Répression antisyndicale, Etat d’urgence, situation internationale, les réponses de Georges Gastaud !
par PRCF
jeudi 21 janvier 2016
Initiative Communiste – Comment apprécies-tu la politique du gouvernement ?
Georges Gastaud – Elle est grave et honteuse sur tous les plans. Sur le plan de la politique étrangère, Hollande n’a infléchi qu’en surface sa ligne aventuriste, néocoloniale, ultra-atlantique, d’ingérence grossière dans les affaires intérieures de toute une série d’Etats, de la Syrie au Mali en passant par l’Ukraine. Cette ligne impérialiste est gravement contraire aux intérêts de la nation française. Pendant des années, Fabius a ciblé le régime légal et laïque de Syrie comme l’ennemi principal en présentant l’ « opposition » syrienne comme une force démocratique alors que, très rapidement, les pires intégristes ont pris la direction des opérations contre Damas avec l’aide de l’Arabie saoudite et du Qatar, voire de la Turquie. Mais, prenant là encore la succession de Sarkozy, Hollande s’est fait l’allié privilégié de Riyad et du Qatar, les financeurs mondiaux du fanatisme. Tout citoyen de bonne foi peut mesurer à quel point il est ridicule de voir le PS et ses affidés des médias s’acharner sur les prétendues violations des droits de l’homme à Cuba alors que les pétromonarchies saoudiennes et qataries bénéficient « en rafales » de toutes les indulgences en raison de leur extrême proximité avec l’oligarchie « française »…
Bien entendu il faut combattre sans pitié les massacreurs de Daech et leurs créatures européennes, mais sans oublier que l’impérialisme – et ses créatures parfois hors de contrôle (des néonazis ukrainiens aux talibans afghans en passant par Daech !) – restent les ennemis principaux des peuples avec leurs manigances permanentes contre la souveraineté des peuples. A l’arrière-plan, un système capitaliste de plus en plus régressif sur tous les plans (économique, militaire, culturel, environnemental) dont la course au profit maximal piétine partout le monde du travail, l’environnement et l’avenir même de l’humanité. Si l’on a compris cela, on comprend aussi combien est veule l’attitude de la « gauche » institutionnelle française qui, à l’exception de quelques députés courageux, a soutenu la prorogation de l’état d’urgence sans se demander une seconde qui sont les gens au pouvoir, quelle classe sociale et quelle politique ils servent et en croyant sottement que les sociaux-impérialistes qui nous gouvernent sont bien, comme ils le proclament, des serviteurs de la République et de ses valeurs ! Mais comment Hollande et Sarkozy, qui ne cessent ici de détruire les acquis sociaux, de violer la loi laïque de 1905, de régionaliser la « République une et indivisible », d’accompagner l’américanisation forcenée de la planète et de dissoudre la souveraineté française dans le bain d’acide de Maastricht, oui comment ces gens pourraient-ils défendre la liberté, l’égalité et la fraternité dont ils se réclament par antiphrase ?
Sur le plan de la souveraineté nationale et des institutions républicaines, mêmes régressions sans fin : la contre-réforme territoriale sur fond d’euro-austérité ne signifie pas seulement la dégradation lourde du service public territorial (mairies, départements, régions) qui va surtout frapper les populations socialement fragiles. L’hyper-régionalisation de la France, sa « länderisation » à l’allemande ouvrent la voie au dépeçage du territoire national. On le voit en Corse, où de francs réactionnaires s’assoient impunément sur la Constitution, sur la loi, sur l’article II de la Constitution (« la langue de la République est le français ») pour appeler à un séparatisme revendiqué… Quel mépris pour Paoli, qui soutint Robespierre, ou pour les patriotes FTPF de Corse qui libérèrent l’île du joug fasciste… Dans le contexte d’hyper-régionalisation et d’euro-austérité, il faut s’attendre à ce que des phénomènes délétères du même ordre prolifèrent dans d’autres régions périphériques, et ce n’est pas le prétendu front « national » qui s’y opposera : Mme le Pen ne siège-t-elle pas au parlement supranational européen à côté des députés du Vlaams Belang, ex-Vlaams Blok, qui persécute les francophones en Belgique (« rats français dehors ! »), qui veut ouvertement l’ « évaporation » de ce pays ami (« Que la Belgique crève ! ») et qui rêve d’annexer à la future Flandre pseudo-indépendante la ci-devant Flandre française !
Résumons-nous : bien que seul ou presque pendant des années à gauche, le PRCF a eu raison de dénoncer la montée parallèle de l’euro-décomposition nationale et de la fascisation galopante et dont le lepénisme est l’aile marchante, portée par le décalage vers la droite de l’Arc politique français, fausse gauche et PCF « mutant » hélas inclus ; le fond de la fascisation, c’est que l’oligarchie veut écraser son peuple qui refuse de disparaître dans l’euro-mondialisation sans âme du grand capital : délocalisation de l’industrie (cf la scandaleuse vente à la découpe d’Alsthom), casse des services publics institués par le CNR, substitution rapide du tout-anglais « transatlantique » à la langue nationale commune, déclassement et précarisation galopante de millions de citoyens, etc. Alors, ce peuple récalcitrant, on le viole sans cesse, comme on l’a fait en lui imposant cette constitution européenne bis qu’est le Traité de Lisbonne « agrémenté » du traité d’euro-gouvernance budgétaire : en clair, la mise sous tutelle berlinoise du budget ex-national ! Pas de viol sans violence… ni de violence sans violeurs ! Malheureusement, comme le Parti communiste n’existe plus que de nom en France – et ce nom, les dirigeants du PCF l’ont provisoirement conservé pour que la reconstruction communiste ne puisse pas s’opérer dans la clarté –, comme il n’y a plus d’avant-garde léniniste telle que l’était le PCF de Cachin, Thorez, Frachon, Croizat et Duclos, comme la CGT engoncée dans la C.E.S. (Confédération européenne des syndicats, pro-Maastricht) a répudié sa référence statutaire au syndicalisme de classe et de masse, les travailleurs, le peuple et la jeunesse n’y voient pas clair sur la signification de classe de ce qui se passe et ils attaquent les chômeurs, « les musulmans », « les juifs », « Paris », « les syndicats », « les fonctionnaires », sans cibler les grands actionnaires qui poussent au démontage de l’Etat-nation au profit d’une Europe des Länder dominée par Berlin qui ne laissera pas pierre sur pierre de nos acquis et de nos libertés.
Initiative Communiste – Quelle issue politique proposer ?
Georges Gastaud – Mais d’abord, répondrai-je, quelles fausses issues, proprement suicidaires, combattre catégoriquement en évitant les multiples pièges tendus à notre peuple ?
d’abord il faut refuser absolument les pièges du racisme, du régionalisme et du communautarisme, qui dégradent et fractionnent la citoyenneté française, d’essence universaliste, laïque, égalitaire, en de multiples « communautés » régionalistes, religieuses, corporatistes (les travailleurs du privé contre ceux du public : en pleine privatisation des services publics, quelle aberration !) ; au contraire, il faut nationaliser (et si possible, internationaliser) les luttes, il faut y aller « tous ensemble et en même temps » contre le grand capital et sa funeste « construction » européenne et atlantique, y compris en promouvant l’Europe des luttes non pas DANS le cadre piégé de l’U.E. supranationale, mais contre ce cadre. Prière à gauche de ne plus confondre niaisement l’Internationale avec la Supranationale, et refus total de laisser amalgamer le noble patriotisme républicain cher aux Soldats de l’An II ou aux Communards avec la hideuse xénophobie, avec l’anti-jacobinisme primaire des féodalités régionalistes, avec ce communautarisme hexagonal mal déguisé qu’est le prétendu front « national ». Non, Mariane n’est pas vêtue du drap marial européen (les douze étoiles figurant les apôtres !) et sa robe n’a jamais été brune ou bleue marine, Marianne porte le bonnet rouge des esclaves insurgés et elle brandit le drapeau tricolore de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité guidant le peuple ! Ni front bleu Marine, ni UMPS bleue mariale, vive l’Alternative Rouge Marianne, aux « A.R.M. » citoyens !xénophobie, avec l’anti-jacobinisme primaire des féodalités locales, avec ce communautarisme mal déguisé qu’est le prétendu front « national ». Mariane n’est pas vêtue du drap marial européen (les douze étoiles figurant les apôtres !) et sa robe n’est pas bleue marine, elle porte le bonnet rouge des esclaves en rébellion et le drapeau tricolore guidant le peuple ! Non au rassemblement bleu Marine, vive l’Alternative Rouge Marianne, aux « A.R.M. » citoyens ! il faut aussi rejeter totalement l’officialisation en cours de l’UMPS maastrichtienne que Valls, Macron et Hollande veulent mettre en place en liquidant la gauche – y compris la gauche « modérée » – , tout en réprimant la gauche « rouge » et la CGT et en tendant peu discrètement la main à Raffarin, Gattaz, Bertrand, Estrosi etc. : une UMPS officielle qui, sous couvert de pseudo-lutte anti-FN et en imitant la « grande coalition » SPD-CDU au pouvoir à Berlin, taperait encore plus fort contre les droits sociaux, le temps de travail, les retraites, l’Education nationale, le droit de grève, le « coût du travail » (salaires directs, mais aussi Sécu, services publics, indemnisation du chômage, allocs, APL…). Une UMPS renforcée dont la mission n°1, en fait d’ « union de tous les Français », serait d’accélérer la sacro-sainte « intégration européenne » qui est l’alpha et l’oméga du Parti Maastrichtien Unique (PS et ex-UMP). Et surtout, il faut comprendre à temps que cette UMPS ne servira même pas à ralentir la progression du FN qu’au contraire elle renforce en lui donnant le beau rôle de la pseudo-force « antisystème » ; c’est pourquoi le PRCF se félicite de n’avoir PAS appelé les travailleurs à voter Bertrand ou Estrosi aux régionales. On ne combat pas la tenaille UMPS/ UM’ Pen en gestation (en gros, la ligne Wauquier, Ciotti, etc.) en renforçant une mâchoire de la tenaille contre l’autre même s’il faut toujours combattre spécifiquement, sans le banaliser en rien, le Front « national » (aux régionales, les militants PRCF n’ont pas appelé à voter UMP : mais ils ne sont pas restés à la maison et ils ont activité invité les ouvriers à NE PAS voter FN au premier tour et au second !). il faut aussi rejeter totalement l’officialisation en cours de l’UMPS maastrichtienne que Valls, Macron et Hollande veulent mettre en place en liquidant la gauche – y compris la gauche « modérée » – , tout en réprimant la gauche « rouge » et la CGT et en tendant peu discrètement la main à Raffarin, Gattaz, Bertrand, Estrosi etc. : une UMPS officielle qui, sous couvert de pseudo-lutte anti-FN et en imitant la « grande coalition » SPD-CDU au pouvoir à Berlin, taperait encore plus fort contre les droits sociaux, le temps de travail, les retraites, l’Education nationale, le droit de grève, le « coût du travail » (salaires directs, mais aussi Sécu, services publics, indemnisation du chômage, allocs, APL…). Une UMPS renforcée dont la mission n°1, en fait d’ « union de tous les Français », serait d’accélérer la sacro-sainte « intégration européenne » qui est l’alpha et l’oméga du Parti Maastrichtien Unique (PS et ex-UMP). Et surtout, il faut comprendre à temps que cette UMPS ne servira même pas à ralentir la progression du FN qu’au contraire elle renforce en lui donnant le beau rôle de la pseudo-force « antisystème » ; c’est pourquoi le PRCF se félicite de n’avoir PAS appelé les travailleurs à voter Bertrand ou Estrosi aux régionales. On ne combat pas la tenaille UMPS/ UM’ Pen en gestation (en gros, la ligne Wauquier, Ciotti, etc.) en renforçant une mâchoire de la tenaille contre l’autre même s’il faut toujours combattre spécifiquement, sans le banaliser en rien, le Front « national » (aux régionales, les militants PRCF n’ont pas appelé à voter UMP : mais ils ne sont pas restés à la maison et ils ont activité invité les ouvriers à NE PAS voter FN au premier tour et au second !). Face à cela, et sans mettre en rien ce républicain, progressiste mais inconséquent, sur le même plan que les personnages susnommés, il est incompréhensible que M. Mélenchon ne saisisse pas la main tendue des forces progressistes, dont le PRCF, qui l’appellent à rompre clairement avec l’UE, à en finir avec les mythes à la Tsipras sur la « réorientation de l’euro », à faire litière des « Plans B » pour l’Europe qui font rire les ouvriers et à construire avec d’autres un Front Indépendantiste pour l’Emancipation et la République Sociale (F.I.E.R.S. !).
Bien pire encore, car il se dit communiste tout en « décaféinant » totalement ce mot, M. Pierre Laurent, plus patron du PGE que secrétaire du parti « communiste », défend bec et ongles le maudit euro qui ne fait qu’un avec le mécanisme de la « dette » et de l’austérité à perpétuité ; la direction du PCF « dialogue » comme si de rien n’était avec le MEDEF de combat de Gattaz pendant que Valls emprisonne des militants CGT, ses députés votent comme un seul homme l’état d’urgence prorogé sans se demander ce qu’en feront Valls et Macron contre les syndicats. M. Laurent s’est aussi rendu à Athènes pour y soutenir, non pas le PC de Grèce – qui combat l’UE, lui ! – mais le capitulard Tsipras ; en Espagne, le PCF-PGE soutient davantage les alter-européistes de (No-)Podemos que les communistes espagnols en rupture d’UE… Aux régionales, pour être sûr de pouvoir soutenir Bartolone en RP (l’homme qui a arraché le « 93 » au PCF !), le PC-PGE a interdit toute campagne nationale claire du FDG avec le terrible résultat qu’on voit, y compris pour le PCF dont l’écroulement électoral ne nous réjouit pas parce qu’il se fait à l’avantage… du PS, qui sauve sa mise en écrasant sa gauche et en courtisant la droite. Cette politique plus euro, bobo, dodo que coco désarme le peuple, castre la gauche de gauche, discrédite le mot « communiste », abandonne aux Le Pen, Sarko et autres contrebandiers du patriotisme le drapeau tricolore que tinrent jadis si fermement Duclos, Sémard ou Marchais. Répétons-le, la dérive à droite de la société française a commencé quand, sous la pression de son aile ultra-révisionniste, les Elleinstein, Juquin, Fiterman, etc., le PCF s’est social-démocratisé, a glissé vers l’ « eurocommunisme », puis a suivi le liquidateur Gorby, a cautionné les gouvernements européistes de Mitterrand puis de Jospin, s’est livré à la mutation-dénaturation de R. Hue (Hue aime PS, oserai-je dire !) en abondant l’antisoviétisme le plus grossier, en désertant les usines, en reniant le syndicalisme de classe et en brisant la boussole idéologique du marxisme-léninisme : ces dérives suicidaires et pseudo-modernistes ont facilité le glissement à droite du PS – qui ne demandait que ça ! A son tour, la dérive droitière du PS a « décomplexé » la droite classique en pleine surenchère avec le FN…
Il est donc temps de jeter l’ancre rouge avant que le mouvement ouvrier et la nation n’y passent tout entiers, et c’est ce que fait le PRCF en s’adressant fraternellement aux courageux militants critiques du PCF ; sans rêver d’un impossible « retour du PCF sur les rails de la lutte des classes » (comme si en acceptant le principe de la « construction européenne », en reniant l’indépendance nationale chère à Marchais et à Krazucki, la direction du PCF ne s’était pas irréversiblement engagée du mauvais côté du combat de classe !), sans interrompre votre engagement pour gagner au marxisme des militants, des sections et des cellules dans ce qui fut aussi notre parti, il nous faut d’urgence construire ensemble l’action commune des vrais communistes, de l’intérieur (du PCF) et de l’extérieur, pour le socialisme et contre l’UE atlantique, si nous voulons qu’émerge à temps une alternative visible à l’ « UM-Pen-S ».
Car la seule alternative possible est celle que porte le PRCF depuis sa fondation en 2004 : l’unité d’action des forces communistes 100% anti-FN et anti-UE, la convergence des syndicalistes de lutte sans attendre les feux verts d’action des états-majors euro-béats, la construction autour du monde du travail d’un Front Antifasciste, Patriotique et Populaire pour sortir la France de l’euro-UE-OTAN dans la perspective d’une sortie révolutionnaire du capitalisme ; car à notre époque, un nouveau CNR (l’adjectif compte ici presqu’autant que le sigle !) ne pourrait que provoquer un affrontement de classes national et intenational entre le peuple travailleur et l’UE du capital : en posant la question du pouvoir de classe, cet affrontement remettrait la question du socialisme pour la France au centre de la problématique politique non pas en paroles, comme s’y emploient stérilement les groupes gauchistes ou trotskistes, mais dans la pratique, en faisant de la classe travailleuse l’épicentre de la lutte patriotique et internationaliste.
L’idée de cette réorientation stratégique radicale a fait des progrès en 2015. En Europe, plusieurs PC se sont détachés des illusions euro-constructives semées par le Parti de la Gauche Européenne. En France, de prestigieux intellectuels progressistes ont compris, notamment à l’occasion de la capitulation de Tsipras, qu’AUCUNE politique d’indépendance nationale, de progrès social et de coopération internationale n’est pensable à l’intérieur de la prison européenne chapeautée par Berlin, couronnée par le « TAFTA » et belliqueusement gardée par l’OTAN.
Initiative Communiste – Quels obstacles pour déployer cette politique ?
Initiative Communiste – Quelle initiatives concrètes promouvoir pour avancer vers l’émergence d’une alternative progressiste anti-UE et anti-Le Pen.
Entretien réalisé le 15 janvier 2016 – www.initiative-communiste.fr – reproductible en intégralité sous condition d’en indiquer la source et un lien vers www.initiative-communiste.fr et de ne pas le modifier
Georges Gastaud a publié en 2015 aux éditions Delga « Marxisme et universalisme, classes, nations, humanité ».
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