre 2022, qui parlait de la seule option crédible comme un « message » — le Baltic Pipe voisin, tout juste inauguré, faisant de la destruction une démonstration de capacité.
-
Le motif russe reposait sur l'absence de perte : Nord Stream était déjà stratégiquement mort (livraisons réduites depuis septembre 2021), donc détruire un actif déjà inopérant ne coûte rien tout en manifestant de la « mauvaise humeur ».
-
Un motif financier existait : dès septembre 2021, Gazprom coupe les livraisons et ne remplit pas ses 10 % de stockage souterrain allemand ; Uniper le poursuit pour environ un milliard de dollars ; détruire les gazoducs permettait d'invoquer la force majeure pour s'exonérer de la clause de non-livraison.
-
Un élément circonstanciel s'ajoutait : le tanker Minerva Julie (intérêt russe), dérivant en croisillons au-dessus de la zone plusieurs jours avant l'explosion, puis parti à Saint-Pétersbourg (article du Times, 24 mars 2023), sans qu'on ait jamais vérifié une éventuelle ouverture sous la coque.
-
Sa parole était méthodologiquement encadrée : il distingue explicitement « je suis sûr », « c'est une hypothèse » et « je ne sais pas », et affirme avoir toujours présenté Nord Stream comme une hypothèse assortie de précautions oratoires.
-
Sa propre erreur sur Nord Stream relève de l'opinion erronée, mais non dénuée de fondement, distincte du mensonge d'État.
Réponse :
Certes, l’imputation fut faite par d’autres. Cependant, avoir subi l’entraînement d’une bande ou d’un gang peut-il dispenser d’une analyse rigoureuse ? La liste des suspects aurait dû partir de toutes les marines disposant de telles capacités, avant de réduire à ceux dont les mobiles justifiaient un examen plus approfondi.
En ce sens, évoquer la Russie, mais ne pas considérer la piste américaine constituait un manquement grave. Surtout que même aujourd’hui, la question du caisson ou le fait qu’un commando ait pu opérer dans une zone si surveillée restent ouverts. L’enquête allemande prétend d’ailleurs que les commandos ukrainiens ont opéré sans caisson en utilisant des méthodes exotiques2.
Quant au procès Uniper, il ne saurait constituer une cause valable. Si le dommage invoqué par Uniper était passé, alors faire sauter le gazoduc ne pouvait que limiter une augmentation du dommage, mais n’effaçait pas l’ardoise passée. Ensuite, les Russes ont passé des lois pour refuser de reconnaître les juridictions occidentales3. À ce jour, le résultat du procès est qu’Uniper a eu le droit de résilier ses contrats, et ainsi la certitude de ne plus obtenir de gaz et une jolie créance irrécouvrable de plusieurs milliards. Au final, la filiale d’Uniper en Russie a été placée sous administration d’état et on peut se demander si elle sera récupérable. Cela se nomme : un partout, balle au centre et, au moment de Nord Stream, les Russes le savaient !
En conclusion : Poursuivre les Russes sur des bases aussi fragiles constituait donc une grave lacune de réflexion ou un pur procès à charge et toutes les précautions oratoires du monde ne sauraient exonérer du manque à l’obligation de moyens !
-
Le crime de guerre (sa thèse)
-
Sur la légalité du sabotage : détruire une infrastructure est criminel en soi ; contrairement aux frappes sur les installations pétrolières servant directement l'effort de guerre (actes de guerre), Nord Stream relève du crime parce que c'est une catastrophe écologique (remontée de sédiments sur un quart du sud de la Baltique), que les gazoducs restaient réutilisables contractuellement, qu'un objectif militaire doit être proportionné, et que la cible n'est pas située sur le territoire du belligérant — d'où la qualification de crime de guerre.
Réponse :
Exact, dommage que les Ukrainiens soient accusés. De plus, le crime de guerre devrait être entre puissances belligérantes. Là, vos amis sont les agresseurs !
-
Je ne sais pas. (Sa thèse)
-
Il revendique de dire « je ne sais pas » quand c'est le cas, contrairement, selon lui, à l'usage dominant.
-
Réponse : Grand bien lui fasse.
-
La présence sur les plateaux. (Sa thèse)
-
Il affirme son indifférence à sa réputation et à sa présence sur les plateaux. Il affirme : ce n'est pas ma vision du bonheur.
Réponse : Certes et admirons l’artiste. La recherche du bonheur est le terme mis en avant par 90 % de la population pour justifier ses actions. Seulement, le général est un soldat. Parmi ses grandes qualités morales, n’y aurait-il pas un profond sens du DEVOIR ? Le général ne se rend-il pas sur les plateaux pour faire son devoir dans le cadre de la lutte entre l’OTAN et la Russie ? Ce sens du devoir est certes une qualité morale respectable, mais il demeure un conflit d’intérêts qui, s’il était avéré, entacherait profondément la sincérité de ses analyses et expliquerait certains mécomptes analytiques. Sans oublier le menu détail que, dans un affrontement OTAN Russie, le général fut à l’OTAN. Curieusement, il ne se presse pas pour rappeler en quoi ce conflit d’intérêts peut affecter ses propos !
-
Points sans intérêts à réfuter.
-
Les chaînes cherchent des opinions divergentes (il a été mis face au porte-parole de l'ambassade russe, Makogonov).
-
Il n'aurait pas défendu la piste ukrainienne par peur, mais par incrédulité (capacité) ; il refuse la télévision russe, faute de maîtriser la langue et donc de contrôler la traduction.
-
Les sanctions (sa thèse).
-
Sur les sanctions contre les analystes : à titre personnel, il est contre le délit d'opinion, mais l'UE applique une symétrie avec la logique russe de « l'agent de l'étranger » — un agent payé n'étant pas une simple opinion.
-
Réponse : Oui, il n’a pas besoin de prendre les sanctions, en attendant, ses opposants les subissent. Sa bienveillance nous va droit au cœur, on attend une protestation plus énergique. Je serais ravi de signer des pétitions avec lui sur ce thème, par exemple, mais il peut aussi condamner sur les plateaux où il est invité, curieusement, en dehors de l’impertinent, cette condamnation demeure introuvable.
Quant à la loi sur les agents étrangers, elle oblige à marquer toutes les publications, elle ne prévoit pas une privation des moyens d’existence. La comparaison est donc spécieuse et la sanction ne commence qu’en cas de violation des obligations déclaratives. Détail ? D’un tel expert, on eut attendu de la précision !
-
Sur la criminalisation de RT (sa thèse).
-
Sur RT et la criminalisation de son partage : il distingue l'opinion erronée du mensonge d'État (négationnisme) — RT niant Boutcha, les 33 000 enfants déportés, et inventant un « génocide du Donbass » sans charnier ; il n'emprisonnerait personne, mais note que les lois existantes sur le négationnisme pourraient s'y appliquer par analogie, tout en se déclarant non-juriste.
Réponse : Trois affirmations qui doivent être distinguées :
Boutcha = négationnisme ? Les Russes demandent la liste des victimes et une enquête contradictoire. L’imputation du crime de Boutcha n’est donc pas certaine et les Russes accusent des unités ukrainiennes d’avoir procédé au massacre. L’affaire des armes de destruction massive en Irak (oui, celles dont on nous a rebattu les oreilles avant de ne pas les trouver) montre la confiance que le public est fondé à refuser à TOUTE institution judiciaire occidentale actuelle !
Plus grave, l’accusation de négationnisme de la part d’un officier général qui devrait être habitué a pesé sa parole. Le Larousse, livre passionnant s’il en est, le définit ainsi : Doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l'existence des chambres à gaz.
En l’état actuel, sur Boutcha, même la CPI n’a pas émis de mandat d’arrêt. Alors qui est, comment dit le général ? Révisionniste ?
Seconde affirmation, les 33 000 enfants déportés. La CPI avait émis un mandat pour un peu plus de 7 000 enfants. Désormais, ils sont 33 000. Sûrement la multiplication des pains.
En pratique, lors des échanges diplomatiques, les Ukrainiens semblent avoir transmis deux listes : une de 339 noms en direct, et une de 561 via le Quatar.Tout le reste n’est que littérature ! Surtout venant d’autorités qui ont déjà menti sur les viols4 et font des accusations les plus infâmes la base de leur désinformation !
Troisième accusation : « génocide du Donbass » sans charnier. Là encore, dommage, presque : Pour avoir traité le sujet en détail dans un article, j’invite le général à le consulter5 :
Dans son Ordonnance du 5 décembre 2025, la CIJ accepte d’intégrer les demandes russes à l’affaire.
Autrement dit, l’affaire que le général aimerait traiter comme du négationnisme est en cours d’instruction par la cour de l’ONU qui, elle, considère qu’il vaut au moins la peine d’écouter la position russe !
Si l’on somme, le général aimerait voir RT condamné pour trois affirmations qui, certes, ne soutiennent pas le narratif de ses mignons de Kiev, mais sont aujourd’hui l’objet de débat et soutenu par des preuves. Un peu de prudence avant d’affirmer trop nettement ne saurait nuire ! Surtout s’il s’autorise à parler de révisionnisme, qui est la condamnation de la négation d’une sentence judiciaire PRONNONCÉE. Le général à raison de rappeler qu’il n’est pas juriste, mais à ce niveau d’illettrisme juridique, il devrait éviter les aventures sur le terrain du droit.
-
Les objectifs russes (sa thèse).
-
« La Russie a perdu la guerre » depuis mars-avril 2022 : la victoire se définit par l'atteinte des objectifs ; il distingue perdre la guerre et la terminer (Gettysburg 1863 vs 1865 ; Stalingrad février 1943 vs mai 1945), le point de bascule pouvant précéder la fin de plusieurs années.
Réponse : Une fois de plus, l’admirable talent du général. L’atteinte des objectifs, jamais définis par le général, ce qui évite au lecteur le tourment moral de se bâtir une opinion. En réalité, les Russes ont obtenu à cette date deux choses très importantes : protéger les populations des républiques contre les bataillons de représailles Kiéviens alors qu’au 22 février 2022, le risque d’une chute brusque de Donestk existait (on rappelle que les tirs ont repris au 16 février 2022 et que beaucoup les interprétaient comme le prélude à une offensive.)
Ensuite, le territoire sous l’autorité de Kiev n’est pas sous le bouclier nucléaire US, ce qui aurait pu advenir en cas d’intégration à l’OTAN.
Enfin, et ça ne fait pas de mal : une large partie des unités Azov et autres a succombé dans les combats. Vu la composition de ces unités lors de leur formation, il est difficile d’y trouver à redire.
-
L’Ukraine et sa culture (sa thèse).
-
L'objectif de « dénazification » = prise en main de l'Ukraine et élimination de sa culture, sur le modèle du traitement soviétique des pays baltes en 1940 (10 % de la population — l'intelligentsia — massacrée ou déportée, enfants rééduqués) ; transposé à la France, ce serait 7 millions de personnes ; c'est une destruction civilisationnelle, pire que l'occupation allemande qui ne visait pas la nation française elle-même.
Une fois de plus, il faut distinguer et les propos couvrent trois accusations :
La destruction de l’Ukraine. Commençons par là et citons V. Poutine6 accusé de vouloir détruire l’Ukraine :
-
« Permettez-moi donc de commencer par le fait que l’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste.
Lénine et ses compagnons d’armes l’ont fait d’une manière très brutale pour la Russie elle-même – par la sécession, en arrachant des parties des territoires historiques de la Russie. Personne, bien sûr, n’a demandé quoi que ce soit aux millions de personnes qui y vivaient.
Staline a ajouté à l’Union soviétique et transféré à l’Ukraine des terres qui appartenaient auparavant à la Pologne, à la Roumanie et à la Hongrie.
Khrouchtchev, on ne sait pourquoi, a pris la Crimée à la Russie et l’a également donnée à l’Ukraine. En fait, c’est ainsi que s’est formé le territoire de l’Ukraine soviétique. »
-
La lecture de ce discours, prononcé le 21 février 2022, clarifie la position russe : L’Ukraine de 1991, reprise de la RSS d’Ukraine, ne correspond pas au territoire de la nation ukrainienne. Il ne s’agit pas d’une déclaration de haine envers la nation ukrainienne au sens de peuple, mais de l’évaluation froide d’une incohérence politique qui a, en effet, conduit à une partition du pays et à une guerre civile.
Ensuite, sur les Baltes. Oui, c’est horrible, toutefois, ce brillant propos devrait là aussi être distingué.
Un : La Russie n’est plus communiste depuis 1990. Pas plus que tout autre pays de l’espace post soviétique, le général pourrait se mettre à jour.Deux : Avant d’écraser une larme facile sur les Baltes. Staline aurait été brutal ? Sans doute, mais le général connaît-il l’adage : Même les paranoïaques ont des ennemis ?
La haine des communistes est une fort belle chose, mais admettons que, si Staline fut brutal, on peut s’interroger pour savoir si sa brutalité fut suffisante. En pratique, la Waffen SS recruta plus de 100 000 hommes dans les pays Baltes7. En France, ce fut 20 000 sur un bassin de population infiniment plus large. L’histoire a parfois de ces menus détails !
-
Ce n'est pas notre guerre (sa thèse).
-
Ceux qui disent « ce n'est pas notre guerre » ou invoquent la corruption sont dans l'erreur, non dans la faute morale ; sur la corruption, l'Ukraine est moins corrompue que la Grèce, que les États-Unis et surtout que la Russie — la corruption russe expliquant sa sous-performance militaire (à efficacité finlandaise, l'Ukraine serait tombée en quatre jours).
-
« C'est notre guerre » est présenté comme une opinion ferme, mais assumée comme opinion, non comme certitude.
Réponse : Oh vraiment ? L’OTAN, organisation à laquelle appartient le général, avait formé plus de 100 000 soldats ukrainiens avant 2022. Une armée de 250 000 soldats plus 200 000 dans les forces auxiliaires a affronté 160 000 soldats des républiques et 160 000 soldats russes en 2022. En pratique, l’efficacité "Finlandaise" s’est fait prendre, Kherson et Marioupol alors qu’elle alignait autant d’hommes que la coalition russe. Peut-être le général aimerait-il expliquer la valeur des formations OTAN ?
Préparer ces notes pourrait l’aider à affronter un jour une accusation d’emploi fictif, attendu que l’OTAN ne semble pas avoir fait ses preuves.
Sauf pour assurer un bouclier immoral pendant que ses membres attaquent des pays sans défense : Serbie, Irak, Libye… Et, le pire moralement : la Syrie.
Quant à la corruption, laissons le général à ses illusions sur la Russie, le minuscule détail qu’il devrait conserver à l’esprit est que la corruption russe se fait avec l’argent des Russes. Celle de Kiev se fait avec l’argent des contribuables européens. On meurt dans les hôpitaux faute de climatisation, Lyhanna est morte de l’absence de moyens de la justice pendant que l’argent file à Kiev !
-
Ce n'est pas notre guerre (sa thèse).
-
L'objectif ultérieur de Poutine vise l'Europe : dissolution de l'OTAN et architecture de sécurité par zones d'influence, permettant de traiter les Européens isolément — une domination de l'Europe distincte, en échelle, de la dénazification ukrainienne ; les pays baltes relèvent potentiellement de la seconde catégorie.
Réponse : On remarquera que le général ne se préoccupe nullement de savoir ce que ses concitoyens pensent du sujet. Beaucoup pensent la prédation économique de l’UE et des USA bien plus dangereuse pour nous qu’une zone d’influence russe. Quant aux Baltes, accuser V. Poutine de vouloir récupérer Madame Kallas relève de la pure diffamation. Il est bien trop intelligent pour vouloir polluer la Russie avec une personne dont les performances sont aujourd’hui sujettes à caution8 et dont nous aurions dû débarrasser nos institutions depuis longtemps.
En pratique, une large partie des citoyens européens se réjouiraient d’un départ des Baltes, mais, là encore, le général ne se pose pas la question ! Passons sur leurs législations discriminatoires qui violent les valeurs européennes.
-
Ce n'est pas notre guerre (sa thèse).
-
Une attaque conventionnelle massive sur la Pologne lui paraît peu crédible dans le contexte actuel (Russie mobilisée en Ukraine, risque de basculement de l'OTAN en intervention directe) ; les coups de sonde sont probables, mais c'est une opinion, pas une information.
Réponse : exact, logistiquement, ce serait un cauchemar et ensuite, les Russes se rappellent de ce que la Pologne a coûté comme ennuis au COMECOM. Dommage, nous économiserions des subventions européennes.
-
Erreur de 2022 (sa thèse).
-
Il explique son erreur de 2022 : il croyait Poutine déjà vainqueur sans attaquer, la campagne préalable ayant décrédibilisé Zelensky (17 %), neutralisé l'OTAN, ridiculisé l'UE et isolé l'Ukraine ; il pariait sur un effondrement du régime de Kiev, Poutine « cueillant les fruits » plus tard (analogies : chiens ramenés à la niche, Syriens au Liban).
-
L'attaque a produit l'effet inverse (renforcement de Zelensky) ; il reconnaît que les plateaux ont recruté des commentateurs qui s'étaient tous trompés, personne n'ayant prédit le 23 février 2022.
Réponse : Trois choses doivent être distinguées :
Un : Zelensky fragilisé, c’était justement la tentation d’un coup de force pour s’en sortir par une crise extérieure. D’autant plus que le président semble avoir fait l’objet d’un chantage des forces paramilitaires après son élection pour trahir ses promesses de paix. Le général semble ignorer le concept d’une guerre victorieuse et brève, c’est dommage à son grade.
Deux : Poutine voulait-il attaquer ? France 2 a publié en Juin 2022, une vidéo d’E. Macron où conversait avec le président russe, qui demandait une intervention française pour éviter l’escalade. En l’absence de cette pièce, le 22 février 2022 est difficile à expliquer. En sa présence, sa décision est logique : la France a répudié les accords de Minsk après avoir permis aux forces de Kiev de développer leur potentiel militaire !
-
L’élargissement de l’OTAN. (Sa thèse).
-
Contre le récit de l'« élargissement de l'OTAN » : s'appuyant sur un article de 2010, il rappelle que l'Ukraine avait renoncé à ses ambitions euroatlantiques en 2010 (accueilli avec soulagement par Paris et Berlin, cf. vente du Mistral) et n'a inscrit la perspective euroatlantique dans sa Constitution qu'après 2014 — la causalité russe étant donc inversée.
Réponse : Le général oublie deux faits : en 2010, le pouvoir illégitime arrivé au pouvoir en 2004 est expulsé par le vote du peuple ukrainien. L’élection étant validée par des observateurs internationaux, les manifestants de Kiev ne peuvent intervenir. Le gouvernement légitime annule les actes du pouvoir mis en place en 2004 et donc la demande d’adhésion.
Pire, en 2014, il se produit un acte nommé : Maïdan. Les mêmes qu’en 2004 reprennent le pouvoir et, curieusement, relancent la politique de ralliement à l’OTAN.
Cette négligence interroge, le général ignorerait-il les manifestations de 2004 et de 2014 ? Ce serait gênant pour commenter la situation en Ukraine !
-
Boris Johnson saboteur de la paix. (Sa thèse).
-
La thèse d'un Boris Johnson saboteur de la paix et de la propagande russe : les Russes n'ont jamais montré de disponibilité réelle ; à Istanbul, l'Ukraine acceptait une perte de contrôle, non de souveraineté, et jamais la reconnaissance de la Crimée russe ; Johnson n'avait pas l'influence prêtée sur Zelensky.
Faits, données, chiffres : Le voyage a eu lieu, Naftali Bennett a affirmé que le blocage était occidental, V.Poutine a montré l’accord aux chefs d’états africains et, enfin, l’un des négociateurs ukrainiens a été assassiné9.
Beaucoup de faits, allant tout de même dans le sens de la propagande russe. Enfin, techniquement, le général a raison : cette vision arrange les Russes, mais il s’est bien gardé de les accuser de désinformation. Chapeau bas, l’artiste ! Utiliser des termes propres tout en jouant sur les connotations (puisque le terme est entaché depuis Goebbels) est un numéro de haute volée digne des plus grands propagandistes.
-
L'aide anglo-américaine. (Sa thèse).
-
L'aide anglo-américaine précoce procède moins de la générosité que d'obligations morales issues du mémorandum de Budapest (1994) ; le Royaume-Uni a livré 7 000 NLAW (moitié de son stock, arme défensive) ; la France et l'Allemagne, « molles du genou », anticipaient une chute rapide (analogie : guerre d'Hiver finlandaise 1939-40).
Réponse : Le mémorandum de Budapest ne fut pas ratifié par les parlements, ce n’est pas un traité, mais une déclaration d’intentions. Il n’a donc pas plus de valeur contraignante que la carte du restaurant en bas de la rue. On aurait pensé un général informé de cette subtilité juridique !
L’acte légal fut le traité d’amitié Russo-Ukrainien, dénoncé en 2019 par le président Porochenko !
Quant à la chute rapide anticipée. Beaucoup le faisaient tant le pouvoir issu des émeutes de Kiev en 2014 a toujours manqué de légitimité. D’ailleurs une large partie des électeurs de Zelenski ont voté pour lui sur un programme de paix avec la Russie et, une fois au pouvoir, il a multiplié les provocations.
-
L'arraisonnement des pétroliers. (Sa thèse).
-
Sur les incidents attribués à la Russie (câbles, drones, flotte fantôme) : certains peuvent être intentionnels, mais l'arraisonnement des pétroliers relève du droit, non de la guerre hybride — pavillons faux, absence d'assurance, non-conformité aux normes menaçant les côtes (cf. Amoco Cadiz).
Réponse : Plus royaliste que le roi. Cette flotte a été constituée de navires achetés sur le marché. Ils naviguaient avant, ils naviguent aujourd’hui10. Merci d’agiter les peurs, mais les Russes n’ont pas inventé les poubelles flottantes. En attendant, ces interceptions violent le droit de la mer. Encore une fois, le général n’est pas juriste, mais il pourrait vérifier avant de s’exprimer.
Sur les pavillons, le monde maritime est une jungle, on aurait aimé la même sensibilité lorsque les navires se servent des pavillons pour couvrir les conditions de travail de leurs matelots, mais, bon bourgeois, le général y est peut-être moins sensible.
Quant à l’assurance, ces navires sont assurés auprès de compagnies russes. Parler d’absence d’assurance est donc mensonger. Nous refusons juste de valider ce qui n’est pas des assurances occidentales. En l’absence de sinistre, nous ignorons leur valeur, la réserve vaut aussi pour pas mal d’assurances occidentales.
-
Nombreux actes hostiles. (Sa thèse).
-
Face à l'accusation de « guerre hybride européenne » médiatique : les Russes eux-mêmes revendiquent officiellement faire la guerre à l'OTAN ; ils commettent de nombreux actes hostiles, mais ne sont pas seuls (ingérences américaine et israélienne, cette dernière autour de LFI en France).
Réponse : Peut-être aurions-nous pu classer l’emprisonnement de monsieur Perruchi en acte hostile ? Le rachat d’Alstom ? 1600 entreprises depuis dix ans, grâce à un président dont une partie de l’élection fut assurée par des cadres de Mc kinsey venus généreusement donner un coup de main. Ont-ils vu de la lumière ? Qu’ont fait les Russes pour compenser les 1000 milliards de dettes que nous laisse B.Lemaire ?
-
Lutte des classes. (Sa thèse).
-
La clé est la conception russe de la guerre : à Clausewitz (guerre = continuation de la politique) répond Engels (« la paix est la continuation de la guerre par d'autres moyens »), mentalité de lutte des classes — même en paix, la Russie continue d'avancer et de décrédibiliser les démocraties.
Réponse : exact, comment disait Warren Buffet : ma classe a déclaré la guerre et nous l’avons gagné ? Comment dire, là encore, la menace n’est pas Russe. Enfin, pour le citoyen français de base, pas pour le général de l’OTAN chargé du maintien de l’influence US en Europe !
En mémoire du maréchal Bazaine, mon général11 !
-
La guerre hybride. (Sa thèse).
-
La guerre hybride est universelle (argument prêté à Guerassimov) : proxys, révolutions de couleur, sanctions comme guerre économique, blocages diplomatiques ;
Réponse : Jacques Baud ayant réfuté, on passe.
-
La Moldavie. (Sa thèse).
-
Regarde ce que tu as fait à la Moldavie
Réponse : promettre des milliards de l’UE pour obtenir le bon vote ? Empêcher les Moldaves de Russie d’exprimer leur vote ? On rappelle que seuls les votes des Moldaves de l’étranger on permit l’élection de l’actuelle présidente. V. Poutine en fait des choses !
-
Taiwan. (Sa thèse).
-
il n'y a plus que le Somaliland qui reconnaît Taïwan, en gros
Réponse : Heureusement, le général a reconnu ne pas être calé en droit. Taiwan est en droit une province chinoise. Du temps où Taiwan siégeait à l’ONU, il exerçait ce titre comme gouvernement reconnu de l’ensemble de la Chine. La querelle n’est pas entre deux états, mais entre deux gouvernements prétendant être celui, légitime, de la Chine. En raison des succès économiques et sociaux du gouvernement chinois qui a tiré la Chine continentale du sous-développement, la balance de l’histoire penche désormais vers Pékin !
-
Le Maïdan. (Sa thèse).
-
Pour Poutine, tout mouvement populaire sincère (Maïdan) est nécessairement orchestré, projetant sur l'adversaire sa propre logique (« nous travaillons tous pour la CIA »).
Réponse : Pour avoir écrit un livre sur le sujet, je m’autorise à développer.
Un tel mouvement réclame plusieurs éléments combinés qui, seuls, permettent sa réussite.
Le premier est un puissant facteur d’insatisfaction préexistant et sur lequel bâtir : en Ukraine, la corruption. En Russie, Navalny a tenté sur la base de la corruption et de la volonté d’intégration à l’ouest. Historiquement, ce facteur est très rarement suffisant pour conduire à davantage que des manifestations sporadiques.
Il faut y ajouter une phase d’activation. En Ukraine, ce fut la manière assez étrange de négocier le traité douanier avec l’Union européenne fait par J. Barrosso qui, dans les derniers mois, a ajouté des clauses inacceptables.
Ensuite, il faut neutraliser les élites. Ce fut le café de madame Nulland que le général présente comme un élément négligeable. Selon l’ancien premier ministre ukrainien, les USA auraient menacé le président ukrainien de sanctions. Cela explique le retrait d’une partie des unités de maintien de l’ordre qui permit d’occuper le centre de Kiev. Ce scenario rend la cuisine de madame Nulland diablement plus efficace.
Et ouvrit la voie aux milices de hooligans qui ont mené une véritable guérilla urbaine. Peut-être, le général a-t-il oublié les piaillements de Benjamin Grivaux sur la république attaquée, lorsque les gilets jaunes ont pété la porte de son ministère. On n’ose imaginer si les gilets jaunes avaient utilisé les méthodes des Kiéviens.
Bref, oui, des éléments formés au fil des années par les USA ont rendu le mouvement efficace pour balayer le gouvernement démocratique en Ukraine. Ces gangs ont ensuite usé de violence pour déclencher une guerre civile qui changeait le corps électoral. Dès lors, aucune élection à compter de 2014 n’est légitime.
-
L'Ukraine, elle, reste une démocratie. (Sa thèse).
-
L'image de la « hyène » répond au bestiaire poutinien de l'« ours » : contre l'ours noble et respecté, la hyène attaque la faiblesse (Géorgie, Ukraine potentiellement les baltes) et se tait devant le fort, « mangeant ses propres cadavres » (régime vivant de la mort de ses enfants) ; l'Ukraine, elle, reste une démocratie, la différence décisive étant la notion de procès équitable.
Réponse : Dont le président a largement dépassé son mandat. Pour le reste, la réponse est dans le point précédent.
La Géorgie où l’attaque fut ordonnée par le président Saakashvili a fait l’objet d’un rappel à l’ordre par le colonel Baud, inutile de relever le mensonge une fois de plus.
-
Son autorité. (Sa thèse).
-
Son autorité sans avoir mis les pieds en Russie se fonde sur la lecture — doctrine soviétique, Marx, Engels, mémoires de Khrouchtchev et Joukov, Soljenitsyne — la « culture du pouvoir » se connaissant par les textes.
Réponse : Tous ces référentiels datent de l’époque soviétique. Autrement dit rien ne nous garantis qu’il ait intégré l’ampleur des modifications sociales intervenues en Russie depuis 1991. Peut-être gagnerait-il à étudier le traumatisme subit par le peuple russe durant cette décennie. Cela l’aiderait à comprendre pourquoi tous les plans occidentaux se heurtent à un rejet massif du peuple russe violemment hostile à revivre cette époque.
-
L’aviation. (Sa thèse).
-
Ils peuvent en prendre plein la gueule s'ils nous cherchent.
Réponse : Ce sujet appelle deux réponses : un l’aviation américaine a pris des pertes en Iran. Bien au-delà de ce qui était acceptable, alors qu’elle a largement limité ses intrusions. Vu la taille du pays, l’essentiel n’est pas protégé par des armes AA. Surtout, en matière d’aviation tactique, la qualité essentielle est de pouvoir durer. Nous ignorons si les Russes ne pourraient pas nous infliger une attrition insupportable, surtout en raison de nos limites industrielles. Le général pourrait en rabattre.
Seconde réponse : nous sommes las des armes miracles, les gens de l’OTAN ont prétendu la même chose sur l’artillerie, les chars. Chaque confrontation au réel du champ de bataille fut un désastre. Avoir évité d’envoyer notre aviation a évité un test en conditions réelles. Le général n’a-t-il pas suivi le sort des avions indien au Pakistan ?
Bref, en tant que citoyens, on aimerait d’officier de l’OTAN plus de travail réel et moins de forfanterie !
-
Prêt-bail. (Sa thèse).
-
L'argument final du prêt-bail : une longue énumération chiffrée (locomotives, camions, radios, chars Sherman, carburant, aciers, cuivre…) démontre que l'URSS aurait été vaincue à l'hiver 1942 sans l'aide américaine ; le sang était russe, mais la victoire non solitaire — d'où la conclusion : « nous faisons à l'Ukraine ce que l'Amérique a fait à l'URSS », les Soviétiques ne s'en étant pas plaints alors.
Réponse : Le sang = 27 millions de morts, mais passons sur l’indécence. Le plus grave est la nuance juridique : GB et USA étaient en guerre contre le Reich. Le problème est de livrer des armes, mais en refusant de se prétendre cobelligérant. Si Hitler avait eut un Oreschnik, il aurait été légalement fondé à le lancer sur New York. Vous jouez avec NOS existences, mon général !
La tranquille indécence de la tribune du 14 juillet démontre l’hypocrisie de ce double régime. Là encore, le général mélange les concepts.
Enfin, permettez-moi une remarque personnelle : mon texte assume son opposition politique, car, depuis 2022, mon argent, mon identité de français ont été souillés par l’aide à l’Ukraine. Tout comme ils ont été souillés par le crime libyen, l’aide apporté aux djihadistes en Syrie, dont seule l’ampleur exacte reste à révéler12.
La brillante intelligence du général lui rend impossible de s’exonérer de sa responsabilité morale dans la désinformation occidentale, en engagement encore démontré dans cette longue réfutation qui démontre son rôle d’agent actif au service d’un camp.
2 Nord Stream : hide-and-seek deep under the Baltic sea, by Fabian Scheidler (Le Monde diplomatique - English edition, November 2024)
Dans son enquête approfondie intitulée « Nord Stream, trois scénarios pour un attentat » (publiée en octobre 2024 par le journaliste Fabian Scheidler), Le Monde diplomatique aborde très précisément cette question technique du caisson de décompression.
L'article met en lumière les conclusions d'une expédition privée menée directement sur les lieux des explosions par l'ingénieur suédois Erik Andersson et le journaliste Jeffrey Brodsky. Voici ce qu'ils écrivent au sujet du caisson :
-
La faisabilité sans caisson est confirmée, mais...
L'article indique que des professionnels hautement qualifiés peuvent effectivement réaliser de telles plongées (à 80 mètres de profondeur) sans caisson de décompression embarqué. Cependant, cela rend l'opération beaucoup plus risquée et surtout beaucoup plus longue.
-
L'incohérence géographique soulevée par l'article :
C'est là que l'article pointe une faille logique majeure dans la version officielle allemande du commando « léger » sur le voilier Andromeda. L'auteur s'interroge : si les plongeurs n'avaient pas de caisson de décompression et devaient donc subir des paliers de remontée extrêmement longs et dangereux dans les eaux glacées de la Baltique, pourquoi ont-ils choisi de miner les pipelines à 80 mètres de profondeur, alors qu'une autre section du tracé de Nord Stream se trouve à moins de 40 mètres de profondeur à proximité ?
Le Monde diplomatique utilise cette incohérence sur la profondeur et le caisson pour souligner que la thèse de l'enquête allemande, bien que techniquement « possible », comporte d'importantes zones d'ombre et de sérieux doutes quant à sa crédibilité opérationnelle face à des plongeurs qui auraient naturellement cherché à minimiser les risques.
3 https://www.themoscowtimes.com/2026/01/26/germanys-uniper-seeks-50m-from-gazprom-in-gas-transit-dispute-interfax-a91772
8 Les débuts décevants de Kaja Kallas, une cheffe de la diplomatie européenne critiquée de toutes parts
10 Zone maritime Distance max. de la côte Droits d'interception de l'État côtier
Eaux intérieures & Mer territoriale Jusqu'à 12 milles marins Souveraineté quasi-totale. L'État côtier peut intercepter tout navire qui enfreint ses lois ou qui ne respecte pas les conditions du "passage inoffensif" (par exemple : pollution, menace à la sécurité).
Zone contiguë De 12 à 24 milles marins Pouvoir de police ciblé. L'interception est possible pour prévenir ou réprimer les infractions à ses lois douanières, fiscales, sanitaires ou d'immigration commises sur son territoire ou dans sa mer territoriale.
Zone Économique Exclusive (ZEE) Jusqu'à 200 milles marins Pouvoirs limités. L'État côtier ne peut intercepter un navire étranger que pour des infractions liées à ses droits souverains dans cette zone : pêche illégale ou violations graves des règles de protection de l'environnement marin (pollution).
11 Qui capitulât devant les allemands pour éviter la réussite de la contre-offensive Gambetta !
Bazaine fut condamné à mort à l’unanimité par le tribunal militaire : Metz | Histoire. Il y a 145 ans, Bazaine s’échappait de sa prison L’histoire des militaires francais qui font passer la guerre sociale avant la France.
12 Al Nosra fait du bon travail : » Enquête : Retour sur le « bon boulot d’Al-Nosra » en Syrie